/opinion/blogs/columnists
Navigation

L’Empereur du Japon se fout de la gueule de Trump

L’Empereur du Japon se fout de la gueule de Trump
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Le nouvel empereur du Japon s’est foutu de la gueule de Trump. Le président américain ne s’en est pas rendu compte. Il a eu l’impression d’être honoré par son hôte. 

Hier, en plein dîner de gala en l’honneur de Trump, l’empereur du Japon a porté un toast au premier traité signé par les États-Unis avec le Japon, en 1854. Comparer la visite de Trump à 1854 est une insulte incroyable. Mais Trump a cru que sa visite était la plus importante visite américaine depuis cette date. Pour comprendre l’insulte, il faut faire un petit détour historique.  

Un événement historique grave 

En 1854, le Japon était un pays fermé aux étrangers depuis deux siècles. Le Japon de l’époque va accepter de s’ouvrir et de signer un traité avec les États-Unis, parce que les navires de guerre américains, mus par la vapeur, pouvaient naviguer à contrecourant dans la baie de Tokyo, ce qu’aucun bateau japonais ne pouvait faire. De plus les canons à bord de ces navires pouvaient toucher les côtes japonaises, tout en demeurant hors de porté des canons japonais. Enfin, l’armée japonaise, commandée par le Shogun, était très faible. Les navires américains étaient commandés par le Commodore Matthew Perry. 

Le traité signé en 1854 avec les États-Unis déclenchera au Japon une cascade d’événements graves qui se solderont en 1868 par la restauration du pouvoir de l’empereur et par la modernisation fulgurante du pays.  

Le message réel 

Rien n’est jamais laissé au hasard à la cour de l’empereur, surtout pas dans un dîner officiel. Le message réel est donc que le Japon négocie avec Trump parce qu’il y est obligé, mais que le pays prendra sa revanche.  

Pas d’autres choix 

En effet, vers qui d’autres que les États-Unis le Japon peut-il se tourner?  

Le Japon a un ennemi potentiel principal : la Chine. Seuls les États-Unis constituent un allié suffisamment fort dans un hypothétique conflit armé avec la Chine. Et encore, l’engagement des États-Unis, même s’il est solide sur papier, pourrait être en-deçà de ce que souhaite le gouvernement japonais.  

Le récent achat par le Japon de 100 avions F-35 américains va dans cette direction. Tous comme les nombreux traités d’alliance militaire que Tokyo a signés avec Washington depuis près de 70 ans. 

Des problèmes de marché 

La Chine est le principal partenaire commercial du Japon. Mais le marché chinois constitue un débouché de moins en moins sûr pour les produits japonais. Par-exemple la politique chinoise qui vise à ce que d’ici 2025 les produits consommés en Chine soient à 80% fabriqué en Chine ne peut qu’inquiéter le gouvernement japonais. Les accords commerciaux que Pékin et Washington pourraient éventuellement signer risquent de favoriser les produits américains sur le marché chinois, au détriment des produits des autres pays développés, en particulier du Japon.  

Les Américains sont les seconds partenaires économiques du Japon, derrière la Chine. Mais le déficit de la balance commerciale entre le Japon et les États-Unis atteint environ 70 milliards de dollars US.  

L’économie japonaise aurait beaucoup de difficulté à surmonter la perte simultanée des marchés américains et chinois. Une telle perte serait d’autant plus dangereuse qu’elle rappellerait les pertes de marchés que les produits japonais ont subis jadis à la fin de la première guerre mondiale. Ces pertes de marchés avaient été un des facteurs importants qui avaient conduit le Japon à se lancer dans des conquêtes militaires en Asie.  

Une stratégie claire 

Les choix politiques et économiques du gouvernement japonais sont clairs : confronté à l’incertitude, il préfère encore jouer la carte américaine. Du moins pour les prochaines années. 

Le gouvernement japonais, devant un président américain narcissique, a donc décidé de flatter son ego.  

Évidemment, Trump peut changer d’humeur, comme l’a appris à ses dépends Emmanuel Macron, qui lui aussi avait donné de la face à Trump en le couvrant d’honneurs.  

Le problème est que les Japonais planifient à long terme. Ils préparent probablement le jour où le Japon s’éloignera des États-Unis, par nécessité. Mais Trump n’en a cure. Ce jour-là sera bien au-delà de la date de la prochaine élection présidentielle américaine.  

En tout cas, l’empereur japonais a averti Trump et le reste du monde.