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Femmes autochtones: tabou et hypocrisie

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Pourquoi plus d’un millier de femmes et filles autochtones ont-elles disparu et ont-elles été assassinées au cours des ans ? L’enquête nationale sur ces femmes martyres ne nous le dit pas vraiment. Car le rapport rendu public cette semaine se limite à accuser le colonialisme et le racisme canadiens à travers son histoire.  

L’on a préféré utiliser le mot « génocide », qui range le Canada dans le camp de l’Allemagne nazie, plutôt que de chercher les causes endémiques de ce scandale innommable qui s’est produit dans l’indifférence générale au pays. Le Canada a toujours réussi par ailleurs à imposer sa rectitude politique à l’intérieur du pays et son image de haute moralité et d’angélisme à la grandeur de la planète.  

Aucun Blanc ne sort indemne devant le calvaire vécu par les femmes autochtones. Mais qu’en est-il des hommes autochtones ? Pourquoi les membres de cette enquête, choisis par le gouvernement, ne l’oublions pas, ont-ils gardé le silence sur la responsabilité des gouvernements autochtones, qui exercent le pouvoir dans les réserves ? 

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Tabou  

C’est un tabou de mettre en lumière le rôle des hommes autochtones qui abusent et tuent des femmes. Avec la connivence du pouvoir blanc qui n’ose remettre en question le seul apartheid existant officiellement dans le monde, c’est-à-dire ces réserves où les autochtones sont confinés depuis la mise en place de la Loi sur les Indiens, en 1876.  

Or, les tentatives d’abolir ces territoires réservés aux seuls autochtones en vertu d’un principe, intolérable dans un pays dit civilisé, celui de la loi du sang, ont toutes échoué. À cause des autochtones eux-mêmes, voulant protéger leurs avantages fiscaux, entre autres, mais se comportant ainsi en colonisés volontaires.  

Les communautés autochtones sont isolées par la géographie et une culture où le machisme dicte sa loi. La maltraitance des enfants, la violence infligée aux femmes et l’inceste sévissent dans des proportions affolantes. La disparition progressive des cultures ancestrales et les méfaits de l’alcool et de la drogue demeurent le lot de ces populations entretenues par l’État et dirigées par des chefs parfois sans scrupules.  

Silence  

Pourquoi ces femmes martyrisées ont-elles disparu ? Qui ont été leurs bourreaux à part les Blancs, policiers ou autres ? Les femmes autochtones restent muettes à ce sujet. Sauf des courageuses, des héroïnes, telles Michelle Rouleau, une ancienne présidente des Femmes autochtones du Québec, qui demeure une des rares à oser critiquer à la fois le racisme des Blancs et le sexisme et le machisme de membres des Premières Nations.  

Le rapport est rendu public. Mais à moins de croire au hasard, on ne trouve pas étrange qu’il paraisse à quelques mois des élections fédérales. Il permet encore une fois à Justin Trudeau de s’excuser, de pleurer et de prendre à son compte le terme « génocide », lui qui ne s’embarrasse pas du sens des mots lorsqu’il croit pouvoir recueillir des voix.  

Or, tant que le Canada maintiendra ses réserves où les autochtones sont parqués hors de notre vue, l’indifférence à leur égard risque de demeurer la règle.