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Mike Griffin raconte Joshua-Ruiz

Andy Ruiz a envoyé Anthony Joshua au plancher à deux reprises au septième round. Quelques instants plus tard, l’arbitre québécois Mike Griffin mettait fin au combat.
Photo AFP Andy Ruiz a envoyé Anthony Joshua au plancher à deux reprises au septième round. Quelques instants plus tard, l’arbitre québécois Mike Griffin mettait fin au combat.

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L’homme n’avait pas encore atteint la 33e Rue qu’il savait que la soirée serait pour le moins spéciale.

Comme lors de tous les grands combats disputés au Madison Square Garden, une faune fourmillante brassait de bonnes affaires. Le prix des tickets pour le combat entre Anthony Joshua et Andy Ruiz atteignait des sommets vertigineux.

« Le MSG, c’est toujours électrique les soirs de grands combats, mais samedi dernier, c’était encore plus explosif », raconte le Québécois Mike Griffin, le troisième homme dans le ring pour ce méga combat de plusieurs centaines de millions de dollars.

« Quand je suis entré dans l’édifice, j’ai remarqué la présence de nombreux Britanniques venus d’Angleterre pour encourager le champion », reprend-il. Et puisque Ruiz est Mexicain, on parlait dans toutes sortes de langues avec de multiples accents dans le grand building.

« Il y avait une atmosphère de fête, surtout que les combats de la carte étaient de bons combats et que les fans étaient embarqués à fond », dit-il.

Tout pour Joshua

Toute la soirée était centrée autour de Joshua. « Le grand écran du MSG montrait des reportages sur Joshua, il n’y en avait que pour lui », de dire Griffin.

Puis, une demi-heure avant le combat, Griffin s’est rendu dans les deux vestiaires pour donner ses instructions pour le combat.

« Dans le vestiaire de Ruiz, on était concentré. Il m’a écouté, sérieux, et il est retourné dans sa bulle. Dans le vestiaire de Joshua, j’ai tout de suite senti que le champion était emporté par l’ambiance de kermesse qui régnait. Il était pris dans cette fête, il ne m’a pas semblé conscient de l’importance du duel. Je me suis dit qu’il se reprendrait en marchant vers le ring.

« Puis, on a chanté les trois hymnes nationaux : britannique, mexicain et américain. J’observais les deux boxeurs et il était évident que Joshua n’était pas dans le combat. Il regardait la foule, il humait l’ambiance. New York fait parfois cet effet à des boxeurs, les grands soirs.

« Moi, j’étais bien. Nerveux juste ce qu’il faut, avec l’adrénaline qui coulait dans mon corps. Dès le début, Joshua a donné un solide jab, mais Ruiz a répliqué par trois solides coups. Ils n’ont pas atteint solidement Joshua, mais j’ai vu le signal qui semble avoir échappé à Joshua. Ce Ruiz était venu pour se battre et il y allait pour le coup de circuit à chaque occasion. J’ai été surpris par cette intensité. Je me suis dit que ça allait réveiller Joshua. »

Joshua dans le trouble

Au troisième round, Joshua a envoyé Ruiz sur le derrière avec une bonne gauche.

« J’ai compté jusqu’à huit, mais je savais que Ruiz allait se lever. Il était surtout surpris par la force de la gauche. Il n’était jamais allé au tapis. Tout le monde s’attendait à ce que Joshua le finisse, mais Ruiz a encaissé la tempête et est revenu avec des coups puissants. Joshua est allé au plancher et il s’est relevé, et m’a montré ses poings. Il pouvait continuer. Mais j’ai remarqué tout de suite qu’il n’avait plus de jambes. Quand il est tombé avec quelques secondes à faire, je savais que s’il se relevait, je n’allais pas mettre fin au combat. Avec le son de la cloche, il n’avait pas besoin de la protection de l’arbitre. Il s’est relevé de peine et de misère et la cloche a sonné. J’ai demandé au docteur de vérifier son état », raconte Griffin.

Les rounds quatre, cinq et six ont confirmé la pensée de l’arbitre québécois. Joshua n’avait plus de jambes.

« Dès qu’il se faisait frapper, il était désorienté. À la fin du sixième round, Ruiz l’a atteint au corps. Cela a coupé complètement les jambes à Joshua. Le combat était terminé, je le sentais. »

Au septième, Joshua est allé deux autres fois au plancher. Après la deuxième chute, Griffin a ramassé le protecteur buccal échappé volontairement par Joshua.

« À huit, il s’est relevé, mais il m’a tourné le dos. Techniquement, j’aurais pu mettre fin au combat à ce moment précis. Il s’est rendu dans le coin pour pouvoir se tenir debout. Il n’était plus là. Je lui ai demandé de lever ses gants. Il ne l’a pas fait. Puis, je lui ai dit de s’avancer et d’être prêt à boxer. Il n’a pas réagi. J’ai alors mis fin au combat », de raconter l’acteur et le témoin de toute l’histoire.

Décision saluée

Tous les commentateurs ont salué la sagesse et le bien-fondé de la décision du Québécois. Tant sur DAZN que dans les sites spécialisés. Griffin a confirmé une fois de plus son statut de top 5 mondial sur la scène de la boxe internationale.

En fait, il n’y a eu qu’une seule protestation après l’arrêt de l’arbitre. « Le seul qui s’est plaint, c’est Ruiz. Il est venu me dire que j’aurais dû laisser Joshua reprendre le combat : “J’aurais pu le knocker ben raide” », m’a-t-il lancé.

On va retrouver Mike Griffin en finale à Shawinigan le 15 juin. « Pour moi, Shawi ou New York, c’est un combat, ce sont deux boxeurs. C’est le même travail », assure le troisième homme...

Guy Jutras au Temple de la renommée

Mike Griffin passe la semaine à New York. Il veut être présent samedi soir à la cérémonie d’intronisation de l’arbitre Guy Jutras au IFNHOF, le Temple de la renommée de la Fédération internationale de boxe.

« C’est le plus prestigieux. Mohamed Ali, Joe Louis, Jack Dempsey et Sugar Ray Robinson en font partie. Tous les plus grands. C’est un honneur pour tout le Québec de voir Guy Jutras accéder à ce Temple de la renommée. Je veux être présent parce que Guy Jutras a toujours été mon mentor », précise Mike Griffin.

Avec beaucoup d’émotion dans la voix.