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«L’albatros et la mésange» de Dominique Demers: trouver l’équilibre dans un monde bouleversé

ART - DOMINIQUE DEMERS
Photo Martin Alarie Dominique Demers

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Avec sa plume inimitable, sensible et réaliste, l’écrivaine Dominique Demers examine le quotidien difficile d’un adolescent surdoué, Jean-Baptiste, et celui de Mélodie, une adolescente déchirée par une peine d’amour, dans son nouveau roman, L’albatros et la mésange. Ensemble, ils s’apprivoisent, tout en veillant à la sauvegarde des oiseaux qui trouvent refuge dans les grands arbres du mont Royal.

Dominique Demers s’est beaucoup investie dans ce roman qui s’adresse tant aux adolescents qu’aux adultes.

Elle y parle de nature, mais aussi de la nature humaine, en racontant les effets d’une peine d’amour d’adolescente, les dégâts causés par l’exclusion sociale chez une personne douée, et le très grand cadeau d’une solide amitié entre deux jeunes.

«Une peine d’amour à 17 ans, c’est gros, c’est grave, c’est vrai, dit-elle, en entrevue. C’est tellement important de bien régler ça... c’est quelque chose qu’on va traîner toute notre vie.»

Mélodie et Jean-Baptiste ont tous les deux 17 ans. Mélodie a beaucoup de mal à surmonter une peine d’amour. Jean-Baptiste lutte contre une éducation religieuse envahissante.

Elle s’inquiète pour l’avenir. Il travaille comme un fou sur un projet qui pourrait changer sa vie.

Notre rapport à la planète

À travers eux, l’auteure aborde des sujets d’actualité, comme la foi, le consentement, la peur de la différence.

Dominique Demers confie qu’au départ, elle voulait aborder l’éthologie – la notion de notre rapport à la planète et notre lien avec les animaux.

Elle l’a fait à travers le personnage de Jean-Baptiste, un jeune très engagé dans l’écologie et la sauvegarde de l’environnement. Il gère aussi un autre défi : celui d’être surdoué.

«On parle beaucoup de toutes sortes de problèmes de santé mentale... la douance est négligée, même si elle existe, et ces gens souffrent, très souvent.»

Elle voulait aussi aborder la question de la spiritualité, de la foi, de la religion.

«On l’aborde très rarement, je trouve. Au Québec, on a jeté le bébé avec l’eau du bain... on parle de religion pour parler de la religion des gens qui viennent d’ailleurs. C’est l’altérité, c’est la différence. Mais on a un passé religieux énorme et des familles comme celle de Jean-Baptiste, il y en a.»

«Pour moi, ce roman est une réflexion sur notre place dans l’univers, à travers ces deux personnages.» Et notre place par rapport à la nature aussi, car Dominique parle beaucoup d’oiseaux.

Émerveillement

Elle parle aussi d’émerveillement et de réenchantement.

«Mon histoire est celle de deux personnes qui sont très désenchantées et qui ont une relation amoureuse, mais surtout une relation d’amitié, où chacun aide l’autre avec sa personnalité, ses forces, ses connaissances. Chacun aide l’autre à s’épanouir et sortir ce qu’il a de meilleur en l’initiant à la nature, en l’aidant à voir des oiseaux de proie en plein centre-ville. Jean-Baptiste, au lieu de chanter la pomme à Mélodie, lui décrit les rites amoureux des oiseaux.»

Puiser dans ses souvenirs

Dominique Demers, à 62 ans, n’a pas eu de difficulté à créer des personnages adolescents parce qu’elle est allée puiser en elle des émotions qu’elle connaît.

«Les adultes qui l’ont lu me disent “mon dieu, c’est comme si je retombais en adolescence”, et les adolescents me disent “c’est comme si t’étais rentrée dans ma tête” ! Je me disais que c’était formidable parce qu’il y a des bouts que j’emprunte à mes deux premiers amours», dit-elle.

«Quand on a un chagrin d’amour à l’adolescence, c’est catastrophique. Les adolescents crient leur douleur, ils ne la maquillent pas.»

Dans la nature, les deux ados du roman trouvent une réponse à leur quête.


♦ Dominique Demers est écrivaine, conférencière et formatrice.

♦ Elle a signé plus de 70 œuvres de fiction pour enfants, adolescents et adultes, et remporté de nombreux prix.

♦ Ses œuvres ont fait l’objet de quatre longs métrages, d’une pièce de théâtre et d’un spectacle avec l’OSM.

♦ Elle s’est engagée à défendre l’importance de la lecture auprès des jeunes.

Extrait

<b><i>L’albatros et la mésange</i></b><br/>Dominique Demers<br/>Éditions Québec Amérique<br/>400 pages
Photo courtoisie, Éditions Québec Amérique
L’albatros et la mésange
Dominique Demers
Éditions Québec Amérique
400 pages

«Je suis tombé sur un rassemblement de sittelles. Puis j’ai discuté avec trois mésanges. L’une d’elles a failli succomber à la tentation des graines de tournesol dans ma main. Au dernier moment, un écureuil l’a fait fuir. Dommage, j’aurais aimé sentir ses petites griffes chatouiller ma paume et ses ailes froufrouter sous mon nez.

Peu après, une crécerelle m’a entraîné de l’autre côté de la montagne avant de disparaître. Je me suis retrouvé là où l’escalier principal croise le chemin Olmsted avant de grimper jusqu’au chalet du Mont-Royal. C’est là que j’ai cru apercevoir un éclair bleu parmi les branches.»

– Dominique Demers, L’albatros et la mésange, Éditions Québec Amérique