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Écoles refusées à des autistes

Même si la loi stipule qu’un enfant doit obligatoirement fréquenter l’école, ils demeurent à la maison

Johanne Leduc et Simon Julien
Photo PIerre-Paul Poulin

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Des parents déplorent devoir quitter leur emploi pour s’occuper de leurs enfants autistes alors que des établissements scolaires refusent de les accueillir.  

« La journée que l’école le met dehors, ça change tout au niveau de la famille. Tu souffres d’épuisement. Il y a un manque d’argent, c’est une charge effrayante. Ce n’est pas facile. C’est un échec de se dire que l’école n’aimait pas mon fils », lance, épuisée, la mère de famille de deux enfants autistes Johanne Leduc.   

En mai 2018, son fils Simon Julien âgé de 15 ans ne cessait de se frapper à grands coups de poing au visage. Mme Leduc a subi les contrecoups du manque de connaissance et de ressources de son école.   

Essoufflés, les membres du personnel ont annoncé aux parents de l’adolescent qu’il devait quitter l’établissent. Sur-le-champ. Et ce, même si la scolarité est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans ou de 21 ans (si l’enfant est handicapé).   

Depuis, la maman demeure à la maison pour prendre soin de son garçon à temps plein. Un cas loin d’être unique a pu constater Le Journal.   

 Redonner la vie  

Tous ses projets sont en attente. Sauf un. Redonner une vie à son Simon. Que ce soit pour aller chez le dentiste, avoir un rendez-vous avec un intervenant ou encore tenter de lui trouver une école, elle se bat. C’est son quotidien.    

« [Le personnel de l’école] m’a dit : vous savez, on a fait notre possible. Eh bien, mon fils aussi a fait son possible. Et qui ne va plus à l’école ? C’est lui. Qui a payé ? C’est lui », raconte la Montréalaise qui a souhaité taire le nom de l’école sous peine de représailles.   

Hausse  

Au cours des cinq dernières années seulement, le nombre d’élèves autistes scolarisés dans le secteur public a doublé au Québec. Dans les établissements scolaires du Québec, un enfant sur 70 est autiste.   

Malgré cette hausse fulgurante, les intervenants en milieu scolaire ne sont pas équipés adéquatement croient des experts.   

« Il faut que le personnel dans les écoles soit formé. Les écoles en ont beaucoup trop sur les épaules. Les intervenants font leur possible avec le peu de ressources qu’ils ont », soutiennent les deux fondatrices de SACCADE, un centre d’expertise en autisme et autiste, Brigitte Harrisson et Lise St-Charles.   

Pourtant obligatoire  

Selon les deux spécialistes, les enfants autistes non verbaux comme Simon ont leur place dans des classes spécialisées, tant que le personnel a les connaissances adéquates. Sinon, ces cas deviennent très lourds pour le personnel impliqué.   

« Tout ce que je demande aux intervenants, c’est de ne pas condamner les autistes non verbaux à l’avance. Pour l’amour du ciel. Parce qu’on ne sait jamais ce qui nous attend derrière ces cas-là. On ne sait pas le potentiel qui est là », implore Mme Harrisson.   

Au bureau du ministre de l’Éducation, on soutient que « les élèves autistes, comme tous les autres élèves, sont tenus à la fréquentation scolaire obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans et peuvent être scolarisés au secteur des jeunes jusqu’à l’âge de 21 ans. »    

L’autisme en chiffres  

 ♦ 31 % des personnes autistes auraient une déficience intellectuelle;    

  •  le quart de ces personnes aurait une intelligence limite    

 ♦ 44 % des autistes auraient une intelligence moyenne ou supérieure à la moyenne.   

 *Source Fédération québécoise de l’autisme  

Les 3 principaux profils  

Autiste de bas niveau (NON VERBAL)   

  •  Retard, voire absence du langage, développement plus lent (parfois avec déficit intellectuel)     

Autiste de haut niveau   

  •  Peut présenter un retard dans l’apparition du langage, et ensuite il peut y avoir une poussée phénoménale de développement entre 4 et 7 ans (sans déficit intellectuel marqué)     

 Asperger   

  •  Altération de la communication et des interactions sociales avec des comportements répétitifs pour contenir l’anxiété.     

 *Source SACCADE  

L’article 14 de la Loi sur l’instruction publique stipule que:   

  •  Un enfant doit fréquenter l’école lorsqu’il a atteint l’âge de 6 ans jusqu’à l’âge de 16 ans ou 21 ans si l’enfant est handicapé.  
  •  Un parent peut offrir l’enseignement à la maison à son enfant, peu importe son âge.    

 *Source Gouvernement du Québec  

Enseignante de jour, infirmière de soir  

Julie Lemaire.
Mère et infirmière
Photo Magalie Lapointe
Julie Lemaire. Mère et infirmière

  

Une infirmière et mère de famille de deux adolescents a dû renoncer à travailler de jour, alors que son enfant autiste non verbal s’est fait expulser de son école.   

Julie Lemaire est infirmière-chef.   

Or, sa vie a basculé lorsqu’elle a appris que ses garçons étaient autistes. L’un des deux est non verbal.   

De 2012 à 2017, son fils Olivier Vincent, 18 ans, n’a jamais reçu plus de neuf heures de scolarité par semaine. Année après année, Olivier grandissait et devenait de plus en plus fort, et lorsque personne ne le comprenait, il frappait. Peu importe qui était devant lui.    

En 2017, l’école a baissé les bras. Elle a annoncé aux parents d’Olivier qu’il ne pouvait plus fréquenter l’établissement scolaire.   

« Je comprends. Mais si ton enfant est un cas trop lourd pour cette école, tu vas où ? Tu n’as pas d’autre option », a expliqué Julie Lemaire.   

Couple  

Pour assurer la garde de son fils, l’infirmière-chef travaille maintenant de soir. Le jour, elle prend soin de son fils maintenant âgé de 18 ans.   

« On est chanceux d’être encore en couple. Au moins il y a toujours un parent à la maison, pendant que l’autre est au travail. À 16 h, on se tape dans la main pour changer de shift », a dit en rigolant la mère de famille, Julie Lemaire.   

Des traitements inhumains  

Brigitte Harrisson.
Experte et autiste
Photo Magalie Lapointe
Brigitte Harrisson. Experte et autiste

Quatre mères d’autistes dénoncent l’état dans lequel leur enfant est revenu après un séjour dans un hôpital spécialisé en santé mentale.    

« Ce que je souhaite, c’est un milieu de vie plus décent pour mon enfant. Oui, il est agressif, mais quant à moi, l’agressivité c’est tout ce qui lui reste. Ils lui ont pris tout le reste », a dit en larmes une maman d’un enfant autiste hospitalisé à l’hôpital Rivière-des-Prairies.   

Elles ont requis l’anonymat par peur de représailles.   

Certaines précisent qu’au moment de l’hospitalisation, les enfants ne peuvent aller à l’extérieur, reçoivent plusieurs nouveaux médicaments et sont souvent privés de jouets qui proviennent de la maison pour éviter des blessures ou des crises.    

Des parents et enfants ont vécu (et vivent toujours) des séjours traumatisants au point d’en faire des cauchemars alors qu’on leur garantissait que les soins étaient adaptés pour les enfants autistes.   

« Un autre hôpital ne peut pas les prendre non plus, car il ne saura pas quoi faire avec eux. Selon moi, c’est le résultat d’un réseau qui a été négligé pendant des années », a soulevé la cofondatrice de SACCADE, un centre d’expertise en autisme, et autiste, Brigitte Harrisson.   

Une autre maman se souvient du séjour que son garçon a vécu au même endroit. Il était alors âgé de 12 ans. À son retour, il n’allait plus aux toilettes, avait perdu son autonomie et était très violent.   

« Son retour a été catastrophique. Il se fâchait, frappait dans les murs. Il consommait six sortes de médicaments. Nous en avions peur », s'est-elle remémoré.    

 Le Journal s’est rendu à l’hôpital pour constater les dires des mères, mais il a été impossible d’avoir réponse à nos questions.