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Un enfant de 11 ans peine à lire et écrire

Sa mère se bat pour qu’il puisse recevoir de l’aide individuelle à l’école et que son potentiel ne soit pas gaspillé

David Shawn dyslexie
Photo Dominique Scali

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La mère d’un garçon qui ne sait toujours ni lire ni écrire à 11 ans en raison d’une dyslexie sévère lance un cri du cœur pour qu’un réel coup de barre soit donné dans l’aide aux élèves comme son fils. 

« Ça fait cinq ans que la commission scolaire me dit “ça va bien, votre fils est entre bonnes mains” », s’impatiente Ellen Lafrance, de Saint-Constant, en Montérégie. 

« Mais à chaque étape, j’ai dû me battre. » 

David Shawn Lafrance est un garçon poli et motivé à apprendre, selon les rapports d’évaluation qu’a consultés Le Journal

Mais il ne sait toujours pas écrire son nom de famille ni lire un livre de niveau de première année, selon sa mère. 

Pas une déficience 

« Tous les spécialistes me disent qu’il n’a pas de déficience, dit Mme Lafrance. J’ai l’impression qu’on gaspille son potentiel. » 

« Avec une aide appropriée, il devrait être capable de passer », abonde la Dre Franziska Baltzer, la pédiatre qui suit David Shawn depuis qu’il est tout petit à l’Hôpital de Montréal pour enfants. 

« Avant, je me disais que j’étais un imbécile, un nono, avoue le garçon. Maintenant, je sais que c’est à cause du trouble d’apprentissage. » 

C’est que David Shawn souffre de dyslexie et de dysorthographie sévères. 

Ce trouble fait en sorte que son cerveau n’arrive pas à automatiser la lecture. 

Il doit donc décortiquer chaque lettre et chaque mot, explique le neuropsychologue Benoît Hammarrenger. 

Autrefois, les jeunes qui en souffraient avaient tendance à lâcher l’école, dit-il. 

Mais depuis plusieurs décennies, on sait que ces troubles n’ont rien à voir avec l’intelligence et il existe aujourd’hui des logiciels pour vocaliser les consignes ou fournir l’orthographe des mots. 

Classe spéciale 

Cette année, David Shawn est dans une classe spéciale où il n’y avait pas assez de portables pour tous les élèves, selon Mme Lafrance. Et quand elle a réussi à obtenir un portable pour son fils, elle a ensuite dû argumenter pour que le bon logiciel soit installé à l’intérieur. 

Pour compléter le portrait, les remplaçants se succèdent dans sa classe depuis que l’enseignant titulaire est en congé de maladie, raconte-t-elle. 

Elle croit que son fils aurait besoin de plus d’aide en solo, mais l’école ne semble pas avoir les moyens de lui en fournir. 

Mme Lafrance reconnaît que son fils a rencontré sur son parcours plusieurs « anges » qui se sont vraiment mobilisés pour lui, comme son enseignante de 3e année. 

Mais l’accumulation d’épreuves et d’incohérences l’a amenée à vivre « un bris de confiance » par rapport à l’école. 

« Je ne peux plus me battre seule », laisse-t-elle tomber. 

De son côté, la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries dit ne pas pouvoir commenter les cas d’élèves, mais assure que le dossier de ce jeune a été pris en charge. 

Le nerf de la guerre contre l’analphabétisme 

Plusieurs experts croient que le Québec ferait un pas majeur en adaptant mieux l’école aux enfants qui souffrent d’un trouble comme la dyslexie, ces derniers étant surreprésentés parmi les personnes analphabètes. 

« Mon fils a 13 ans et ne peut pas lire un menu. Je sais déjà qu’il sera analphabète fonctionnel », avoue Marie-Jo Demers, résidente de Sainte-Julie, en Montérégie. 

En plus d’être mère d’un jeune dyslexique et surdoué, elle gère aussi la page Facebook « Centre du Savoir DYS », qui soutient les parents et partage des informations sur ces troubles. 

Le Journal publiait récemment que la grande majorité — les deux tiers — des élèves qui ont une difficulté d’apprentissage ou d’adaptation n’ont pas leur diplôme d’études secondaires. 

Manque de moyens 

Pas étonnant, quand on voit à quel point les écoles manquent de moyens et que les troubles « dys » sont encore mal compris, selon Mme Demers. 

Par exemple, son fils s’est déjà fait dire par des profs qu’il était « lent ». 

« Mais ce n’est pas qu’il ne veut pas, c’est qu’il ne peut pas », rectifie-t-elle. 

Selon Égide Royer, professeur à l’Université Laval, il faudrait revoir la façon d’enseigner aux jeunes qui ont un « handicap invisible ». 

Car une fois adultes, ils sont nettement plus nombreux parmi les analphabètes que le reste de la population, note-t-il. Le dépistage et l’accompagnement précoces de ces élèves seraient donc un des nerfs de la guerre vers la diplomation. 

En bas âge, le cerveau est encore malléable, abonde le neuropsychologue Benoît Hammarenger. 

Or, certaines écoles n’ont même pas l’expertise pour diagnostiquer une dyslexie et doivent diriger les parents vers le privé.