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La marche aux armements

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Pas besoin de nous presser, nous sommes sur la bonne voie. Plus besoin de « course aux armements » pour faire sauter la banque. Sans faire trop d’efforts, il s’est dépensé plus d’argent en équipement militaire en 2018 qu’à tout autre moment depuis la fin de la Guerre froide. Une chance que nous sommes en temps de paix !

C’est certainement parler un peu vite que d’évoquer un « temps de paix ». Pas sûr que les habitants de Tripoli, la capitale libyenne, qui sont soumis à l’assaut du maréchal Khalifa Haftar, en jouissent de ce « temps de paix ». Pas plus que les Syriens dans différents coins du pays, les Yéménites ou les Afghans, dix-huit ans après l’invasion américaine.

Sans compter les islamistes qui continuent de semer la terreur en Somalie, au Nigeria, au Mali et jusqu’au Sri Lanka le mois dernier. Bref, il ne manque pas de raisons pour accroître les stocks et, soyons réalistes, sans mauvais jeu de mots, l’industrie de l’armement ne connaît pas de temps mort.

Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIFRI), les dépenses militaires à travers le monde ont atteint un niveau jamais vu depuis que des statistiques globales sont devenues accessibles. En d’autres mots, pour chacun des 7,6 milliards d’êtres humains sur la planète, il s’est flambé 239 dollars !

Washington, Beijing et les autres

Le chiffre titanesque des dépenses militaires – 1822 milliards de dollars en 2018 – exige d’être mis en perspective : il y a, sur ce terrain, deux gros joueurs – les États-Unis et la Chine – puis tous les autres. Ainsi, le tiers de tout ce qui s’est investi l’année dernière l’a été par les Américains.

Si le budget du Pentagone avait légèrement reculé tout au long des années Obama, le président Trump ne montre aucune retenue, y allant par grandes enjambées : de 649 milliards de dollars à sa première année à la Maison-Blanche à 716 milliards cette année, et 750 milliards prévus pour 2020. Et il ne se gêne pas pour s’en servir.

Vendredi, écartant les objections outrées des élus, républicains comme démocrates, il a approuvé la vente de huit milliards de dollars d’armements à la Jordanie, mais surtout à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, tous les deux engagés dans une sale guerre au Yémen. Donald Trump met de l’avant une urgence nationale liée aux tensions avec l’Iran, mais ces dépenses font l’affaire de l’industrie militaire américaine.

Raytheon va pouvoir vendre ses munitions à guidage précis, ainsi que les missiles antichars Javelin qu’elle construit avec Lockheed Martin. Boeing bénéficie d’un coup de main pour écouler ses avions de combat F-15, pendant que General Electric pourra désormais livrer les moteurs destinés aux avions de combat F-16.

Un quart de siècle que ça dure

Les Chinois sont loin derrière les Américains, mais ne donnent pas leur place. Leurs dépenses militaires se sont accrues pour une vingt-quatrième année consécutive et, à l’image du « Made in China » qui s’est exponentiellement multiplié autour de nous au cours des dernières années, ce que dépense la Chine en équipement militaire était dix fois plus élevé en 2018 qu’en 1994.

Concrètement, The Economist relève qu’entre 2014 et 2018, le tonnage des navires mis en service par les Chinois excédait celui de toute la marine française ou indienne. Du coup, en Asie, la frénésie dépensière de Beijing inquiète. L’Inde a fait bondir son budget militaire à plus de 66 milliards de dollars, ce à quoi le Pakistan a répondu en augmentant de 11 % ses propres dépenses militaires. Et ainsi de suite au Japon, en Corée du Sud et ailleurs.

On se tourmente à qui mieux mieux ces temps-ci pour la « guerre commerciale » dans laquelle s’enfoncent Beijing et Washington. À voir l’arsenal militaire de chaque camp, ce ne serait finalement pas plus mal qu’on limite les affrontements aux coups de calculatrices et de bouliers chinois.

 

Les dépenses militaires à travers le monde

  • Turquie : 1,0 %
  • Canada : 1,2 %
  • Australie : 1,5 %
  • Brésil : 1,5 %
  • Italie : 1,5 %
  • Corée du Sud : 2,4 %
  • Japon : 2,6 %
  • Allemagne : 2,7 %
  • Grande-Bretagne : 2,7 %
  • Russie : 3,4 %
  • France : 3,5 %
  • Inde : 3,7 %
  • Arabie saoudite : 3,7 %          
  • Chine : 14 %
  • États-Unis : 36 %

 

ACHETEURS D’ARMES PAR EXCELLENCE

Ces cinq pays ont acheté 60 % de tout l’armement en 2018.

  • États-Unis
  • Chine
  • Arabie saoudite
  • Inde

France (Source : SIFRI)