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Un jeune sur deux a des problèmes d’acouphènes

Des chercheurs inquiets n’hésitent pas à parler de problème de santé publique

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Près d’un jeune sur deux entre 19 et 29 ans a développé des acouphènes passagers ou permanents, révèle une nouvelle étude canadienne. Et la situation est telle que les chercheurs estiment qu’il s’agit d’un problème important de santé publique. 

En mars, Statistique Canada a révélé les résultats d’une étude menée auprès de 6571 personnes de 2012 à 2015. Résultat : on estime que 37 % des adultes (9,2 millions de personnes) ont eu des acouphènes l’année qui a précédé le questionnaire. Cette proportion grimpe à 46 % chez les 19 à 29 ans. 

C’est le cas de Michèle Dona, 27 ans, qui a écouté de la musique à fort volume dans ses écouteurs plusieurs heures par jour pendant plusieurs années. C’est ainsi qu’elle a fini par développer des acouphènes. 

«Quand on a 16 ans, la perte d’audition est davantage associée à un problème de personnes âgées. On se croit invincible», témoigne-t-elle. 

Les auteurs de l’étude canadienne estiment même qu’il s’agit d’un problème important de santé publique. 

«La prévalence accrue de l’acouphène chez les personnes d’un plus jeune âge donne à penser que les estimations démographiques de ce problème de santé augmenteront dans le futur», note le rapport. 

Selon Sylvie Hébert, professeure à l’École d’orthophonie et d’audiologie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, c’est la première fois que l’on dresse un portrait aussi détaillé de cette problématique au pays. 

«Ce qui est surprenant, c’est qu’auparavant on voyait toujours une évolution des acouphènes en fonction de l’âge, mais, maintenant, les jeunes en ont énormément.» 

Un lien avec l’écoute de musique 

Autre point intéressant, l’étude fait un lien entre la prévalence plus élevée des acouphènes chez les jeunes et l’utilisation de lecteurs de musique mobiles. 

Plus de 80 % des 19 à 29 ans utilisent des écouteurs internes ou des casques d’écoute sur une base régulière et souvent à fort volume. 

«On voit l’ampleur du phénomène chez les jeunes. Cela veut dire qu’il y a une sensibilisation importante à faire. Les jeunes ne sont pas tout à fait conscients des problèmes qui les attendent plus tard et qui peuvent se traduire par des pertes auditives. Une fois que les dommages sont faits, c’est permanent. Cela ne se répare pas», ajoute Mme Hébert. 

Des consultations dès le primaire 

Alexis Pinsonnault-Skvarenina, président de l’Association québécoise des orthophonistes et audiologistes, constate une recrudescence des consultations auprès de mineurs. 

Dans sa pratique, il voit des adolescents de 15 ans qui présentent déjà des dommages au niveau du système auditif. 

«Certains ont des difficultés auditives dès la 5e et la 6e année du primaire», dit-il. 

Chez près de 8 % des personnes qui vivent avec les symptômes, les acouphènes sont jugés incommodants. Ils peuvent être source d’anxiété, d’insomnie et de dépression. 

Branchés en permanence sur leurs écouteurs 

Avant qu’elle n’effectue des changements dans ses habitudes de vie, Michèle Dona pouvait passer quelques heures par jour branchée à ses écouteurs. C’était son cordon ombilical. 

«Comme je vivais en banlieue, je passais beaucoup de temps dans les transports en commun et j’avais toujours mes écouteurs, même à la maison. Le volume était très élevé, car je n’étais pas sensibilisée aux dangers», explique-t-elle. 

«Quand j’allais à des concerts rock, c’était tellement fort qu’on ne s’entendait pas parler. J’avais des petites pertes d’audition et des petits acouphènes dans les jours qui suivaient, mais ça s’estompait assez vite», ajoute l’étudiante en actuariat à l’Université du Québec à Montréal. 

Baisse du volume 

Aujourd’hui, elle a apprivoisé ses acouphènes qui surviennent de façon occasionnelle. 

«En période de stress, je les entends davantage», souligne-t-elle néanmoins. 

La jeune femme écoute autant de musique qu’avant, mais elle modère le volume et elle privilégie l’écoute en milieu ouvert. 

Malentendance précoce 

Depuis septembre dernier, Ariane Venne-Hébert fait le tour des écoles de Lanaudière et des organismes pour jeunes avec sa conférence «Quel âge ont vos oreilles?» 

Près de 1000 jeunes ont été rejoints grâce à cette initiative. 

«Ça fait quelques années que l’Organisation mondiale de la santé lance des avertissements de l’arrivée d’une pandémie de malentendance précoce chez les jeunes de 12 à 35 ans», affirme Mme Hébert. 

«Quand on vieillit, on perd de l’audition, et c’est normal. Le problème des jeunes, c’est la surdose auditive. On vit dans une société où tout est bruyant. Les jeunes écoutent tout le temps quelque chose et l’oreille s’épuise.» 

Chiffres conservateurs 

Selon la conférencière, le nombre d’heures d’écoute hebdomadaire rapporté par l’étude nationale (7,8 heures pour les 19 à 29 ans) est nettement inférieur à ce qu’elle observe dans les écoles secondaires. 

«Je trouve ça peu si on regarde la réalité. Je ne suis pas sûre que ce soit réellement représentatif chez les adolescents. Selon moi, c’est plus que ça.» 

► Moyenne hebdomadaire d’heures d’écoute  

  •  7,8 heures (19 à 29 ans) 
  •  5,5 heures (30 à 49 ans) 
  •  5,2 heures (50 à 79 ans)  

Source : L’acouphène au Canada, mars 2019 

Échelle des niveaux sonores 

Décollage d’un avion à 50 m 

►140 DB 

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Spectacle de musique 

►110 db 

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Marteau-piqueur à 10 m 

►100 db 

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Conversation normale 

►55-60 db 

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Machine à laver 

►50 db 

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*Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il est recommandé de ne pas s’exposer à plus de 85 dB pour une durée d’écoute de 8 heures par jour au maximum. À 100 dB, les dommages à l’ouïe peuvent survenir au bout de 15 minutes seulement. 

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