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Le Parti du Brexit échoue de peu à entrer au Parlement britannique

Le Parti du Brexit échoue de peu à entrer au Parlement britannique
AFP

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PETERBOROUGH | Le Parti du Brexit de Nigel Farage a échoué à remporter son premier siège au Parlement de Westminster lors d’une élection législative partielle jeudi, après sa victoire éclatante aux élections européennes il y a deux semaines. 

Son candidat, Mike Greene, est arrivé en deuxième position de ce scrutin à Peterborough (est de l’Angleterre), avec 29% des voix, juste derrière la travailliste Lisa Forbes, qui en a récolté 31% tandis que les conservateurs au pouvoir arrivent à une médiocre troisième place.

Le Labour parvient ainsi à conserver son siège au Parlement de Westminster, où il est la principale force d’opposition.

Les travaillistes étaient pourtant mal engagés: l’élection partielle de jeudi a en effet été déclenchée par la destitution, début mai, de leur députée Fiona Onasanya, à la suite d’une pétition des électeurs de la circonscription.

Ces électeurs ont sanctionné le fait que Mme Onasanya continuait à siéger alors qu’elle avait été condamnée en janvier pour entrave à l’exercice de la justice après avoir prétendu que quelqu’un d’autre conduisait sa voiture, contrôlée en excès de vitesse en juillet 2018.

Élue en 2017, Mme Onasanya l’avait emporté de justesse devant les conservateurs. Mais ces derniers n’ont pas réussi à capitaliser sur sa destitution et n’ont obtenu que 21% des voix. Le parti centriste pro-UE libéral-démocrate a lui grimpé à 12% des suffrages.

«Vote tactique»

Le Parti du Brexit n’a pas réussi à transformer son triomphe au scrutin européen fin mai (31,6% des voix) dans les urnes nationales. Il avait pourtant réalisé 38% à Peterborough lors du scrutin européen, largement devant le Labour (17%), le Lib-Dem (15%) et les conservateurs (11%).

Une déconvenue pour ce jeune parti, qui rappelle celles essuyées par la formation europhobe et anti-immigration UKip, que M. Farage a présidée près de dix ans: malgré de bons résultats aux Européennes, jusqu’à atteindre 27,5% des suffrages en 2014, le UKip n’a pas décollé au niveau national et s’est effondré aux législatives de 2017 à 1,8%.

Aux yeux des Britanniques, c’est «un groupe de pression utile» mais «pas capable de gouverner», a résumé la BBC.

Le Parti du Brexit est «allé plus loin que le UKip», a riposté Nigel Farage. 

Pour Tim Bale, professeur de politique à l’Université de Queen Mary, «lors d’une élection nationale, où il est question de gouverner, les électeurs reviennent souvent à leur parti habituel». Toutefois, l’élection de Peterborough pourrait marquer «le début d’une rupture», a-t-il déclaré à l’AFP.

«Dans beaucoup de circonscriptions, nous voyons désormais de la politique faite à quatre ou cinq partis», s’est réjoui Nigel Farage, qui rêve de mettre fin au système bipartisan dominé par les conservateurs et travaillistes.

Surtout, «qu’on le veuille ou non, quelque chose de très important s’est passé hier soir», a-t-il renchéri. «Dites-moi quel parti (...) a été proche de battre le Labour avec huit semaines d’existence seulement ?», s’est-il vanté, alors que le parti a été officiellement enregistré en février.

Pour progresser, Nigel Farage compte sur l’émergence d’un «vote tactique» de la part des électeurs conservateurs, qui s’en remettraient au Parti du Brexit pour éviter de «finir avec Corbyn (le chef du Labour, ndlr) au gouvernement».

Au contraire, le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt, a estimé que voter pour le Parti du Brexit favorisait l’opposition travailliste.

«Pas de futur pour notre parti (conservateur) jusqu’à ce que nous mettions en oeuvre le Brexit - toute élection avant ça permettra juste à Corbyn de se faufiler», a tweeté ce candidat à la succession de la première ministre Theresa May, qui démissionne vendredi de ses fonctions de chef des Tories.

«Ce résultat montre que malgré les divisions et l’impasse sur le Brexit, lorsqu’il s’agit de voter sur les problèmes qui affectent directement la vie des gens, le Labour bénéficie d’un soutien important», a de son côté réagi Jeremy Corbyn.