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Troubles mentaux, armes à feu: des problèmes américains concomitants

Troubles mentaux, armes à feu: des problèmes américains concomitants
AFP

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Encore un carnage aux États-Unis conséquence de la stupide libre circulation des armes à feu. La police n’a pas encore établi le mobile du meurtre de 12 personnes à Virgina Beauch. Mais les premières indications semblent suggérer que la tragédie est liée à un autre problème qui accable le pays: la santé mentale. 

J’ai abordé dans un billet récent la question de l’amour insensé que les Américains vouent à leurs armes à feu. Les États-Unis sont aussi le pays où les déments peuvent le plus facilement se procurer des armes alors que selon un ancien directeur de l’Institut national de la santé mentale, Thomas Insel, les troubles mentaux y sont progression constante depuis 20 ans.

De tous les problèmes psychologiques, les troubles de l’humeur, y compris la dépression majeure et le trouble bipolaire, sont les plus répandus. Sur une période de 12 mois, 27 % des adultes aux États-Unis connaissent une forme ou une autre de troubles psychiques, ce qui fait des États-Unis le pays où leur prévalence est la plus élevée. C’est plus de 43 millions d’Américains, et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Près de la moitié d’entre eux présentent également un trouble de toxicomanie (voir la crise actuelle des opioïdes). Fait inquiétant, plus de la moitié de ces personnes troublées n’ont pas été traitées – certaines n’ont même pas accès aux services dont elles ont besoin en vertu d’une assurance privée. La santé mentale, comme la santé en général, coûte très cher. 

Selon une enquête du quotidien USA Today, le système de santé du pays est en lambeaux et est incapable de traiter adéquatement les 10 millions américains atteints d’un problème de santé mentale grave. Près de 40 % des adultes atteints d’une maladie mentale «sévère» – comme la schizophrénie ou le trouble bipolaire – ne reçoivent aucun traitement révèle une enquête de 2012 du National Survey on Drug Use and Health. Les États, particulièrement ceux gouvernés par les républicains, qui cherchent à économiser de l’argent, éliminent les services de santé mentale communautaires nécessaires pour aider les personnes troublées après une crise. Une partie significative de ces malades mentaux n’ont nulle part où aller et atterrissent souvent dans les salles d’urgence, les refuges pour sans-abri, et les prisons quand ce n’est pas à la morgue.

Pour les Américains souffrant d’une maladie mentale grave, on estime que jusqu’à un sur deux sera impliqué dans une confrontation avec la police à un moment donné de sa vie. Selon une étude du Washington Post, le quart des mille personnes abattues par la police en 2016 avaient des troubles mentaux qui ont aussi été un facteur dans le quart des tirs mortels des policiers, en 2017. The Center for Prisoner Health and Human Rights constate que près de la moitié des individus exécutés aux États-Unis entre 2000 et 2015 ont reçu un diagnostic de maladie mentale ou de toxicomanie au cours de leur vie adulte. 

Les Américains atteints de maladies mentales importantes meurent jeunes, jusqu’à 23 ans plus tôt que les autres Américains, ce qui leur donne une espérance de vie équivalente à celle du Bangladesh. Un rapport publié en 2012 par le Treatment Advocacy Centre, un organisme de défense des personnes atteintes de maladie mentale, révèle que le nombre de lits psychiatriques a diminué de 14 % entre 2005 et 2010. Cette année-là, il n’y avait que 14 lits disponibles pour 100 000 personnes. Une grande partie de la responsabilité des soins pour les personnes atteintes d’une maladie mentale grave aux États-Unis est transférée aux établissements correctionnels.