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Les 30 ans de Tian’anmen

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 La face du monde a changé le 4 juin 1989. Le massacre de la place Tian’anmen est un événement aussi important que la chute de l’Union soviétique en 1991. Il en constitue en quelque sorte l’image inversée. J’y étais. 

 Dans les années 80, les Chinois émergent d’un système totalitaire similaire à celui de la Corée du Nord. 

 Auparavant, la musique occidentale était interdite, sous prétexte qu’elle était bourgeoise. Les Chinois n’avaient pas le droit de converser librement avec des étrangers. Les gens s’espionnaient les uns les autres. 

 Mais en 1989, les Chinois sont devenus avides de connaître le monde. Tout ce qui est occidental est adulé. 

 Et puis, il y a un ras-le-bol général contre le Parti communiste chinois, contre la corruption, contre la bureaucratie. Les étudiants chinois vivent dans des conditions extrêmement difficiles, s’entassant à 14 par chambre. 

 À cette époque, la démocratie souriait à beaucoup de Chinois. Le soulèvement de Tian’anmen en 1989 aurait pu être une occasion de se débarrasser du Parti communiste chinois. 

 Une atmosphère électrique 

 En avril 1989, les étudiants vont profiter de la mort d’un dirigeant réformiste pour descendre dans la rue et pour revendiquer de meilleures conditions de vie. Ils occuperont le centre de Pékin, la place Tian’anmen. Rapidement, leurs revendications vont s’élargir. Ils exigeront la liberté de presse, la fin de la corruption et l’instauration d’une véritable démocratie. La population les appuie. Bientôt les étudiants de presque toutes les grandes villes du pays les imitent. 

 À Pékin, l’atmosphère est électrique. On se croirait à la veille d’élections, quand un mauvais gouvernement va être renversé. Des étudiants font la grève de la faim. Des ambulances transportent les grévistes les plus fragiles dans des hôpitaux aux quatre coins de la ville. Le gouvernement est paralysé. Les fonctionnaires manifestent dans les rues. 

 Le Parti communiste craint de tomber. Il a raison. Quand il se décide à envoyer l’armée, celle-ci refuse d’obéir. Des vieillards se couchent sur les voies ferrées, pour stopper les trains militaires. La population jubile. Elle croit à la victoire. 

 La dernière carte 

 Le Parti communiste va jouer sa dernière carte. Il appelle à Pékin les troupes d’intervention spéciales. Des soldats qui tueraient leur propre mère sans sourciller. 

 Alors la population forme des barricades avec des autobus, à tous les carrefours importants de la ville. 

 Ces forces spéciales vont attaquer dans la nuit du 3 au 4 juin. Il leur faudra trois jours de combats pour nettoyer la ville. Des journalistes occidentaux ont compté plus de 850 morts dans les morgues des hôpitaux. Comme les médecins ont reçu ordre de ne pas soigner les blessés, les morts sont probablement beaucoup plus nombreux. 

 Le Parti communiste chinois est ébranlé. À partir ce moment, toute réforme politique démocratique devient impossible. Le Parti renforce sa propagande. Il efface le 4 juin de la mémoire des gens. Il tolère moins que jamais les critiques contre lui. La crainte d’un nouveau Tian’anmen motive toujours une bonne partie des politiques du gouvernement actuel. 

 Aujourd’hui, la population chinoise est persuadée que la démocratie est mauvaise. Le régime chinois se transforme en une nouvelle Corée du Nord, en plus moderne. Tian’anmen est peut-être arrivé trop tôt.

ÉCOUTEZ l’entrevue de Loïc Tassé, politologue, sur QUB radio: