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Robert Mueller renvoie la balle au Congrès

Robert Mueller
Photo AFP Robert Mueller

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L’intervention publique très attendue du procureur spécial Mueller expose les mensonges du clan Trump et ajoute à la pression sur le Congrès pour entamer des procédures de destitution.

Depuis le début de l’enquête, on n’avait pratiquement jamais entendu Robert Mueller et on attendait impatiemment son intervention d’hier matin.

Sur le fond, Mueller n’a rien dit qui ne se trouve pas dans son rapport, mais le fait qu’on pourra désormais montrer au public l’auteur du rapport qui en énonce les conclusions de vive voix fera une différence dans le débat politique.

Même s’il ne veut surtout pas sembler s’immiscer dans un débat ultra-partisan, Mueller a dit deux choses faciles à saisir si on se donne la peine de décoder son langage prudent.

D’une part, le président et son Attorney General ont déformé les conclusions de son rapport, qui est beaucoup plus incriminant qu’ils le prétendent. D’autre part, le Congrès doit mettre ses culottes et aller de l’avant avec la destitution.

Contradiction

Si on écoute Mueller, on réalise que le mantra que Trump et ses partisans répètent constamment, « pas de collusion, pas d’obstruction », sonne de plus en plus faux.

Selon l’ex-procureur spécial, s’il n’y a pas suffisamment de preuves pour accuser Donald Trump de complot avec les Russes, ça ne veut pas dire qu’il n’y a aucune preuve de collaboration. Devant les gestes qu’il a dévoilés, on peut aussi se demander si le fait de ne pas être un criminel attitré suffit pour mériter la présidence.

Sur les accusations d’entraves à la justice, Robert Mueller dit que s’il n’avait pas été contraint par la politique du ministère de la Justice qui l’empêchait carrément d’inculper un président, il l’aurait fait.

Il contredit ainsi le résumé complaisant de William Barr, qui exonérait Trump de toute accusation d’entrave à la justice en ignorant les preuves qui, de l’avis du procureur spécial, sont substantielles.

Au Congrès d’agir

Selon Mueller, il revient au Congrès de lever des accusations contre le président en enclenchant les procédures de destitution prévues par la Constitution.

Même si Donald Trump pense qu’un tel scénario serait politiquement payant pour lui et que la partisanerie des républicains rend illusoire l’obtention des deux tiers des votes du Sénat nécessaires pour démettre Trump, le procureur spécial a augmenté d’un cran la pression sur le leadership démocrate pour enclencher le processus de destitution.

Ce que Mueller a dit au Congrès, en substance, c’est que son rapport leur fournit tout ce qu’il faut pour inculper le président d’entrave à la justice. C’est aussi ce que disent de plus en plus de législateurs démocrates et un républicain solitaire, Justin Amash, qui dit tout haut ce que plusieurs de ses collègues non inféodés à Donald Trump pensent tout bas.

Surtout, Mueller dit au Congrès que de ne pas donner suite à son rapport en entamant des procédures de destitution ne serait rien de moins qu’une abdication de ses responsabilités constitutionnelles.