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Chaque enfant handicapé «mérite qu’on soit ambitieux pour lui»

L’ancien directeur d’école s’était fait dire que sa scolarisation serait impossible

Richard Leonard est devenu directeur d’école puis a enseigné à l’université malgré ses difficultés d’élocution et d’importantes limitations physiques.
Photo Didier Debusschère Richard Leonard est devenu directeur d’école puis a enseigné à l’université malgré ses difficultés d’élocution et d’importantes limitations physiques.

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Un homme à qui on prédisait l’échec à l’école et qui est pourtant devenu chargé de cours à l’université croit que le Québec a le devoir d’en faire plus pour les enfants handicapés et en difficulté d’apprentissage.

À l’âge de quatre ans, les parents de Richard Leonard, atteint de paralysie cérébrale, se font dire par des spécialistes que sa scolarisation n’est «pas envisageable» et que l’envoyer à l’école serait «une perte de temps».

L’enfant qu’il est a toutes ses facultés intellectuelles, mais a d’importants problèmes d’élocution et peine à marcher. Nous sommes dans les années 1950.

«Dans le temps, il y avait un préjugé, dans le sens où les problèmes physiques étaient reliés à des problèmes intellectuels dans la tête des gens. C’est dur à croire, mais c’était ça», dit celui qui se prononcera aujourd’hui en faveur de la maternelle 4 ans.

Richard Leonard et ses parents devront se battre à chaque étape de sa vie, à commencer par son inscription à l’école primaire, mais le temps leur donnera raison : il deviendra plus tard directeur d’école, conseiller pédagogique, auteur et finalement chargé de cours à l’Université de Sherbrooke en adaptation scolaire et sociale.

Potentiel

«Je crois que chaque enfant est différent et que chacun a un potentiel à exploiter. Chaque enfant mérite qu’on soit ambitieux pour lui ou elle et on a le devoir de trouver ses forces», pense le résident de Bonaventure en Gaspésie, aujourd’hui à la retraite.

Orthopédagogue de formation, M. Leonard, qui a maintenant 64 ans, a consacré sa carrière à lutter pour l’inclusion des enfants handicapés et en difficulté d’apprentissage. Il est aussi un exemple de détermination, lui qui pratique encore le vélo et le ski alpin, et qui conduit son propre véhicule, en dépit de ses limitations physiques.

Pour lui, le Québec peut et doit en faire plus pour les enfants vulnérables, malgré les pas de géant réalisés depuis 50 ans dans le dépistage et l’accompagnement de ces jeunes élèves. « On partait de loin », remarque-t-il aussi.

Des progrès

«On a fait énormément de progrès, mais il en reste beaucoup à faire. Il suffit de regarder le taux de personnes dites handicapées qui sont sur le marché du travail. C’est très faible. C’est quelque chose comme 27 ou 28 %. C’est une perte pour la société», souligne M. Leonard.

Celui qui a été consulté par plusieurs ministres de l’Éducation dans le passé suggère notamment de miser davantage sur les équipes multidisciplinaires et la concertation des experts entourant les enfants en difficulté.

Il termine en voulant semer l’espoir auprès des jeunes dont le parcours est semé d’embûches : «Quand on a des rêves, quand on a des ambitions, il ne faut pas s’arrêter. Il faut continuer, tout en sachant s’adapter», conclut-il.

Une année de plus qui fait toute la différence

La fréquentation de l’école maternelle dès l’âge de quatre ans fait une réelle différence dans le cheminement des enfants en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, fera valoir aujourd’hui Richard Leonard.

«Les services de garde au Québec, c’est bien, c’est excellent, sauf que ça ne peut pas rivaliser avec l’école, et la mission même est différente», pense Richard Leonard, qui s’exprimera cet après-midi au premier jour de l’étude du projet de loi sur la maternelle 4 ans en commission parlementaire.

Celui-ci prévoit que tous les enfants québécois pourront fréquenter la maternelle dès l’âge de quatre ans, selon la volonté des parents, peu importe leur milieu d’origine.

Boîte à surprise

L’auteur et spécialiste en adaptation scolaire estime que, malgré toutes les qualités du réseau des centres de la petite enfance au Québec, l’école demeure « plus équipée de spécialistes » et a donc davantage de ressources à offrir à la clientèle vulnérable.

«On sait que les élèves avec les plus hauts taux de risque, souvent, ne vont ni au service de garde, ni ailleurs dans le système, et ils se ramassent à 5 ans à la maternelle et la boîte de surprise ouvre», dit M. Leonard, qui a lui-même rencontré de grands défis dans son enfance.

«Ce qu’on a vu en Ontario et dans d’autres provinces, c’est que la maternelle 4 ans permet de donner un coup dans la boîte pour connaître l’enfant, connaître ses besoins, connaître ses parents», ajoute-t-il.

Au Québec, 27 % des jeunes se présenteraient à la maternelle avec au moins une vulnérabilité de développement. «C’est beaucoup trop», commente M. Leonard, qui croit que, plus ces difficultés sont dépistées tôt, mieux sont les chances de succès académique.

Gain

Aux gens qui estiment que l’implantation de la maternelle 4 ans universelle est irréaliste ou trop coûteuse, Richard Leonard répond que le jeu en vaut la chandelle.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a dû admettre récemment que chaque nouvelle classe de maternelle 4 ans coûtera en moyenne 800 000 $ à construire, soit un montant six fois plus élevé que celui avancé en campagne électorale.

«Si on diminue le taux de décrochage à long terme, si on augmente la diplomation, si on augmente le nombre de personnes actives qui peuvent contribuer à la société, il me semble qu’on a un gain par rapport à l’investissement», soutient M. Leonard.