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Quand l’insignifiance triomphe

Faut-il multiplier les pitreries pour exister ?
Photo Facebook, Catherine Dorion Faut-il multiplier les pitreries pour exister ?

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Il y a quelque chose de paradoxal chez Catherine Dorion, la députée de Taschereau élue sous la bannière de Québec solidaire. Nous sommes devant une femme articulée, diplômée et dont on ne cesse de nous vanter l’intelligence. Toutefois, elle ne fait globalement parler d’elle qu’à cause des frasques, polémiques et controverses.

Officiellement, Catherine Dorion rêve de ramener du contenu dans une vie politique trop souvent réduite à l’empire du slogan. Dans les faits, son action politique semble relever du théâtre des variétés. C’est ce que je retiens de son dernier coup d’éclat à propos de la pilosité féminine qui ne mérite pas qu’on s’y attarde exagérément.

Mais ne l’accablons pas trop personnellement. Car son comportement est symptomatique d’une tendance lourde qui semble tout emporter dans le monde occidental.

Divertissement

La vie publique est soumise à une version dégénérée du principe du divertissement. Comme l’avait déjà noté l’écrivain Philippe Muray, aujourd’hui, tout doit toujours être festif.

On le voit d’ailleurs avec la disparition progressive des émissions d’affaires publiques. Certes, il y en a encore quelques-unes qui prennent au sérieux leur sujet. Mais les politiciens préfèrent grandement se faire voir dans une émission de vedettes, comme s’ils préféreraient s’associer au showbiz qu’à l’Assemblée nationale.

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Faut-il s’en surprendre ? Une partie très importante de l’existence de nos contemporains se déroule sur les réseaux sociaux. Ils s’y mettent en scène. Pour exister, il faut faire le buzz. On a davantage de chance de l’obtenir en montrant ses aisselles qu’en cherchant à avancer sobrement un argument à propos d’une facette du bien commun.

Même un homme aussi sobre que Stephen Harper avait dû se plier à cela en interprétant en public une chanson des Beatles et quelques années plus tard, en campagne électorale, en jouant au piano à la télévision Quand le soleil dit bonjour aux montagnes.

On nous dira que rien de tout cela n’est grave et que l’être humain n’est pas fait pour être toujours sérieux. Vrai. Mais dans un monde pas trop mal fait, le sérieux est la norme et le divertissement, la transgression. Notre époque inverse la norme et la marge.

Il y a un effet politique terrible à ce triomphe de l’insignifiance : le commun des mortels perd l’habitude de prendre au sérieux ce qui doit l’être. Si on ne lui présente pas un débat à la manière d’un cirque, il décroche. N’ayons pas peur des mots : tout cela traduit une forme d’infantilisation généralisée de la société qui dévaste la démocratie.

Sérieux

On aurait envie de demander à nos politiciens de se rappeler qu’ils ne sont pas des comédiens comme les autres. Leur métier, ce n’est pas de nous divertir, mais de s’occuper du bien commun. Et il est dommage, de ce point de vue, que les membres de la classe politique qui parviennent à faire parler d’eux soient ceux qui ne respectent ni leur fonction ni le sérieux nécessaire de la vie démocratique.