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Le Canada: un pays du tiers-monde

Justin Trudeau
Photo AFP Justin Trudeau

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C’est le « Canada invisible », celui des peuples autochtones. Le colonialisme institutionnel leur a collé l’éthique de « Sauvages », les a dépossédés de leurs terres, de leurs ressources, de leur identité, de leur culture, de leurs langues et de leur dignité.

Un pays où l’on peut vivre sans jamais être en contact avec des Autochtones. Le fédéral se souvient d’eux lors de ses célébrations officielles pour mettre de la couleur dans ses cérémonies.

Dans les faits, on leur a tourné le dos en les parquant dans des réserves et des villages dévitalisés. Qui peut se rappeler la dernière fois qu’il a partagé un repas avec l’un des membres des 55 communautés autochtones du Québec ?

Mon séjour dans le Nord-du-Québec m’a beaucoup édifiée. J’y ai rencontré trois générations de femmes engagées, j’ai visité des maisons, des centres de santé, des commerces d’alimentation. Et ce que j’y ai vu et entendu était triste à mourir. Pire que dans un pays du tiers-monde.

Depuis des années, tous les voyants étaient au rouge. Les gouvernements le savaient. De commission d’enquête en commission d’enquête, beaucoup a été écrit et très peu concrétisé. Résultat, un bilan désastreux : sous-scolarisation des enfants, peu de diplomation et taux de chômage deux fois plus élevé que celui de la population canadienne.

Une crise de logement sans précédent aggravée par un taux de natalité galopant. Des maisons surpeuplées et nécessitant des rénovations majeures. Un contexte très favorable à la promiscuité et à la violence familiale. Pas étonnant que 70 % à 95 % de femmes autochtones soient condamnées à vivre dans la violence au Canada.

Soins de santé et services sociaux déficients, taux de suicide élevé, chez les jeunes surtout ; il est deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Sans compter les abus d’alcool et de drogues, les agressions physiques, psychologiques et sexuelles, ainsi que la violence policière. Pas de quoi être fiers.

Résilience et authenticité

D’où l’importance d’être à l’écoute des communautés autochtones. Elles sont mieux placées que quiconque pour parler de leurs réalités et proposer les solutions appropriées à leur contexte historique et culturel.

L’approche infantilisante du colonialisme institutionnel a assez duré. Il est temps de changer de registre et de ramener les Premières Nations de la marge au centre de la conversation pour une véritable réconciliation nationale. Et ça commence par l’écoute.

C’est là d’ailleurs l’une des contributions les plus significatives de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Elle a donné une voix aux femmes.

Par leurs témoignages authentiques, par leur résilience à toute épreuve, elles ont exprimé, dans leurs propres mots, leur détresse, leur souffrance et leur espoir. C’est là où les appels à la justice trouvent tout leur sens.

Car il ne s’agit pas ici d’experts, d’intervenants ou de chercheurs qui parlent pour et au nom des Autochtones, ce sont les victimes elles-mêmes et leurs familles qui racontent leurs expériences dans des récits particulièrement saisissants. Désormais, les gouvernements ne pourraient plus prétendre ne pas savoir.

Alors que s’amorcent les travaux de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, annoncée par le premier ministre Legault, le 31 mai dernier, le gouvernement gagnerait, sur une question aussi cruciale pour les Premières Nations, d’y nommer un commissaire issu de ces communautés. C’est une question de justice et d’équité.