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À la défense de Denys Arcand

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En regardant l’ennuyant gala du cinéma québécois dimanche soir, je n’ai pu m’empêcher de ressentir une grande tristesse, face au fait que Denys Arcand ait été (presque) complètement écarté des finalistes.

À part une nomination pour Vincent Leclerc (rôle de soutien) et Maripier Morin (révélation), aucune mention de La chute de l’empire américain dans les principales catégories faisant l’objet d’un vote des membres.

Alors qu’on a vécu avec tristesse, au cours des dernières semaines, le départ de deux figures majeures du cinéma québécois (Jean Beaudin et Jean-Claude Labrecque), j’ai un malaise à ce qu’on ait laissé de côté un réalisateur de la trempe de Denys Arcand.

TASSE-TOI MONONCLE

Bien sûr, vous me direz, La chute de l’empire américain a gagné l’Iris du film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec. Mais ça ressemblait véritablement à un prix de consolation.

Le film a été snobé dans les catégories qui comptent : meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario.

Bien sûr, La chute de l’empire américain n’est pas le meilleur Arcand. C’est une oeuvre mineure de sa filmographie, mais ce n’est pas un raté non plus ! Et, pour avoir vu les autres films en compétition, je vous assure qu’Arcand aurait été tout à fait à sa place dans les trois catégories principales.

Je ne peux m’empêcher de penser qu’Arcand a été victime d’âgisme. À force de vouloir souligner l’apport de la nouvelle génération à tout prix, on a dit à Denys Arcand : « Tasse-toi, mononcle ». Et ça, ça me fait de la peine.

Arcand, c’est quand même un Oscar en 2004 (et trois César) pour Les invasions barbares. C’est quand même Réjeanne Padovani et Le déclin de l’empire américain, La maudite galette et Le confort et l’indifférence.

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RÉMY, VINCENT ET LES AUTRES

Il y a autre chose que je ne m’explique pas.

Vincent Leclerc (qui est un Séraphin hallucinant dans Les pays d’en haut et qui est de loin un des meilleurs comédiens de sa génération) est méconnaissable en sans-abri dans La chute de l’empire américain.

Pourtant, dans la catégorie « meilleure interprétation masculine-rôle de soutien » l’Iris a été remis à Robin Aubert pour son rôle de père absent dans Une colonie. Tellement absent qu’on n’aperçoit Aubert qu’à peu près quatre minutes et trois quarts dans le film. Dont deux où il est étendu sur un canapé, à moitié endormi, et baragouine quelques lignes de dialogue avec sa fille. Avouez que c’est difficile à justifier.

Et pourquoi Rémy Girard n’était finaliste dans aucune catégorie ? J’ai adoré son personnage de truand qui lance des répliques assassines comme : « Je ne suis pas un avocat, moi, je suis un criminel. Je suis honnête ».

HOMMAGE AUX ANCIENS

Mardi soir, lors de la soirée hommage Québecor, je parlais avec des comédiens, des « vieux de la vieille », certains qui ont joué avec Arcand, d’autres pas.

Plusieurs me disaient à quel point ils trouvaient « blessant » que Denys Arcand n’ait pas été reconnu par ses pairs.

« Dans ce milieu, il y a des chapelles, et si tu n’es pas dans la bonne chapelle, tu passes ton tour», m’a confié un comédien déçu.

Faut croire que cette année, ce n’est pas la chapelle « homme blanc de 77 ans » qui était à la mode.