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Le naufrageur de la politique étrangère des États-Unis

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Au cœur de la promesse de Donald Trump de « restaurer la grandeur de l’Amérique », il y avait une volonté de rétablir sa stature internationale et de regagner le respect que les États-Unis avaient selon lui perdu. C’est raté.

Après deux visites officielles clinquantes au Japon et au Royaume-Uni, le président américain commémore aujourd’hui sur les plages de Normandie un des plus grands faits d’armes de son pays.

L’occasion est bonne pour réfléchir sur sa politique étrangère, qui se résume en quelques mots : sabotages, fausses promesses et accélération du déclin.

Sabotages

Les rejets de l’accord nucléaire avec l’Iran et du Partenariat transpacifique (PTP) ont été parmi les premiers gestes de Trump.

Avec quels résultats ? Face à l’Iran, Mike Pompeo tente désespérément de recoller les pots que Trump a cassés. En Asie, l’administration dit vouloir établir les plans d’un contrepoids régional à l’ascension de la Chine. C’était précisément l’objectif du PTP qu’il a saboté.

En Europe, Trump a semé la dissension dans l’OTAN, tout en multipliant les faveurs à une Russie qui ne cache pas ses visées sur le continent.

Fausses promesses

L’actuel président blâme la stupidité de ses prédécesseurs pour tous les maux du monde, dont la solution est son propre génie à faire de fabuleux « deals ». Il a promis mer et monde, mais il ne livrera pas grand-chose.

L’exemple le plus patent est sa promesse de régler pour de bon le conflit israélo-palestinien en confiant le dossier à son gendre néophyte. Son plan, calqué sur le programme de la droite israélienne, n’ira nulle part.

En Corée, après avoir lui-même provoqué l’escalade du conflit, Trump a promis la dénucléarisation et a fait miroiter des changements mirifiques sous la gouverne de son « amour » Kim Jong-un. Ça n’arrivera pas. Au mieux, la situation reviendra comme avant, ce que Trump présentera comme un accomplissement digne d’un prix Nobel.

D’ici à l’élection, tous les accords que Trump aura réussi à ne pas saborder seront présentés comme d’épiques victoires. Ce sera le cas pour le nouvel ALENA, dans l’hypothèse optimiste où le mercantilisme belliqueux de Trump ne parvienne pas à tout jeter par terre.

Déclin et chute

Le traitement extravagant qu’il a reçu à Tokyo et à Londres amènera peut-être Trump à croire au mirage d’une Amérique triomphante et respectée, mais ses hôtes savent que la flatterie est la meilleure façon de l’amadouer.

Le leadership américain, qui était déjà en déclin avant Trump, est désormais en chute libre. Au mieux, les partenaires des États-Unis se résignent à attendre le départ d’un président à qui personne ne peut se fier.

Cette perte de confiance a une portée particulière aujourd’hui. Qu’aurait fait Trump pendant la Seconde Guerre mondiale ? Aurait-il louangé les « leaders forts » de l’Axe et blâmé les Européens pour leurs trop modestes dépenses militaires ?

En cet anniversaire du jour J, la question de l’engagement des États-Unis envers leurs alliés mérite d’être posée. En appuyant ouvertement ceux qui prônent l’affaiblissement du projet européen et en encourageant l’émergence de mouvements nationalistes populistes – voire autoritaires – en Europe, Donald Trump remet en cause la raison d’être du sacrifice de ceux qui ont péri sur les plages de Normandie.