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Décision coûteuse ou profitable? Quand une PME de café prend le virage vert

Décision coûteuse ou profitable? Quand une PME de café prend le virage vert
Courtoisie

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Lorsque je travaillais pour les brûleries Faro à Sherbrooke, les mots «changements climatiques» commençaient à peine à être utilisés par quelques clients hipsters. Six ans plus tard, l’entreprise familiale a investi temps et argent pour prendre une direction écologique.

«Je t’avertis, mon message va sûrement être moins positif que ce à quoi tu t’attends», me prévient mon ancien boss Maxime Fabi, copropriétaire de Faro, avant notre rencontre.

Maxime Fabi
Courtoisie
Maxime Fabi

Il m’a donné rendez-vous à la nouvelle filiale de l’entreprise sur Sainte-Catherine, à deux pas de l’Université Concordia. L’atmosphère chaleureuse me rappelle mes vieux jours comme barista à la maison-mère au centre-ville de «la reine des Cantons de l’Est».

Mais aujourd’hui, je ne suis pas là pour jaser du passé autour d’une tasse de café. Maxime veut me parler des réalités pas si roses qu’implique un virage vert pour sa business.

 

Un processus coûteux et ardu

Faire changer de cap à une entreprise comptant plus de 100 employés et cinq succursales ne se fait pas du jour au lendemain, admet le copropriétaire. «La réflexion a débuté il y a environ deux ans et on est actuellement dans la première phase de notre chantier de quatre ans».

Faro a acheté une nouvelle machine de torréfaction qui émet moins de gaz à effet de serre et l'entreprise vient tout juste d’opter pour des gobelets compostables dans ses établissements.

L’année prochaine, ses grains de café seront essentiellement importés d’Amérique latine pour réduire l’empreinte écologique qui résulte du transport des ressources provenant d’Afrique et d’Asie.

L’entreprise compte aussi diminuer sa production de déchets de 80% d’ici deux ans. 

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Pour établir ces objectifs, Faro a fait appel à ADDERE, une entreprise experte en développement durable.

«On ne peut pas se targuer d’être 100% écoresponsable, mais ça ne nous empêche pas de prendre des initiatives vertes», lance Maxime.

D’ailleurs, les employés ont accès à un programme de formation en continu pour les sensibiliser aux enjeux environnementaux et leur fournir des connaissances sur le processus de transformation des grains de café.

Une équipe est même allée en Colombie pour visiter les fermes de producteurs locaux partenaires de l’entreprise.

«On fait ça parce qu’on croit fondamentalement que l’on doit faire notre part pour l’environnement, explique-t-il. En vérité, je pense qu’on ferait plus d’argent à court terme si on ne prenait pas toutes ces initiatives».

Depuis le début du «chantier de quatre ans», le copropriétaire estime avoir investi plus de 30 000$ sans pour autant avoir reçu de retour sur investissement significatif pour l’instant.

Remplacer des gobelets en carton par des verres compostables représente à elle seule une dépense annuelle supplémentaire de 15 000$ dollars selon lui.

«Je crois que ça nous donne un avantage concurrentiel intéressant à long terme parce qu’on va aller chercher une clientèle plus soucieuse de l’environnement», avoue-t-il.

 

Une industrie mal adaptée

Bien qu’il existe des options écoresponsables dans le marché du café actuellement, l’homme d’affaires croit que l’industrie n’est pas près de se réinventer. «Pendant qu’on s’efforce de trouver des alternatives écoresponsables, les ventes de capsules à usage unique sont en hausse. C’est un peu frustrant», confesse-t-il.

Selon un rapport publié en 2018, le marché des capsules à usage unique aurait connu un essor de 3,5% par année de 2014 à 2017, passant de 780 M$ à 865 M$. D’ici 2022, celui-ci devrait atteindre une valeur de 971 M$.

Cela témoigne d’une certaine «incohérence» entre ce que les consommateurs disent vouloir et leurs réelles habitudes de consommation, selon Maxime. «C’est dur de rentabiliser ces investissements parce que les gens ne sont pas nécessairement prêts à dépenser plus pour soutenir des initiatives vertes or, il faut leur faire comprendre que ça a un prix. Encourager à coups de likes, ce n’est pas suffisant».

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Il déplore également l’incompréhension de certains clients en ce qui a trait aux conséquences économiques d’un virage écologique sur la rentabilité d’une entreprise. «Je me suis déjà fait demander pourquoi on ne laissait tout simplement pas les gobelets de côté. Si on faisait ça, on se couperait de beaucoup de clients».

Pour inciter les gens à consommer écoresponsablement, l’entrepreneur soutient que les instances gouvernementales devraient intervenir. «Pourquoi ne pas taxer certains produits qui ne se conforment pas à des normes environnementales?» suggère-t-il.

Malgré les défis inhérents à un tel virage, le Sherbrookois souhaite continuer à implanter des mesures écologiques dans son entreprise dans le futur. «Je crois que tout un chacun a un devoir moral envers notre planète et Faro va faire en sorte de respecter ça». 

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