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Une photo vaut mille mots

pour chronique denise bombardier
Photo courtoisie La rectitude politique conditionne notre façon de penser.

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Rien n’est plus mauvais conseiller que la bien-pensance. Rien n’est plus pernicieux que la naïveté qui prend sa source dans l’ignorance.

Le Service d’accueil des Nouveaux Arrivants de Trois-Rivières a eu une idée que ses concepteurs ont cru géniale, on peut l’imaginer. Avec le slogan « tricotées serrées », on a photographié des femmes musulmanes voilées et de jeunes Québécoises assises côte à côte, tout sourire, en train de tricoter.

Voilà le symbole de la diversité et de l’inclusion que les autobus de la Mauricie affichent, pour attendrir et éduquer la population locale. La photo doit rassurer les maris des femmes voilées, car ce n’est pas dans les clubs de tricoteuses qu’elles risquent de rencontrer des hommes. Dans les faits, les clubs de tricot pratiquent sans l’imposer la ségrégation sexuelle si chère aux fondamentalistes religieux en particulier.

Bien sûr, cette photo simplifie le casse-tête que représente la difficulté de présenter des immigrants dont la majorité n’affiche aucun signe distinctif.

Inclusion

Cette publicité en dit long cependant sur la manière d’affirmer la diversité québécoise. N’aura-t-elle pas tendance à produire une réaction contraire à celle que l’on souhaite pour incarner l’inclusion ?

Si dans l’esprit des gens l’immigration actuelle pose problème, c’est justement parce que nos dirigeants marchent sur des œufs, car il s’agit d’une situation où la nuance, la fermeté, le courage et le sens politique doivent s’exprimer.

La rectitude politique, hélas, a transformé le vocabulaire et conditionné au fil des ans notre façon de penser et d’agir.

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Affirmer que chaque pays a le droit de choisir ses immigrants est désormais une hérésie pour plusieurs. Et toute volonté d’intégrer les nouveaux arrivants est quasi nulle dans le Canada multiculturel de Justin Trudeau. Puisque sa devise qui déracine « Un Canada postnational » a primauté sur l’ancienne, « D’un océan à l’autre ». L’« intégration » pour plusieurs est associée à « assimilation », ce mot tabou.

Le « vivre ensemble » serait donc vivre « tricotées serrées », mais l’expression est mise ici au féminin, contrairement à celle qui a jadis défini les Canadiens français sans distinction de sexe évidemment. En réalité, le multiculturalisme canadien incite plutôt à vivre comme dans des silos séparés. Nous sommes différents avant d’être semblables.

Confusion

N’est-ce pas ce que cautionne cette publicité de la Mauricie ? N’est-ce pas ainsi que les préjugés se perpétuent, en confondant musulmanes et voilées, en écrivant « tricotées serrées » au féminin, en traitant le passé comme un repoussoir au profit d’un paradis à construire dans lequel ce qui nous divise prend le pas sur ce qui nous réunit ?

Comment peut-on laisser croire qu’un immigrant devient québécois ou canadien le premier jour où il met les pieds sur le sol du pays ?

Quelle sottise de donner à penser qu’en tricotant avec des Québécoises « de souche », jeunes et joviales, les musulmanes voilées vont adhérer à l’égalité des sexes ou adopter des mœurs libres !

Les bonnes intentions et les bons sentiments, aussi attendrissants soient-ils, ne vont jamais régler le problème que représente l’intégration des immigrants. C’est l’avenir du Québec qui est en jeu.