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Le président, les migrants et sa réélection

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Photo AFP Le 16 mai, José, ici avec son fils José Daniel, est fouillé par l’agent des douanes américaines Frank Pino à El Paso, au Texas, après avoir passé un mois à traverser le Mexique depuis le Guatemala.

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Une autre semaine folle à Washington entre, à un extrême, de plus en plus de démocrates qui veulent déboulonner le président avec une procédure de destitution, et à l’autre bout, ce même président qui annonce une mesure qui risque de faire dérailler l’économie de son principal partenaire économique.

Faisons comme si la décision de Donald Trump d’imposer des tarifs sur les exportations mexicaines aux États-Unis était l’aboutissement d’une politique cohérente et non pas le coup de tête d’un homme qui cherche à détourner l’attention d’une enquête sur ses agissements à la suite de l’élection présidentielle de 2016. Une enquête dont le responsable, Robert Mueller, est venu préciser cette semaine que si Trump n’avait pas commis de crime, il l’aurait dit. Méchante luck qu’il soit président des États-Unis !

Il faut voir l’ampleur de la désapprobation – dans les milieux d’affaires, chez les élus et même apparemment dans son entourage – pour saisir le caractère écervelé et extravagant de la décision du président américain d’imposer des droits de douane à tout ce que le Mexique exporte vers les États-Unis à compter du 10 juin. Les Mexicains n’ont, pour y échapper, qu’à stopper le flot continu de migrants d’Amérique centrale qui traverse leur pays pour atteindre la frontière nord.

PLUS FACILE À DIRE QU’À FAIRE

On semble certainement à court de solutions. Ce n’est pas l’imagination chauvine de Donald Trump, même nourrie par le délire xénophobe de Fox News, qui crée l’assaut de la frontière américaine qu’on observe depuis plus d’un an et demi. Pour un deuxième mois consécutif, 100 000 sans-papiers ont été arrêtés en avril par les agents américains à la frontière mexicaine. On est encore loin des sommets d’un million d’arrestations du début des années 2000, mais les chiffres actuels vont au-delà de tout ce qu’on a connu depuis 2007.

Ce ne sont plus les Mexicains qui font ce voyage, mais les Salvadoriens, les Honduriens et surtout les Guatémaltèques. Ils fuient la violence des gangs, la pauvreté et le vide d’opportunités pour s’arracher à la misère. Mais alors qu’au pire de la migration venant du sud, on croisait des hommes mexicains qui se rendaient travailler aux États-Unis pour renvoyer de l’argent à leur famille restée derrière, cette fois, ce sont les familles complètes qui se déplacent.

Le mot semble être passé, il est plus facile d’entrer aux États-Unis en famille, puisque la loi interdit la détention des enfants au-delà de 72 heures. Trois « centres familiaux résidentiels » ont été mis sur pied à la frontière pour garder parents et enfants, mais ils ont vite été débordés : ils offrent 3326 places, alors que plus de 189 000 membres de famille ont été interpellés, seulement au cours des six derniers mois.

DES RÉSULTATS, ET VITE !

Donald Trump, vendredi, dans un autre de ses multiples tweets, annonçait un « rassemblement historique » le 18 juin à Orlando, en Floride pour lancer sa campagne de réélection. Il peut compter, pour l’instant, sur une économie qui continue de rouler à plein régime et sur une flopée de candidats démocrates inspirant peu d’enthousiasme. Il va toutefois lui falloir une victoire sur le terrain de l’immigration.

Pour un homme qui, en 2016, a non seulement fait campagne sur le dos des clandes

tins, mais qui a aussi certainement été élu par un électorat qui s’attendait à des gestes concrets – la construction d’un mur, par exemple – avec une conséquence directe – moins d’immigrants illégaux –, Donald Trump est à court de résultats clairs.

Il lui reste dix-sept mois d’ici la prochaine échéance électorale pour prouver qu’il n’était pas – pour ce qui est de la lutte aux illégaux – qu’une grande-gueule. Les sceptiques sont déjà nombreux.

TRIANGLE DU NORD

C’est le nom donné à l’ensemble formé par le Guatemala, le Honduras et El Salvador, trois pays qui partagent des caractéristiques historiques, culturelles et économiques.

♦ Guatemala

  • 16,5 millions d’habitants
  • Revenu annuel par habitant = 4471 $
  • Population vivant dans la pauvreté = 59,3 %
  • Taux d’homicide = 22 pour 100 000 habitants (2018)

*Canada = 1,6 pour 100 000 hab.

♦ Honduras

  • 9,1 millions d’habitants
  • Revenu annuel par habitant = 2480 $
  • Population vivant dans la pauvreté = 62,8 %
  • Taux d’homicide = 59 pour 100 000 hab. (2016)

♦ El Salvador

  • 6,2 millions d’habitants
  • Revenu annuel par habitant = 3889 $
  • Population vivant dans la pauvreté = 31,8 %
  • Taux d’homicide = 51 pour 100 000 hab. (2018)

► Chute du nombre de Mexicains arrêtés par rapport aux non-Mexicains, 2000-2018

♦  Arrestation de Mexicains

  • 2000 : 1 615 081
  • 2019 : 152 257

♦ Arrestation de citoyens d’autres pays

  • 2000 : 28 598
  • 2019 : 244 322

Source : US Customs & Border Protection