/opinion/columnists
Navigation

Génocide, vraiment?

Il faut respecter le sens des mots.

Coup d'oeil sur cet article

On ne peut pas dire n’importe quoi et on ne peut déformer le sens des mots sans finir par perdre tout contact avec la réalité.

Par exemple, si on peut dire que les femmes autochtones, au Canada, sont assurément victimes d’une maltraitance épouvantable, qui leur est plus souvent qu’autrement infligée par leur propre communauté, on ne saurait dire, pour peu qu’on prenne encore la peine de définir les termes, qu’elles ont subi un génocide.

En décidant d’utiliser ce terme, les auteurs du fameux rapport au cœur de l’actualité ont certainement voulu capter l’attention publique à une échelle mondiale. C’est réussi.

Le problème, c’est qu’elle est tellement démesurée, pour ne pas dire les choses plus sévèrement, qu’elle nous éloigne du sujet, alors qu’il faudrait collectivement s’en rapprocher.

Exagération

Soyons sérieux : si les femmes autochtones sont victimes d’un génocide, c’est que le Canada est un pays génocidaire. Comment peut-on dire cela avec un minimum de sérieux ?

On comprend ce qui se joue à travers cela : sous la pression d’un militantisme amérindien radicalisé, et d’une gauche idéologique qui cultive la haine de la civilisation occidentale, on a de plus en plus tendance à diaboliser l’expansion européenne en Amérique.

Dans une récente manifestation « antiraciste » contre le projet de loi 21, certains militants dénonçaient dans leurs slogans Samuel de Champlain et Jacques Cartier.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

En d’autres mots, la simple présence des États-Unis, du Canada et du Québec en Amérique du Nord relèverait d’un colonialisme épouvantable.

C’est oublier par ailleurs que la France, en Amérique, n’a pas à avoir honte de son rapport avec les Amérindiens.

Derrière cela, il y a la concurrence des mémoires. Depuis un peu plus d’une cinquantaine d’années, la conscience historique s’est redéfinie autour de l’holocauste.

On comprend pourquoi : il s’agit, à l’échelle de l’histoire, du crime le plus épouvantable commis par l’homme. Les nazis ont quand même programmé l’extermination industrielle du peuple juif.

Mais cette redéfinition de la mémoire a eu des effets inattendus. Désormais, chaque souffrance collective s’y réfère et entend se positionner par rapport à lui.

C’est dans ce contexte qu’on assiste à la banalisation du concept de génocide. Mais si tout est génocide, rien n’est génocide. Si on amalgame systématiquement la maltraitance d’une population à la Shoah, l’histoire devient incompréhensible.

Les femmes autochtones sont trop souvent maltraitées, méprisées et humiliées. Tout cela est absolument inacceptable. Mais elles ne sont pas victimes d’un génocide. Il ne faut pas céder à l’intimidation morale de ceux qui cherchent à faire passer pour salauds ceux qui n’acceptent pas la confusion du langage. On ne manque pas d’humanisme en gardant le sens de la mesure.

Mesure

Redisons-le : il ne s’agit pas de relativiser le malheur des femmes autochtones, mais de le penser à une juste échelle. C’est même la condition première pour que nous puissions améliorer leur situation.

Faut-il que le gouvernement canadien en fasse plus pour protéger cette population terriblement fragilisée ? Oui. Mais on devrait être capable de soutenir ces malheureuses sans croire que nous sommes en Europe de l’Est en 1944.