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Un dépotoir de pierres tombales cause le malaise

Des résidents trouvent les détritus d’un cimetière irrespectueux pour les défunts

Cimetière pierres tombales
Photo collaboration spéciale, Caroline Lepage Brigitte Joly a vu ce tas de pierres lors d’une visite chez son concessionnaire automobile voisin du cimetière de Sorel-Tracy.

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SOREL-TRACY | Une centaine de pierres tombales abandonnées pêle-mêle au fond d’un cimetière de la Montérégie causent un malaise chez ceux qui aimeraient qu’elles soient rangées avec plus de dignité.

Le fond du cimetière des Saints-Anges, à Sorel-Tracy, a l’air d’un dépotoir de pierres tombales abîmées, alors qu’une centaine de sépultures s’y trouvent pêle-mêle sur le sol.

« C’est un tas de “scrap” », confirme le directeur du cimetière, Jean Charbonneau.

Si les pierres tombales sont cachées par une rangée d’arbres, dans le cimetière, elles sont à la vue des gens qui fréquentent les commerces voisins.

Brigitte Joly, une cliente du concessionnaire Toyota, a sursauté en remarquant, à partir du stationnement, le désordre parmi ces sépultures. Plusieurs étaient encore identifiées avec le nom des défunts.

« Je trouvais ça triste comme image », exprime-t-elle.

Mme Joly et ses proches trouvent inconvenant le traitement réservé à ces sépultures.

Le professeur retraité en ethnologie à l’Université Laval, Jean Simard, partage cet avis.

Cimetière pierres tombales
Photo collaboration spéciale, Caroline Lepage

Deuxième mort

« Il ne faut pas faire mourir les gens une deuxième fois. Si des monuments doivent être mis au rancart, il faut que ce soit fait dans la dignité et le respect », commente-t-il.

Selon lui, les cimetières qui doivent retirer des pierres tombales endommagées et abandonnées par les descendants le font habituellement avec ordre et propreté.

M. Charbonneau a justifié la situation par le fait que les monuments funéraires brisés se trouvaient déjà dans cet état à son entrée en poste, il y a 12 ans.

Le président de l’Association des cimetières chrétiens du Québec, François Chapdelaine, rappelle que la responsabilité d’entretenir une sépulture revient aux familles des défunts, qui laissent trop souvent les gestionnaires de cimetière sans nouvelles et sans argent.

Un petit effort

Conscient de cette réalité, M. Simard estime que le cimetière des Saints-Anges aurait pu faire un petit effort. Les pierres tombales usées auraient au moins pu être ensevelies.

Pour M. Chapdelaine, un simple écran visuel peut s’avérer une solution économique. Il recommande aussi de pulvériser le granit des pierres et de le recycler.

Il est également possible de cimenter de nouveau la base des monuments pour les garder bien droits.

Cela dit, il précise que la majorité des cimetières sont des organismes sans but lucratif qui n’ont pas l’argent pour bien disposer des sépultures qui vieillissent mal, surtout que ces biens ne leur appartiennent pas.

Des monuments transformés en œuvre d’art

D’anciennes pierres tombales en marbre ont bénéficié d’une deuxième vie en devenant des œuvres d’art.

Le directeur du cimetière des Saints-Anges, Jean Charbonneau, a eu la permission de l’évêché, il y a quelques années, d’offrir de vieilles pierres tombales en marbre à l’école de sculpture de Sorel-Tracy.

« Il fallait que ce soit à des fins éducatives », précise M. Charbonneau.

Cimetière pierres tombales
Photo collaboration spéciale, Caroline Lepage

Les œuvres d’art ont également fait l’objet d’une exposition publique à Sorel-Tracy par les élèves de cette école.

M. Charbonneau conserve précieusement une de ces œuvres dans son bureau de direction.

Celui-ci croyait ne pas pouvoir disposer des sépultures comme il le voulait, puisqu’elles sont bénies. Toutefois, les monuments endommagés font partie d’une classe à part.

« L’objet béni qui ne sert plus à ce pour quoi il a été fait perd son caractère sacré », explique le chancelier au diocèse de Saint-Hyacinthe, Denis Lépine.

Le président de l’Association des cimetières chrétiens du Québec, François Chapdelaine, ajoute qu’il est interdit de faire du commerce avec une sépulture.

« Elle ne peut pas être vendue à l’antiquaire du coin », dit-il en exemple.

Toutefois, il est possible de lui donner une nouvelle vie, à la condition de la manipuler avec respect et dignité.

« Il faut que ce soit bien fait », ajoute-t-il.