/sports/golf
Navigation

Daniel Talbot: immortel au Québec

Le vétéran golfeur de 66 ans revient sur son étincelante carrière

Coup d'oeil sur cet article

 Daniel Talbot deviendra sous peu un immortel dans le monde du golf québécois. L’un des grands de son sport ayant fait rayonner la province aux quatre coins du monde durant des décennies a osé s’exiler pour améliorer son sort. 

 

 Celui qui sera intronisé au Temple de la renommée de Golf-Québec lors d’une cérémonie qui sera tenue au club de golf la Vallée-du-Richelieu, le 3 juin, a goûté au succès au Canada, aux États-Unis, en Europe, en Afrique du Sud et en Australie durant ses quelque 40 ans de carrière. Un honneur lui faisant chaud au cœur.  

 

À ses belles années sur les links, il ne laissait rien au hasard. Tout était calculé avec minutie.
Photo d'archives
À ses belles années sur les links, il ne laissait rien au hasard. Tout était calculé avec minutie.

 Il a aussi encaissé de durs échecs alors qu’il tentait des qualifications au circuit de la PGA, notamment chez les séniors sur le circuit des Champions au milieu des années 2000. Malgré les nombreuses gifles, il a toujours retroussé ses manches pour le bien de sa famille.  

 

Photo d'archives

 Luttant contre des cancers de la peau depuis plusieurs années, il n’a pas délaissé sa véritable passion. Même s’il a tiré un trait sur la compétition, l’homme de 66 ans n’a pas accroché ses bâtons. Il enseigne à temps plein les rudiments du sport à des milliers d’élèves, tant sur la Rive-Sud de Montréal qu’à l’ombre du mât du Stade olympique et des rayons du soleil.  

 

Daniel Talbot a tourné les projecteurs vers lui lors de la Coupe des champions 2013 au club de golf De la Faune à Québec.
Photo d'archives, Jean-Francois Desgagnés
Daniel Talbot a tourné les projecteurs vers lui lors de la Coupe des champions 2013 au club de golf De la Faune à Québec.

 Le Journal de Montréal l’a rencontré en mai au champ de pratique de Sports Montréal pour revenir sur sa brillante carrière, lui qui est devenu professionnel à l’âge de 19 ans. Il a signé plus d’une centaine de victoires et fait frémir bon nombre de rivaux.  

 

 

 Daniel, dresses-tu un bilan positif de ta carrière ?  

 

 Ç’aurait pu être mieux ! Je n’avais pas suivi le même parcours collégial que les gars aux États-Unis. Qu’on le veuille ou non, quand j’arrivais dans les tournois, c’était plus impressionnant. Mais toutes mes décisions étaient réalisées en fonction des possibilités d’encaisser des sous. Il fallait couvrir les frais d’inscription, de déplacement, le cadet, etc. J’ai obtenu du succès sur le circuit Space Coast dans la région d’Orlando. C’était l’un des seuls qui valaient la peine.  

 

 Durant de nombreuses années, tu as roulé ta bosse aux États-Unis, que retiens-tu des ces expériences ?  

 

 Je me déplaçais de tournoi en tournoi avec ma petite famille. Ma fille Natasha était avec nous. On roulait la nuit, la petite ne s’en rendait pas compte, car elle dormait bien. Je voulais rester aux États-Unis tant et aussi longtemps qu’on ne manquait pas d’argent. Il fallait gagner, sinon je n’encaissais pas de gros revenus. Une deuxième ou troisième position, personne ne le sait à part ta femme et ta mère, surtout pas ton banquier ! Ce n’était pas évident. Je l’ai fait durant cinq ans jusqu’à ce que ma fille rentre à l’école. J’ai tout de même réussi à me débrouiller. Je n’ai jamais accepté que mes commanditaires paient toutes mes dépenses. Il fallait que je m’arrange, c’est ce qui me motivait. J’avais signé des ententes avec des bonis de performances, c’est ce qui me plaisait puisque je devais travailler plus fort.  

 

 À ton retour des États-Unis à la fin des années 80, tu as décidé de te lancer dans la construction d’un parcours de golf qui n’a finalement jamais vu le jour, que retiens-tu de cet épisode ?  

 

 Je voulais sécuriser mon avenir et celui de ma famille, car je ne pouvais pas faire des compétitions toute ma vie. J’avais acheté de quatre vendeurs différents des terrains d’une superficie totale de plus de 8 millions de pieds carrés à Mont-Saint-Hilaire pour la somme de 400 000 $. C’était un très beau projet. J’étais avec un partenaire d’affaires en courtage. On avait vendu près de la moitié des actions en quelques semaines, mais je devais acheter la balance, sinon le partenaire quittait le projet. J’ai tout perdu. Tout y est passé, sauf la maison. C’était juste du matériel, mais j’ai surtout perdu trois années de ma vie où je n’étais pas en tournoi. Quand tu prends une décision qui semble éclairée pour le bien de ta famille et que le résultat final produit le contraire, ça fait très mal.  

 

 Est-ce que cet épisode t’a forcé à retourner sur les parcours et ajouter de la pression ?  

 

 Il fallait que je revienne en force. Cette situation m’a mis sur la sellette. Je n’avais pas le choix de gagner des tournois pour gagner ma vie. Je me souviens qu’à un retour des États-Unis, j’avais un chèque de 10 000 $ gagné en tournoi. Je suis allé le déposer à la banque. Mon banquier m’a félicité en ajoutant rapidement « tu me dois juste 20 000 $ maintenant ! » J’ai ri et j’ai répondu que j’allais participer à d’autres compétitions.  

 

En novembre 2004, tu as encaissé le plus important échec de ta carrière en ratant la qualification du circuit des Champions en prolongation, as-tu fait la paix dans ton for intérieur, car c’était en quelque sorte ton fonds de pension qui partait en fumée ?

 

 J’ai pris du temps pour moi. Cet épisode a changé ma vie et ma carrière. Si j’avais gagné cette prolongation face à Mike San Filippo, j’assurais de bons revenus durant une année. J’aurais pu planifier et me préparer. C’est le moment le plus difficile de ma carrière. J’avais joué six rondes de qualification et ça s’est décidé par un coup contre un seul golfeur. Nous n’étions pas 14. C’était spécial, car tout roulait bien durant cette semaine-là. Je me souviens que mon petit-fils s’amusait sur le vert de pratique. Il était haut comme trois pommes. L’ambiance était excellente. Je ne peux pas me reprocher grand-chose dans ce tournoi. C’était une dure claque. Personne n’a dit que la vie est facile. En traversant des épreuves semblables, on se rend compte que ce n’est pas juste un dicton. Avec les années, on oublie certaines choses, comme le résultat de la qualification, ce qui est une bonne affaire !  

 

 Était-ce la pire épreuve de ta vie ?  

 

 Quelques années plus tard, j’ai reçu un message de l’un de mes principaux commanditaires dans ma carrière que j’avais perdu de vue. C’était Guy Bertrand. Il me demandait d’aller le visiter à l’hôpital. Millionnaire, il avait perdu toute sa fortune. Il était très malade dans les derniers moments de sa vie. On s’est remémoré de vieilles histoires de golf. À la fin de notre conversation, il m’a demandé de signer son formulaire d’aide médicale à mourir. Je l’ai signé. Sa femme ne connaissant même pas son souhait. Quelques jours plus tard, il décédait. Ça m’a vraiment frappé. C’était un gars fier, prospère et il avait tout perdu, même la santé. Il n’avait plus aucun plaisir à vivre. Ça remet les choses en perspective. Quand on voit ça, on s’en fout du golf et de nos petits problèmes. Mon cancer de la peau, ce n’est rien comparé aux maladies des autres. Je suis quasiment chanceux de n’avoir que ça. C’est comme gagner le jackpot.  

 

 Durant ta carrière, tu as combattu plusieurs maux connus des golfeurs, dont les virulents yips, comment t’en es-tu sorti ?  

 

 J’ai contracté les yips avec tous mes bâtons, du bois de départ au fer droit. Je suis persuadé qu’un jour, les chercheurs trouveront une maladie neurologique à ce sujet. Les yips ont duré des années. Sur des roulés de deux pieds, mon rythme cardiaque devait grimper à 225 battements par minute. C’était épouvantable. Une si courte distance, c’était la fin du monde. J’ai guéri en pensant à autre chose, un peu comme si je faisais de la méditation. C’est très sournois. Dans un tournoi au club de golf Le Diamant à l’époque, je jouais avec Jean-Louis Lamarre. Sur une normale 5, les yips sont revenus avec mon bois 1. Ma balle n’avait pas franchi 50 verges qu’elle était déjà plus de 50 verges à la droite des piquets hors limite. Pince sans rire, Jean-Louis m’avait demandé si je visais là. Il fallait en rire.  

 

 

 Daniel Talbot 

En juin 2011 sur les allées du club de Cowansville, il remportait les grands honneurs du Challenge Desjardins Sécurité Financière.
Photo courtoisie, Association des golfeurs professionnels du Québec
En juin 2011 sur les allées du club de Cowansville, il remportait les grands honneurs du Challenge Desjardins Sécurité Financière.

  

  •  66 ans   

  

  •  Saint-Basile-le-Grand   

  

  •  Famille : sa conjointe Monique Demers, sa fille Natasha et son petit-fils de 17 ans Nathan   

  

  •  Nombre de victoires en carrière : Plus de 100   

  

  •  7 titres au Championnat des golfeurs professionnels du Québec   

  

  •  Champion du Duc de Kent en 1972 et de l’Omnium printanier de Golf Québec en 1985