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Engourdi

Las Vegas strip aerial view
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J’arrive de voyage. Un petit voyage. Trois jours en tête à tête avec ma femme. Un petit cadeau bien mérité. Cela faisait plus de trois ans que nous n’avions pas été seuls tous les deux, au-delà de quelques heures. En fait, depuis que nous sommes parents, l’essentiel de notre existence est consacré au bien de notre famille. C’est normal. Mais à ce moment-ci, nous avions besoin d’une pause.

Nos enfants, bien en sécurité avec mes parents, nous sommes partis le cœur léger avec un objectif en tête, en profiter. Et, pour en profiter, nous l’avons fait. Quelques jours à Las Vegas où nous avons mangé, dormi, vu des spectacles splendides et, pour couronner le tout, Elvis, LUI-MÊME, a renouvelé nos vœux de mariage.

Comme cela devait arriver, tout s’est passé trop vite. En un claquement de doigts nous étions déjà dans l’avion pour le retour vers la maison. Nous avions hâte de revoir nos enfants certes, mais je mentirais si je vous disais que nous étions contents de revenir.

Ces quelques jours à ne penser qu’à nous, notre bonheur, nos envies furent à la fois bénéfiques et insuffisants. Comme si nous n’avions qu’écorché la surface de notre fatigue. Que nous n’avions que titillé légèrement un moment de liberté sans complètement s’y abandonner.

Nous étions si bien que je dirais même qu’on ne s’ennuyait pas vraiment. Oui, je sais, que c’est terrible de dire ça. Je sais que les films, les revues, la société en général nous disent que dès que nous devenons parents, il nous est impossible de penser à autre chose. Que dès que nous sommes le moindrement séparés de nos bambins, nous n’avons qu’une idée en tête, les retrouver au plus vite.

Je pensais la même chose. Mais vous savez quoi? Maintenant, je sais que ce n’est pas nécessairement le cas. Il est possible de ne pas s’ennuyer de ses enfants pendant quelques temps. Cela ne veut pas dire de ne plus les aimer, loin de là. C’est d’accepter, et de vouloir que, pendant quelques jours, la personne que l’on choisit c’est soi-même.

C’est un état difficile à atteindre et c’est normal, il ne faudrait pas toujours y être non plus. Lors de ce cours séjour, ma femme et moi avions réussi à le faire. C’est pour cela que le retour fut quelque peu difficile.

Fini la farniente et l’égoïsme de vacances. C’est le retour à la vie, la routine dictée par autre chose que nos désirs.

Je suis encore un peu engourdi de ce voyage, comme si ma tête était restée un peu là-bas, sur le bord de la piscine, avec un petit cocktail à la main.

Heureusement, j’ai la tête pleine de souvenirs. Plein de petits moments de liberté bien imprimés dans mon cortex, dans lequel je peux aller piger à l’occasion quand le quotidien vient m’étouffer.