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Mon utérus. Mon choix.

Woman uterus with flowers illustration
Illustration Adobe Stock

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Si vous avez lu The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood ou avez suivi la série télé, ce qui se passe actuellement aux États-Unis a tout pour donner froid dans le dos. Gilead semble désormais plus près de la réalité que jamais.

En Alabama, 25 hommes blancs ont statué que l’avortement y est désormais interdit, qu’aucune femme ne peut décider de mettre fin à sa grossesse si elle en sent le besoin. Et ce, même en cas de viol ou d’inceste. Un pas de géant vers le contrôle des utérus américains par le gouvernement. Un terrible retour à l’âge de pierre pour les droits de la femme. Comme quoi rien n’est jamais acquis.

Feu mon tempérament timide ­m’aurait poussé à garder mon ­indignation pour moi, préférant éviter désaccords et conflits. Depuis que j’ai des ­enfants, ça me paraît impensable. Leur avenir et leurs droits sont trop importants pour ne pas m’insurger face à de telles ignominies, mais ­surtout pour ne pas faire ma part.

Presque quatre années de maternité m’ont fait comprendre que ma mission à moi, en tant que mère de garçons, est de les élever de sorte qu’ils ne grandissent pas en renforçant le patriarcat sans s’en rendre compte. Et je réalise que ça prend beaucoup plus d’efforts et que c’est infiniment plus difficile que je l’avais imaginé. Même en 2019.

De nos jours, on parle beaucoup d’élever des garçons féministes.

Lorsqu’ils sont jeunes, on le fait en les encourageant à exprimer leurs émotions, à jouer à la poupée ou porter des vêtements arborant des licornes s’ils en ont envie, tout en leur apprenant que les filles pourront elles aussi être médecins, pompières ou policières lorsqu’elles seront grandes. Puis, l’enseignement du féminisme passe du CPE au campus d’université.

Je réfléchis souvent à ce que je leur inculquerai dans quelques années : que si une fille ne veut pas que tu la touches, tu ne la touches pas. Peu importe ce qu’elle fait ou ce qu’elle porte. La carrière et les aspirations professionnelles de ta femme (si tu choisis d’épouser une femme) seront aussi importantes que les tiennes. Si tu décides d’avoir des enfants, tu devras participer à part entière à leurs soins, autant qu’aux corvées qui y sont associées.

Passer le mot

Assise au coin de leur lit, je leur raconterai que de toute l’histoire de l’humanité, la plupart des hommes ont toujours eu le plein contrôle de leurs corps, mais que les femmes, elles, n’ont pas eu ce privilège. Particulièrement en ce qui a trait à la reproduction.

Je leur dirai que le droit d’une femme de décider de poursuivre ou non une grossesse lui revient à elle, et à elle seule. Je leur expliquerai qu’il y a plusieurs raisons pour qu’une femme en vienne à décider de ne plus être enceinte : sa santé physique ou mentale, sa situation financière ou son âge, par exemple. Je prendrai soin de m’assurer qu’ils comprennent qu’une femme doit toujours avoir le droit de faire de son corps ce qu’elle croit être dans son meilleur intérêt.

Mais surtout, je tiens à léguer à mes garçons la conviction que l’avortement, n’étant jamais un choix fait à la légère, doit justement rester cela : un choix.