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L’aventure sous terre

Pénombre, fraîcheur, humidité, inconnu… la spéléologie invite à l’exploration d’un univers qui ne ressemble à rien à celui que l’on côtoie au quotidien. Ici, la caverne de Saint-Léonard, au Québec.
Photo d’archives, Société québécoise de spéléologie Pénombre, fraîcheur, humidité, inconnu… la spéléologie invite à l’exploration d’un univers qui ne ressemble à rien à celui que l’on côtoie au quotidien. Ici, la caverne de Saint-Léonard, au Québec.

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La découverte de nouvelles galeries dans la caverne de Saint-Léonard en 2017 a ravivé l’intérêt du public envers l’exploration souterraine. Rencontre avec Guillaume Pelletier, 42 ans, passionné de spéléologie, qui a participé à la découverte de plus d’une centaine de grottes dans le monde.

Guillaume revient du Mexique, où il a passé plus d’une vingtaine de jours sous terre. C’était son vingtième voyage au pays, qui l’attire non pas pour ses plages et ses journées ensoleillées, mais pour la qualité de son univers sous-terrain. Il y fait tout juste une dizaine de degrés, c’est toujours humide. La noirceur y est totale.

« Ce qui me passionne, c’est de continuer à bâtir des connaissances géographiques. On se doute d’abord à peine de l’existence d’une caverne, quelques indices ici et là, et puis, on la découvre, et on s’y enfonce, documentant notre progression, petit bout par petit bout, pour tracer la topographie de la grotte », dit Guillaume Pelletier, de Montréal.

« À l’exception des fonds marins dont l’exploration dépend de la technologie, les cavernes et grottes sont les seuls endroits sur terre où on peut dire que l’on fait encore réellement de l’exploration de territoire inconnu » précise l’aventurier souterrain.

Devenir spéléologue

À 14 ans, un ami et un prof l’initient à la spéléologie, par hasard. Cet attrait l’amènera à faire des études universitaires de premier, puis de second cycle, en géographie, à bosser comme guide à la caverne Saint-Léonard pendant son adolescence, puis à devenir l’un des cinq instructeurs en spéléologie au Québec.

« Mais on ne gagne pas sa vie comme ça au Québec », ajoute le passionné. Bien que la province soit dotée de l’une des seules écoles de spéléologie officielles en Amérique, l’argent ne coule pas dans son sous-sol pour subventionner des projets de découverte. « Heureusement, partir en expédition de spéléologie, ça ne nous coûte presque rien... On n’a pas à aller chercher des permis de milliers de dollars comme en alpinisme. On compte surtout notre temps sur le terrain », dit le résident de Rosemont.

Toujours marginal

La popularité de la spéléologie a beau avoir profité des dernières découvertes locales, le sport est loin d’attirer les foules. S’aventurer dans des cavernes (non touristiques) implique énormément de connaissances théoriques et techniques. En outre, il faut en avoir le goût (et le courage !) On se plonge après tout dans un environnement toujours froid et humide, baigné dans une pénombre totale à peine allégée par le faisceau d’une lanterne frontale, où l’étroitesse de certains passages exige un effort de contorsion parfois inconfortable, souvent insécurisant.

En exploration, le défi est encore plus grand, alors que les aventuriers comme Guillaume Pelletier s’avancent dans cet univers, sans même savoir ce qui se trouvera quelques mètres plus loin ; après ce long corridor dans lequel ils doivent progresser, ventre contre sol, y a-t-il seulement une issue ? « Le souffle de la circulation de l’air, l’état du roc, la réverbération de l’écho... tout ça nous donne quelques indices, mais le mystère demeure quand on avance... jusqu’à ce qu’on ne puisse plus avancer. Et c’est notre devoir de topographe, de toujours nous aventurer à la limite du possible », dit le spéléologue. Un inconnu confrontant avec lequel peu de gens sont à l’aise de composer. Enfin, l’effort physique est parfois colossal, en particulier dans des sections où les mètres en escalade artificielle s’accumulent.

Le spéléologue a une autre théorie qui explique que le sport ne fera jamais l’unanimité : « On n’est pas dans une société qui encourage l’effort à l’abri des regards. »

C’est ce qui attire aussi les passionnés. Ce monde parallèle, loin du bruit ambiant. Sous terre, le silence est complet.

La spéléo : une pratique risquée ?

Si on exclut la plongée-spéléo pour se contenter de la spéléologie, l’activité n’est pas considérée comme risquée, bien loin derrière l’alpinisme ou l’escalade. « Les gens craignent de manquer d’air, alors qu’il y a toujours une circulation d’air. La peur que la caverne s’effondre n’est pas non plus justifiée : ces constructions de la nature sont bien plus solides et anciennes que celles de l’homme ! », dit Guillaume Pelletier. Quant aux risques de se perdre, ils sont eux aussi minces si on respecte les règles de l’art, que l’on porte attention aux intersections clés et que l’on effectue — à l’aide d’une boussole et d’un clinomètre — la topographie en progressant.

Ce dernier a bien eu quelques frousses dans sa carrière, dont la dernière, dans une grotte en Chine. « Je rampais devant mon équipe, qui était restée derrière, et, tout à coup, je ne pouvais ni avancer ni reculer : j’étais pris, le pied coincé, et je n’avais aucune marge de manœuvre. J’étais à dix heures d’effort de la surface. Je me suis senti paniquer », raconte l’aventurier.

Il a fait ce qu’il pouvait : respirer. Le calme est revenu, les idées, aussi, et il a réussi à s’extirper le pied pour regagner son équipe.

S’aventurer dans une caverne sans équipe ou formation est sans aucun doute une recette à catastrophe. Les profondeurs ont l’avantage de moins faire rêver que les hauts sommets. La peur a du bon : elle force à faire ses devoirs. On l’apprivoise en apprivoisant son milieu, une connaissance à la fois.

S’initier

Aux curieux qui ont envie de faire leurs premiers pas dans une caverne touristique, la caverne Saint-Léonard à Montréal, la caverne Laflèche en Outaouais, le Trou de la Fée de Crabtree dans Lanaudière, la grotte de Saint-Casimir à Portneuf et la caverne Lusk dans le parc de la Gatineau proposent des visites guidées.

L’École québécoise de spéléologie organise aussi cet été plusieurs stages et activités, dont une accessible aux jeunes aventuriers dès 10 ans.


Renseignement : www.speleo.qc.ca