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Québec Cinéma, le gala de trop

21e Gala Québec Cinéma
Photo Agence QMI, Joël Lemay Sébastien Ricard

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Quel avantage peut tirer le cinéma québécois d’un gala aussi médiocre que celui de dimanche soir ? Que peut aussi tirer Radio-Canada d’une émission de deux heures plus ennuyeuse qu’un enterrement un jour de pluie ?

Deux animatrices dont les grimaces tentent de masquer un texte insipide, un décor d’une laideur spectaculaire, une musique d’ascenseur en guise d’accompagnement, des présentateurs qui cherchent le télésouffleur, une représentante du public qui n’a pas de nom, une réalisation pitoyable, voilà en gros ce qu’il faut retenir du gala.

Je dois louer, toutefois, la présentation de Sébastien Ricard, réfléchie et bien rendue, celle assez touchante de ma vieille amie Alanis Obomsawin et celles très sympathiques de Monia Chokri, Anne-Élisabeth Bossé et Debbie Lynch-White. Rien d’autre à signaler. Hélas !

Jusqu’en 1998, l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision célébrait l’excellence du cinéma canadien et québécois au gala annuel des prix Génie. Le gala était diffusé de Toronto, parfois, de Montréal. Le 7 mars 1999, une première soirée des Jutra couronnait exclusivement des films québécois. À Toronto, on a continué de couronner des films canadiens et québécois.

CLAUDE JUTRA OBLITÉRÉ

À la suite des allégations de pédophilie publiées dans une biographie de Claude Jutra, Hélène David, ministre des Affaires culturelles, a demandé que la soirée des Jutra change de nom. Le 18e gala est resté « sans nom » et le 19e, diffusé le 4 juin 2017, fut baptisé Gala Québec Cinéma. Pour oblitérer complètement la mémoire de Jutra, on abandonna même le trophée conçu par Charles Daudelin pour le remplacer par celui de Marc-Antoine Côté. La plupart des gagnants du trophée nommé Iris se demandent ce qu’il représente. Moi aussi, d’ailleurs.

En 2013, l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision a fusionné les prix Génie et Gemini pour créer les prix Écrans qui honorent les meilleures œuvres de la télévision et du cinéma, que les films soient canadiens ou québécois. Même si les films francophones sont plus nombreux et parfois plus créatifs que les longs métrages anglophones, produisons-nous assez de films de qualité pour justifier un gala annuel qui leur soit exclusif ?

Que vient faire un gala de cinéma au mois de juin, des semaines et des mois après Toronto, Cannes et tous les autres festivals ? Le gala Québec Cinéma a-t-il une incidence sur la fréquentation des salles qui diffusent des films québécois ? Sûrement très peu si on examine les statistiques. En tous cas, le gala de dimanche ne fera rien pour rameuter les cinéphiles. Il risque plutôt de conforter ceux que notre cinéma laisse de glace.

LA RESPONSABILITÉ DE TÉLÉFILM

Dans un geste sans précédent, Pablo Rodriguez, le ministre du Patrimoine, a ajouté en mai 7,5 millions $ au budget de Téléfilm pour combler un déficit budgétaire mettant en danger plusieurs projets francophones. Cet ajout exceptionnel d’argent devrait être une invitation à plus de rigueur et à un meilleur jugement de Téléfilm.

Cette année, Téléfilm n’a aucune raison de pavoiser. Sur les sept films en nomination au gala de dimanche, cinq ont fait jusqu’ici 26 559 entrées en salle. Si on ajoute les résultats de La Bolduc et de 1991, en nomination également, on arrive à 647 548 entrées en salle. C’est à peine le tiers de l’écoute des séries de télévision Fugueuse ou Unité 9.