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Des employés noirs d’un CHSLD retirés d’un étage

La direction veut assurer leur sécurité et celle d’un résident agressif

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Un CHSLD de Lanoraie aux prises avec un résident que la démence rend agressif et raciste a pris la décision de ne plus faire travailler d’employés noirs sur l’étage où il vit.

« Il y a un enjeu de sécurité pour la personne, pour les employés, pour les autres résidents », dit Éric Salois, directeur du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière. 

Or, cette décision de la direction du CHSLD ne plaît pas au personnel. 

« Ça n’a aucun sens. C’est comme un barème de couleurs », dénonce un employé, dont l’identité est protégée pour éviter des représailles. 

« Si la personne a le teint basané ? Jusqu’où t’as le droit d’être brun foncé pour pouvoir y aller ? » 

Depuis octobre dernier, le Centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) Alphonse-Rondeau évite que des employés de race noire travaillent au premier étage à l’unité prothétique (gens atteints d’Alzheimer). 

La raison ? Un résident (dont l’identité est protégée) qui a une démence avec délires et hallucinations « présente une grande réactivité aux employés de race noire », écrit la direction. 

Puisqu’il peut être craintif et agressif en leur présence, la gérontopsychiatre au dossier recommande « d’éviter si possible le personnel de race noire », écrit-on. 

Cette décision fait suite à une altercation violente entre le résident et un gardien de sécurité noir. 

Un événement

« Il craignait que l’agent aille poignarder tout le monde, dit M. Salois. [...] Il a ces craintes-là, par rapport aux gens de race noire. » 

Depuis que l’homme vit au CHSLD en 2016, il s’agit du seul événement violent répertorié. 

« La logique, c’est de diminuer au maximum les stimuli », dit M. Salois, ajoutant qu’il s’agit d’un cas exceptionnel. 

Puisque le résident se promène dans les corridors de l’unité, la simple présence d’une personne noire peut être dangereuse. Évidemment, cette décision peut avoir des impacts sur les employés. 

« On est obligés de déplacer tout le monde pour accommoder un monsieur », note un employé. Il y en a d’autres qui sont dangereux pour d’autres raisons. » 

Droits respectés

À noter que des employés noirs travaillent sur cet étage lorsqu’il n’y a aucune autre solution. Par ailleurs, on assure que la décision est fondée sur le diagnostic de démence du résident, et qu’une demande d’accommodement jugée raciste ne serait pas accordée. 

Un transfert dans un autre CHSLD n’est pas envisagé pour ne pas brimer les droits de l’homme. Du côté des syndicats, ce cas unique soulève des questions. 

« Je reconnais le besoin de protéger les patients, mais il ne faut pas que ça devienne discriminatoire », dit Stéphane Cormier, président local de la FIQ-Lanaudière. 

Une réaction excessive, selon un spécialiste 

La décision d’un CHSLD d’éviter que des employés noirs soient en contact avec un résident n’est pas appropriée, selon un médecin spécialiste. 

« Je trouve ça excessif, c’est certain que ce n’est pas raisonnable du tout », réagit Ziad Nasreddine, un neurologue spécialisé dans la maladie d’Alzheimer. 

  

Éliminer les femmes ?

« La situation s’applique tous les jours pour des femmes qui gèrent des hommes agressifs et désinhibés. On n’élimine pas toutes les femmes de l’étage », compare le spécialiste. 

Selon ce dernier, la maladie d’Alzheimer ne cause pas du racisme ou une méfiance des autres, mais elle peut exacerber des comportements qui existaient déjà. Or, retirer le personnel de couleur noire n’est pas la solution, dit le Dr Nasreddine. 

« Si on voit des signes de méfiance excessive, on devrait traiter la personne plutôt qu’éliminer le personnel. » 

Dans cette optique, un ajustement de la médication pourrait aider. 

« Quand on ne peut pas changer la source d’agressivité, on devrait plutôt traiter avec une médication, ou trouver une autre solution », explique-t-il. 

Une plainte ?

À ce sujet, la direction du CHSLD Alphonse-Rondeau a répondu vouloir éviter le plus possible la médication. 

Par ailleurs, la direction n’a pas demandé d’avis juridique dans ce dossier, mais assure que les droits des travailleurs ne sont pas brimés. 

Du côté de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, on répond que l’employeur ne peut pas discriminer les travailleurs sur la base de la couleur de la peau. 

« Un employé pourrait faire une plainte s’il considérait qu’il a été discriminé », souligne Meissoon Azzaria, porte-parole de la Commission. 

Or, l’aspect de la sécurité pourrait entrer en jeu dans ce cas-ci. 

Selon Mme Azzaria, le résident ne peut pas invoquer un accommodement raisonnable, puisqu’il a accès aux services nécessaires.

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