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Mettons fin au culte du jetable en restauration : le cri du coeur d'une buveuse de cappuccino

Mettons fin au culte du jetable en restauration : le cri du coeur d'une buveuse de cappuccino
Crédit montage: Adobe/François Breton-Champigny

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Une lectrice nous a fait parvenir un cri du cœur par rapport à la lenteur de certaines industries à entamer leur virage vert.

Selon nous, la consommation responsable et la conscience environnementale sont indissociables des enjeux économiques et financiers.

Si les consommateurs ont leur part à faire, les entreprises et les institutions doivent agir. Voici sa lettre. 


Mains au volant, je me dirige sur l’autoroute qui me mènera à un sommet ou près d’un cours d’eau. J’ai peu dormi, la semaine s’est déroulée à une vitesse effrénée. Tout ce que j’aspire à l’instant, c’est une proximité à une montagne ou rivière. Mettre une pause à ce rythme urbain. 

J’aime ces matins où la route est libre, le sentiment de liberté du roadtrip où l’on médite inconsciemment à la vue des épinettes et des falaises qui défilent au gré des kilomètres. J’ai quatre heures de route devant moi, direction Charlevoix.

Mon café casanier est déjà loin derrière moi. Je cherche donc une sortie où dénicher un service de torréfaction pour assouvir ce besoin « disons-le » viscéral de caféine matinale. Je m’arrête à un premier point : une tasse de camping en main, je précise que je ne veux pas de gobelet jetable. Au moment, du paiement, je reçois un contenant de plastique malgré ma demande. Je réitère sur ma demande initiale avec un air ahuri, et l’on me répond qu’il est impossible de me servir ma boisson dans ce récipient recyclable pour question d’hygiène. J’échange un regard vide avec le commis, traversée par un mélange d’apathie et moral abruti. Je quitte les lieux.

Mettons fin au culte du jetable en restauration : le cri du coeur d'une buveuse de cappuccino
Crédit : Unsplash

Je poursuis plusieurs kilomètres pour trouver un autre point de service, l’air franchement hébété. Je demande avec une insistance assez pointue, un cappuccino qui sera servi dans ma propre tasse. Et je m’efforce de répéter ma demande, au risque d’avoir l’air d’une cliente furieuse. Elle semble avoir été bien comprise par l’employée. Je me présente pour réception du breuvage en question, et un verre prêt pour les déchets, m’attend dans toute sa splendeur. Mon affect témoigne un profond désespoir. Et je demande à la caissière, « pourquoi reçois-je ce contenant après avoir précisé minutieusement mon désir d’utiliser ma tasse? ». Et la réponse qui suit : « vous ne souhaitez pas dérouler le rebord et gagner une voiture ? »

Les jambes m’ont scié en deux. Non, mademoiselle, je ne me soucis point de l’écran géant, ni de la voiture de luxe, ni des 25 cafés gratuits potentiellement cachés dans ce carton. Je veux comprendre. Cette situation abrutissante je l’ai vécu plus de 10 fois en 3 mois. Pour moi, c’est loin d’être banal. Surtout dans un monde où les drapeaux rouges environnementaux ne cessent d’être hissés.

Nous avons atteint un point de non-retour : nos territoires se détériorent à vue d’œil. En outre, 60 % des espèces de café sauvage sont en menace d’extinction, ça ne frappe personne? Ce combat aussi anodin que de se battre littéralement chaque week-end pour servir son café dans une tasse recyclable traduit l’ampleur de la gravité de la situation. Ce Québec, il est magnifique, il abrite des territoires d’une richesse déstabilisante. Mais en sommes-nous conscients? Il reste encore trop vide d’espace pour le protéger et une insouciance éblouissante.

Mettons fin au culte du jetable en restauration : le cri du coeur d'une buveuse de cappuccino
Crédit : Unsplash

Pourtant, notre potentiel est florissant. Tel un essaimage, les entreprises et cerveaux verts québécois partent constamment en éclaireurs à l’étranger et butinent au gré de leur savoir innovateur pour instaurer des solutions à cette déroute vers le gouffre environnemental. Mais les politiques locales manquent d’audace et sont farouches : pour ne pas dire qu’elles manquent littéralement de guts. Combien d’animaux aux abdomens capitonnés de plastique devrons-nous zyeuter l’air faussement piteux avant de se tourmenter sur la question?

Je suis abasourdie face aux discours timides de la CAQ sur l’environnement, et que dire de ses prédécesseurs aux initiatives plutôt fades. Je ne doute pas de la préoccupation de la population, mais d’où vient cette peur de balancement vers un autre mode de production? Être sensible à la cause ne suffit plus. Il faut un tournant radical et cela presse. Il faut prendre le taureau par les cornes, légiférer, interdire le plastique, et tout ce qui contamine nos sols. Je travaille en milieu hospitalier, le gaspillage et la quantité de résidus que nous jetons au quotidien est déconcertant. Récupérer à l’hôpital demande trop de logistique selon l’administration.

J’entends déjà certains se lamenter face au changement, mais l’humain s’acclimate aisément. En revanche, la nature, bien que résiliente, est à bout de souffle et il est vital d’évoluer harmonieusement avec celle-ci. Même les plus grands fervents des villes vibrantes et bruyantes se déferlent dans les projets architecturaux verts où les plantes grimpantes agrémentent leurs rencontres. Les quarts de travail et les 5 à 7 y sont plus apaisants. Une plante sur un bureau met de la vie, le béton étouffe.

Cette note est un cri du cœur. Je refuse de me battre à nouveau pour déguster un expresso sans plastique. Ce sentiment de frustration, c’est le symptôme d’un plus grand malaise. Et je sais qu’il est partagé par plusieurs.

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Crédit : Unsplash

Ce Québec, il est magnifique. J’ai profondément envie de me visualiser dans 30 ans, un matin au pied du fleuve, café en main, à Baie-Saint-Paul comme à Montréal, en souriant face à cette réussite. Cette victoire collective à avoir redressé les voiles de nos erreurs humaines ; que chérir et protéger les territoires québécois est au cœur d’un projet commun.

Marie-Faye Galarneau
Résidente en médecine familiale
Bachelière et maîtrise en Sciences politiques et Études internationales

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