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De la découverte à la paix de l'identité

Une identité forte en est d’abord une qui se lève le matin en se souvenant d’hier et en ne craignant pas demain.

De la découverte à la paix de l'identité

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Chers amis, j’aimerais profiter de la présente accalmie médiatique pour vous parler doucement d’identité.   

Je remarque cette tendance, chez nous comme ailleurs, de ne nous intéresser aux choses qu’en temps de crise, un peu comme on ne parle réellement d’indépendance qu’en période électorale, pour ensuite reprocher au peuple de ne pas emboîter le pas à son propre destin.          

Nous faisons l’erreur de penser qu’une identité forte, fière et assumée en est une vindicative, conquérante et sans scrupules. Or, pour moi, une identité forte en est d’abord une qui se lève le matin en se souvenant d’hier et en ne craignant pas demain. Une identité forte se suffit à elle-même et ne cherche à écraser personne.           

Une identité forte se donne instinctivement les moyens de répondre aux souhaits, aux espérances et aux ambitions du peuple qui la porte en son sein. Une identité forte ne moque pas les peurs. Elle rassure et apaise. Elle console et donne courage.          

J’ai été le témoin d’une ironie qui m’a fait sourire récemment. Je discutais avec quelqu’un qui me disait, sans même rougir un peu, que l’identité, propre ou nationale, était un concept obsolète qu’il nous fallait impérativement transcender, puisque ce dernier n’avait su engendrer que guerres et désolation. Or, dans le même souffle, il me confiait également qu’il voyait un nouveau psy et qu’il en était bien content.          

Prenons ça dans l’autre sens : si l’identité ne vaut rien, si elle n’est source que de malheur, pourquoi court-on les psychologues en tout genre, sinon parce que notre identité nous est vitale? Sinon parce qu'autrement, on se sent tout nu dans la tempête? Parce que sans elle on se cherche, on s'ignore et on erre en nous même, où il n’y a que l’écho distordu de nos pensées pour répondre à nos questions fondamentales? Pourquoi chercher à comprendre, à anticiper ou à changer nos réactions instinctives devant la vie et les évènements, si l'identité est à ce point une tare dont il faut se défaire?         

Je me dis qu'il en va nécessairement de même pour l’identité d’une nation. Remarquez bien, un peuple à l’identité incertaine ou confuse se comporte exactement comme tout individu qui ne comprend rien à sa propre personne : il déconne. Il enchaîne les erreurs et après il se demande, en maudissant le ciel, pourquoi la vie s’acharne contre lui, avant d’aller se terrer dans son cynisme mortifère.          

Tous autant que nous sommes évoluons dans ce même monde où on nous rabâche ad nauseam que les Québécois n’ont pas d’identité. Je l’avoue, saoulée par la suffisance propre aux débuts de l’âge adulte, je l’ai cru, moi aussi. Je suis également consciente que l’identité se construit au fil de notre expérience, à la fois personnelle et collective, et qu’il n’est pas exactement aisé de la définir, sans donner dans l’emporte-pièce, dans l’angélisme ou, a contrario, dans le misérabilisme.          

Pourtant, si je m’arrête aujourd’hui pour me demander ce qu’est un Québécois, je ne reste pas sans réponse. Si mes instincts me disent qu’il y a autant de Québécois que de façons de l’être, je comprends surtout que l’agent fondateur, c’est d’abord un caractère vif, parfois rustre peut-être, mais bon pain avant tout. C’est une langue sur laquelle on ne risque aucune écharde, même si elle peine à toujours tourner sept fois sur elle-même avant de se commettre. C’est un corps capable et du nerf à revendre. C’est un cœur sur la main, mais porté sur la rancune si on se joue de lui. C’est un sens de la fête, de la débrouillardise et du plaisir spontané et instinctif. C’est une intelligence sociale fondée sur l’esprit de concorde et d’entraide. C’est une âme résolument libre à qui on a eu la bêtise d’enseigner, à tort, qu’elle ne l’était pas.           

Mais n’as-tu pas dit toi-même que la Déséducation tranquille avait fait de très graves dommages aux générations québécoises? Que je vous entends déjà me répondre. Oui, je l’ai dit, et c’est un fait, mais n’ayons pas la naïveté de tout confondre avec une fatalité qui nous réduirait à l’impuissance la plus crasse.          

Bien sûr, il y a encore loin de la coupe aux lèvres, avant qu’aucun Québécois ne doute plus de la valeur de son héritage, de la portée de son nom et de toute la richesse qui lui coule dans les veines, mais personnellement, loin de me décourager, je m’excite devant tout ce qui nous attend. Devant tout ce que nous avons encore à découvrir et devant tous ces gens qui s’activent à la reconquête de notre mémoire historique, qui y mettent toutes leurs énergies, leur passion et leur cœur, surtout.           

Car c’est cette mémoire qui a l’art de nous faire comprendre que l’identité, c’est plus que quelque chose qui s’enseigne et se cultive à l’école, et qu’en ce sens, les dernières décennies de saccage scolaire ne nous seront pas mortelles. L’aventure n’est pas terminée, loin s’en faut, car c’est quelque chose qui se reçoit, qu’on hérite à la naissance ou qu’on adopte par amour et qui, lorsque entériné jusqu’au plus profond de nos certitudes, conduit à la paix de l’identité.          

Mais vous savez, et je terminerai là-dessus, cette paix n’est pas une utopie naïve, car elle ne sous-entend aucunement la fin des tempêtes, mais bien la consolidation légitime et définitive de nos valeurs et de nos assises identitaires. C’est tout simplement la maison de briques qu’on substitue à la chétive maison de paille.