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Génocide: La honte qui rend aveugle

En choisissant le mot «génocide» comme moteur de son rapport final, l’ENFFADA s’assurait une couverture médiatique importante.

Michèle Audette, commissaire de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées .
Antonella Artuso/Toronto Sun/QMI Agency Michèle Audette, commissaire de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées .

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En choisissant le mot «génocide» comme moteur de son rapport final, l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées (ENFFADA) s’assurait une couverture médiatique importante.  

En provoquant une vaste discussion sur la sémantique, les auteurs du rapport ont probablement malheureusement relégué aux oubliettes une bonne partie de leur travail et des recommandations qui en découlent.   

Admettre l’inadmissible  

On peut discourir pendant des jours sur l’opportunité d’employer le terme génocide dans le contexte de l’ENFFADA. On peut s’obstiner, proposer des interprétations, s’égosiller et crier que parler de génocide sans l’accoler au qualificatif «culturel» relève de l’exagération. N’en demeure pas moins que nous avons ces réactions pour éviter de porter la honte des comportements de tout un peuple envers les Premières nations.   

Accepter le terme génocide, c’est reconnaître, en quelque sorte, notre culpabilité collective pour des années de maltraitance envers non seulement les femmes et les filles autochtones, mais également envers le concept même de «premières» nations.   

Accepter le terme génocide revient tout simplement à admettre l’inadmissible, à s’assoir à côté des monstres de l’histoire et à reconnaître les torts de tout un pays.   

Pendant qu’on s’obstine pour tenter de sauver la face, on continue de faire semblant de ne pas savoir comment les autochtones sont traités ici même, au Québec et au Canada.   

Sauver ceux qu’on peut  

Le rapport de l’ENFFADA embrasse large. Probablement trop large, même.   

Ceux qui en font la critique reprocheront aux commissaires le nombre étourdissant de recommandations qui y sont inscrites. La seule lecture de celles-ci suffit à décourager les mieux intentionnés d’entre nous.   

Pourtant, plusieurs autres voix s’élèvent pour réclamer un meilleur traitement pour les autochtones.   

Pensons notamment à l’organisme Fusion Jeunesse, voué à la persévérance scolaire et présent auprès des communautés autochtones depuis maintenant 10 ans. Au fil de ses interventions hebdomadaires auprès de 4 500 jeunes à risque, dans 23 communautés et 2 collèges, Fusion Jeunesse est à même de témoigner de la situation critique dans laquelle se trouve la majorité des jeunes autochtones.   

Est-ce normal qu’on accepte que le taux de suicide chez les jeunes Inuits soit l'un des plus élevés au monde? 11 fois supérieur à la moyenne nationale. En ce qui concerne les Premières nations, on parle d’un taux de 5 à 6 fois plus élevé que chez les non-autochtones.   

Les jeunes autochtones sont abandonnés par le système scolaire alors que 50% de la population autochtone canadienne ne possède pas de qualifications postsecondaires. 90% des jeunes cris de la Baie-James et des Inuits du Nunavik abandonnent l’école plus tôt que tard dans leur parcours scolaire.   

La vaste majorité des jeunes qui atteignent le cégep n’arrivent pas à s’y intégrer et finissent par retourner dans leurs communautés parce qu’ils manquent de soutien, d’encadrement et de repères dans des institutions qui ignorent tout de leur réalité. Pourtant, malgré les demandes et les recommandations de Fusion Jeunesse, aucun programme gouvernemental n’a été mis en place pour aider les cégeps à mieux accompagner les jeunes autochtones vers la réussite d’études supérieures.    

Peut-on réellement se priver de tout le potentiel et de toute la richesse que peuvent apporter ces jeunes, tant au Québec qu’au Canada?   

Certes, on ne pourra pas réécrire le passé, mais n’est-il pas grand temps qu’on commence à soigner le présent pour préparer l’avenir?    

Le gouvernement a déjà en main le Plan d’action gouvernemental pour le développement social et culturel des Premières Nations et des Inuits. D’ailleurs, l’ENFFADA, dans son rapport complémentaire pour le Québec, en recommande la mise en œuvre et la priorisation. À défaut de mieux, il pourrait au moins s’agir d’un point de départ.