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Un des neuf enfants manque à l’appel

Leur fille aînée serait en danger en Libye depuis le décès de son mari, assurent sa famille et des experts

La famille Mohammad, de gauche à droite, en commençant par l’arrière : Baker, Ahmad, Saqer, Sham, le père Mohammad, la mère Ghada Alfaris, Malak, Shatha, Mansour et Shaed, à Saint-Hyacinthe, jeudi, avant leur départ pour Ottawa.
Photo Magalie Lapointe La famille Mohammad, de gauche à droite, en commençant par l’arrière : Baker, Ahmad, Saqer, Sham, le père Mohammad, la mère Ghada Alfaris, Malak, Shatha, Mansour et Shaed, à Saint-Hyacinthe, jeudi, avant leur départ pour Ottawa.

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SAINT-HYACINTHE | Une famille de réfugiés syriens arrivée au Québec en 2016 supplie Ottawa d’accorder le statut de réfugiée à l’aînée du clan laissée seule en Libye, où elle risque sa vie tous les jours.

«Ramenez ma sœur. Ramenez ma sœur», implore Shaed Mohammad, le frère de Nour Mohammad, l’aînée de la famille de neuf enfants, restée en Libye en attendant d’obtenir son statut de réfugiée.

«Ma mère pleure jour et nuit», ajoute le grand frère Baker Mohammad.

La famille est arrivée à Saint-Hyacinthe, en Montérégie, le 27 janvier 2016, en même temps que les 60 000 autres Syriens accueillis par le Canada un peu partout au pays.

Maison brûlée

En 2012, leur maison de Daraa, au sud de la Syrie, a été incendiée à cause de la guerre. La famille a fui le pays jusqu’en Jordanie. Aujourd’hui, le père de famille Mohammad Mohammad se déplace difficilement avec une béquille.

Ils ont vécu pendant plus de trois ans dans un camp de réfugiés alors qu’ils avaient traversé la frontière, où le manque d’eau, de chauffage et de vêtements était leur lot quotidien, ont-ils raconté avec émotion au Journal dans la Maison de la famille de Saint-Hyacinthe. Ils disent avoir cru mourir à plusieurs reprises.

En 2015, le Haut Commissariat des Nations Unies a finalement informé la famille qu’elle obtiendrait son statut de réfugié.

«J’étais heureux de pouvoir offrir un meilleur avenir pour les enfants», ajoute timidement le père dans sa langue arabe, traduite en français par un ami de la famille.

En danger

À l’époque, l’aînée de la famille, Nour Mohammad, n’a pas suivi. Mariée à un Syrien, le couple avait fait une demande conjointe à l’ONU quelques mois plus tard. Mais il n’a jamais bénéficié du même statut que les autres membres de la famille Mohammad pour des raisons inconnues de la famille.

C’est en février dernier que la vie de l’aînée, aujourd’hui âgée de 22 ans, a tragiquement basculé. Son mari est décédé par décharge électrique en Libye, où elle habite.

De plus, pour des questions de sécurité, il n’y a plus de bureau de l’ONU en Libye pour faire un suivi de son statut. Elle devrait se rendre en Tunisie pour y avoir accès.

Or, la vie de la jeune veuve serait en danger quotidiennement. Elle risquerait de se faire violer ou tuer à tout moment si elle quitte la maison, selon sa famille et des experts consultés par Le Journal.

«Elle est seule dans un milieu anarchique, elle pourrait risquer plus que d’autres. Elle n’a ni clan ni famille qui la protège», explique le politologue Sami Aoun.

«Tout pays arabe constitue un risque pour une femme seule», appuie l’avocat expert en immigration Stéphane Handfield.

La députée néo-démocrate de Saint-HyacintheBagot, Brigitte Sansoucy, porte le dossier sur ses épaules depuis février. Jeudi, elle a réitéré sa demande au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, d’utiliser son pouvoir discrétionnaire afin de permettre à Nour Mohammad d’intégrer sa famille à Saint-Hyacinthe.

«Depuis que je suis députée, c’est la situation la plus déchirante que j’ai vécue. Je pense à cette famille et à cette femme-là tous les jours», dit Mme Sansoucy.

Le ministère de l’Immigration n’a pas commenté le dossier expliquant que chaque cas est confidentiel.