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Après Dark Iceland, voici Hidden Iceland!

Ragnar Jonasson
Photo courtoisie

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L’écrivain islandais Ragnar Jónasson nous propose une nouvelle série dont l’héroïne a déjà presque atteint l’âge de la retraite. À découvrir sans tarder !

Ayant commencé très jeune à lire des polars, Ragnar Jónasson a tenu à partager son petit plaisir coupable avec d’autres... en traduisant de l’anglais vers l’islandais 14 romans d’Agatha Christie ! « C’est un exercice qui m’a beaucoup aidé par la suite, parce qu’il m’a donné courage et confiance pour écrire mes propres livres », explique l’auteur, qu’on a récemment pu joindre au téléphone chez lui, à Reykjavik.

En 2009, il a ainsi entamé la série Dark Iceland, dont quatre tomes ont déjà été traduits en français (Snjór, Mörk, Nátt et Sótt). Eh oui, l’Islande a beau être le pays le moins dangereux au monde, ça ne l’empêche pas d’être parfois le théâtre de tragiques événements ! « Pour moi, il n’y avait de toute façon pas d’autre option possible, car l’Islande est l’endroit que je connais le mieux », souligne-t-il. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Ari Thór, le héros de cette série, a été affecté au commissariat de Siglufjördur, la ville la plus au nord de l’île : dans sa jeunesse, Ragnar Jónasson y a passé de merveilleux étés !

La dame de Reykjavik, son nouveau polar, ne nous permettra cependant pas de retrouver Ari Thór. Et c’est un peu normal, puisqu’il s’agit là du premier opus d’une tout autre série, qui s’intitule cette fois Hidden Iceland. « L’héroïne de cette série s’appelle Hulda, un prénom qui veut dire en islandais “la femme cachée” (hidden woman), précise Ragnar Jónasson. De fait, Hulda a beaucoup de secrets, cache plein de choses, et je vais raconter son histoire dans trois livres. Dans le premier, qui vient de paraître, elle a 64 ans. Avec les deux autres, on remontera le temps et elle aura d’abord la cinquantaine, puis la quarantaine. »

Pas prête pour la retraite

Tel que Ragnar Jónasson le mentionne, l’inspectrice principale Hulda Hermannsdóttir aura donc ici 64 ans. Et alors que son seul but a toujours été d’exceller dans son métier, elle sera forcée de prendre sa retraite plusieurs mois avant d’en atteindre l’âge officiel, son supérieur désirant la remplacer séance tenante par quelqu’un de nettement plus jeune. Tout ce qu’elle réussira à obtenir de lui, c’est un petit deux semaines supplémentaires avec son insigne de police et la permission de travailler sur l’affaire non résolue de son choix. Car déjà, même son bureau a été attribué à un autre.

« Juste en la regardant se démener pour résoudre cette dernière affaire, on comprendra quel genre de femme est Hulda et à quel point elle est douée pour élucider des crimes, ajoute Ragnar Jónasson. Mais on comprendra aussi que parce qu’elle est née femme, elle n’a jamais vraiment été respectée, pas plus qu’elle n’a bénéficié de la reconnaissance à laquelle elle aurait normalement dû avoir droit. C’est ce côté d’elle qui m’a intéressé, que j’ai voulu explorer. Trouver la voix de cette sexagénaire qui a toujours été bafouée par ses pairs a ainsi été pour moi un défi stimulant ! »

De toutes les affaires que la police de Reykjavik n’a pas réussi à résoudre, il y en a une qui retiendra assez vite l’attention de Hulda. Un an plus tôt, le cadavre d’une jeune demandeuse d’asile russe a en effet été retrouvé échoué dans une crique à Vatnsleysuströnd. Le collègue qui a hérité de l’affaire a rapidement conclu à un suicide. Mais sachant que ce collègue ne s’est pas donné la peine de pousser très loin ses recherches, Hulda décidera avec raison de reprendre l’enquête depuis le début pour découvrir ce qui est réellement arrivé à la jeune Russe.

Enquêtes bâclées

« Dans ce livre, j’ai aussi eu envie de parler des réfugiés qui viennent en Islande dans l’espoir d’avoir une vie meilleure, dit Ragnar Jónasson. Je voulais montrer comment la police s’occupait de leurs disparitions. Presque personne ne les ayant connus de leur vivant, les enquêtes sont généralement menées rondement. Lorsqu’un natif de l’île est assassiné, c’est différent. Il y a de la pression et tout le monde veut que le coupable soit arrêté sans délai... »

À Hulda de prouver que les meurtres de réfugiés peuvent aussi parfois être traités avec la même diligence.

<b><i>La dame de Reykjavik</i></b><br>
Ragnar Jónasson, aux Éditions de  La Martinière,  272 pages
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La dame de Reykjavik
Ragnar Jónasson, aux Éditions de La Martinière, 272 pages