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Souffrance et endurance au nord du 50e parallèle

L’aventurier Keven Martel est motivé par les découvertes intérieures qui découlent des situations extrêmes et difficiles. C’est à son avis la seule façon d’arriver à bien se connaître.
Photo courtoisie, Paul Boucher L’aventurier Keven Martel est motivé par les découvertes intérieures qui découlent des situations extrêmes et difficiles. C’est à son avis la seule façon d’arriver à bien se connaître.

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Keven Martel entamera demain en solitaire les premiers pas de son aventure de plus de 10 000 kilomètres à travers le Canada au nord du 50e parallèle. À la veille de son départ, on s’est entretenu avec l’ex-militaire de 34 ans qui en est à sa première longue expédition.

Keven Martel vient de compléter ses derniers préparatifs. Il a pris l’avion plus tôt cette semaine vers une réalité qui n’aura rien en commun avec son quotidien et qui s’étirera sur environ huit mois.

« Je ne suis pas stressé, j’ai hâte. J’ai hâte que tout ça commence enfin », partage l’aventurier. Ce rêve d’expédition, il le caressait depuis quelques années. À 25 ans, il y pensait, à 27 ans, il a mis son projet de traversée (qui se limitait alors au Québec) en branle... puis il l’abandonnait.

« Je n’étais pas encore la bonne personne pour mon rêve. C’est plus tard, à 30 ans, mieux entouré avec ma conjointe des suites de mon divorce, que j’y ai vraiment cru. Et que j’ai pensé que je pouvais même aller plus loin en traversant le Canada au grand complet, d’est en ouest », raconte le nouvel aventurier.

Découvertes intérieures

La solitude pendant des mois, ponctuée de quelques visages aux points de ravitaillement où il refera le plein, le long des routes secondaires à peine fréquentées, ainsi qu’à travers un environnement sauvage sans balises, voilà ce qui attend Keven Martel dans son expédition. Cela lui convient.

L’aventurier n’est pas dans le tourisme, ni même dans la découverte. Du moins, pas dans celle que l’on croirait en s’aventurant sur 10 000 km à travers le pays et dans bien des contrées sauvages où pied d’homme n’a que rarement foulé.

« Ce qui m’intéresse dans l’aventure, ce sont les découvertes intérieures. Pendant les dernières années, je ne me suis pas tant attardé à entraîner mes aptitudes physiques que mon mental », explique l’homme de 34 ans.

« C’est en sortant de sa zone de confort, en souffrant, qu’on bâtit notre résilience qui nous permet ensuite de surmonter toutes les épreuves que la vie met sur notre parcours. Selon moi, c’est la seule façon de vraiment se connaître, de toucher à qui on est », précise Keven Martel.

Une enfance difficile, 14 ans dans l’armée, l’homme a l’habitude des obstacles. Il préfère maintenant les choisir – et s’y entraîner – en attaquant la vie pour qu’elle ne le mette jamais K.-O.

« Je suis endurant et polyvalent. Je n’excelle dans rien, mais je fais un peu de tout et, quand je sens que je ne suis plus capable, je continue », dit l’aventurier.

Keven Martel se lance dans une expédition en solitaire de 10 000 km à travers le Canada. De Cap Spear à Terre-Neuve, il se rendra au point de rencontre de l’Alaska, du Yukon et de l’océan Arctique, dans l’extrême ouest du pays, sans aide motorisée.
Photo courtoisie, Paul Boucher
Keven Martel se lance dans une expédition en solitaire de 10 000 km à travers le Canada. De Cap Spear à Terre-Neuve, il se rendra au point de rencontre de l’Alaska, du Yukon et de l’océan Arctique, dans l’extrême ouest du pays, sans aide motorisée.

10 000 km à pied, à vélo, en ski et à kayak

Les trois quarts du kilométrage se feront sur son vélo cyclocross sur des petites routes du nord. En l’absence de chemins, voire de sentiers, la marche, boussole à la main. Les traversées des grandes étendues d’eau, en kayak, et le ski, à l’arrivée de l’hiver, dans les Territoires du Nord-Ouest et du Yukon.

« Je souhaite arriver au bout de mon expédition avant Noël. Ou, au moins, avant qu’il fasse trop froid dans le Nord », espère Keven Martel.

« Je n’aime pas particulièrement le froid », précise-t-il. Que la traversée se fasse au nord du 50e parallèle n’est pas motivé par un amour pour la nordicité canadienne, mais par le souci de maximiser la difficulté de l’expédition, et conséquemment son potentiel de souffrance.

« Il y a beaucoup de choses que je n’aime pas avec lesquelles je devrai composer pendant des mois », ajoute l’aventurier. Notamment, les moustiques, sa crainte principale, bien avant les prédateurs.

« Il y en aura tellement... ça peut rendre fou ! Je n’aurai pas le choix de m’habiller comme un ours, très chaudement, pour m’en protéger », précise l’ex-militaire.

Le but du jeu, que les dards ne l’atteignent pas. Le but de l’aventure, que rien ne l’atteigne, que sa résilience lui permette toujours d’avancer. Le chemin sera long, son parcours, il l’espère, formateur.

Bonne route, Keven !

La traversée du Canada au nord du 50e parallèle sans moyen de transport motorisé

  • Environ 7000 km de vélo
  • Environ 500 km de kayak
  • Environ 1500 km de marche
  • Environ 300 km de ski
  • Distance totale: Environ 10 000 km
  • Durée: Entre 7 et 8 mois

Pour suivre l’aventure de Keven Martel et sa progression en temps réel sur une carte, rendez-vous à kevenmartel.com.

Son aventure vise aussi à amasser des fonds pour le programme Sans limites des Forces armées canadiennes, qui aide les militaires et les vétérans à surmonter leurs blessures physiques et mentales par le biais d’activités sportives : www.sans-limites.ca.

  • Point de départ : Cap Spear à Terre-Neuve
  • Kayak pour traverser le détroit de Belle Isle jusqu’à Blanc-Sablon
  • Vélo à travers le Québec
  • Kayak pour traverser le détroit de la baie d’Hudson en longeant les côtes.
  • Ontario jusqu’au milieu du Manitoba : marche sauvage (sans sentier)
  • Ensuite vélo jusqu’à Inuvik
  • Ski jusqu’au point d’arrivée
  • Point d’arrivée : jonction entre le Yukon, l’Alaska et l’océan Arctique