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Le bonheur en chute libre aux États-Unis avec Trump

Le bonheur en chute libre aux États-Unis avec Trump
Photo AFP

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La présidence chaotique de Donald Trump amène beaucoup d’Américains plus lucides, et donc plus inquiets, à se questionner sur le sens à donner à «l’exceptionnalisme» qu’ils se sont toujours attribué.   

Le doute gagne les élites intellectuelles et sociales américaines quant à l’avenir du pays sous la gouverne d’un individu péjorativement «exceptionnel» qui exhibe quotidiennement ses carences en santé mentale, en rationalité et en stabilité émotive.   

L’ambiance lugubre s’est même propagée aux Américains moyens dont les frustrations et les rêves déçus ont permis à Trump de s’emparer de la Maison-Blanche. Ce climat de doute national se répercute sur l’« indice de bonheur » qui est en chute libre aux États-Unis.  

Créé par l’ONU en 2012, le World Happiness Report classe 156 pays selon leur degré de bonheur. Le classement prend en compte la compassion, la liberté, la générosité, l’honnêteté, la santé, l’éducation, les filets sociaux et la bonne gouvernance.   

En 2019, les États-Unis sont tombés au 19e rang. Ils étaient en 13e position en 2016 lorsque Trump a été élu président. En comparaison, le Canada occupe le 9e rang du classement. La France est au 24e rang, perdant une place par rapport à 2018. Comme d’habitude des pays scandinaves sont en tête de peloton. La Finlande est en première position. Ses 5,5 millions d'habitants ont trouvé le secret du bonheur social: une vie équilibrée qui ne dépend pas uniquement de la richesse économique et matérielle.  

Il faut le souligner, avec la liberté et l’égalité, le bonheur occupe une place primordiale dans la mythologie américaine. La Constitution des États-Unis place le bonheur au centre du projet des pères fondateurs de la république. «Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.»  

Cette déclaration exclut 20% de la population américaine d’alors, les esclaves qui ne sont ni égaux ni libres et certainement pas heureux. Sur les 55 délégués à la Convention constitutionnelle, qui proclament que «tous les hommes sont égaux», la moitié, 27, sont propriétaires d’esclaves, dont George Washington lui-même. Les mensonges et les hypocrisies des locataires de la Maison-Blanche remontent aux tout premiers temps de la république américaine! Les Nixon, Reagan, Clinton, Bush jr et Trump s’inscrivent dans cette longue tradition.  

Au total, 12 présidents – plus du quart de tous les présidents américains – ont été propriétaires d’esclaves au cours de leur vie. Huit d’entre eux pendant leur présidence. La Maison-Blanche a été construite par des esclaves noirs qui y agissaient également comme domestiques.  

Le principal auteur de la déclaration d’indépendance qui affirme que tous les êtres humains sont égaux et qu’ils ont droit au bonheur, Thomas Jefferson, est lui-même propriétaire de 600 esclaves, dont une petite fille nommée Sally Hemmings. Pendant son premier mandat comme président, alors qu’elle est âgée de 14 ans et que Jefferson est dans la quarantaine, il l’oblige à avoir des relations sexuelles avec lui. À 16 ans, elle a son premier enfant avec Jefferson qui lui en fait cinq autres.   

On peut lire partout que Hemmings était la maîtresse de Jefferson. Elle n’est pas la maîtresse du président. Elle lui appartient. Elle est sa propriété, littéralement et légalement. Esclave, elle n’est pas en mesure de donner ou de refuser son consentement à des relations sexuelles avec son maître. Elle doit se soumettre à ses volontés. Jefferson ne reconnaîtra jamais la paternité des enfants qu’il lui a faits. À sa mort en 1826, il se contente d’accorder la liberté aux enfants de son esclave. En 2011, comme pour atténuer sa responsabilité, la Thomas Jefferson Heritage Society évoque la possibilité que le jeune frère du président, Randolf qui profitait aussi de Sally Hemmings, était peut-être le père de certains de ses enfants.