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Le pénible retour des couillardises

Le pénible retour des couillardises
Photo d'archives, Jean-François Desgagnes

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Dites-moi. Sincèrement. Est-ce que vous vous ennuyez de Philippe Couillard? Bon, bon. Bruits de criquets... Et pourtant, l’ancien premier ministre du Québec, lui, semble bien croire que oui.

Cette semaine, un reportage de Radio-Canada nous le montrait à la pêche à la ouananiche dans son patelin du lac Saint-Jean, suivi, comme il se doit, par son garde du corps. Ah... La pêche. Sûrement son activité préférée après les compressions budgétaires et les insultes à ses anciens adversaires. 

Sur une note plus sérieuse, ce qu’il dit nous montre surtout un Philippe Couillard égal à lui-même . Traduction : en éternel déni de ce qu’il a fait subir à de nombreux Québécois. Le bonheur des agences de notation lui important nettement plus que celui de ses propres citoyens.

Je vous invite donc à décortiquer ses propos. Comme ex-chirurgien, il mérite bien qu’on passe un tantinet son entrevue au bistouri.

La vie est belle, mais il se cherche quand même une job. 

En début d’entrevue, on nous dit que Philippe arrive en forme physique nettement meilleure qu’avant. On s’en trouve presqu’ému de l’apprendre...

À 61 ans maintenant, il parle de son rythme de vie nettement moins frénétique qu’avant. Grande bien lui fasse.

Petit détail : il se cherche aussi un boulot. D’habitude, les ex-premiers ministres ont peu de peine à le faire. Or, on apprend qu’il rencontre des gens et prend son temps pour «trouver un défi à sa mesure» tout en voulant «conserver le rythme de vie équilibré auquel il commence tout juste à s’habituer» :

«Je ne cherche pas un poste. Je cherche une fonction ou une activité à laquelle je peux apporter une valeur. Être là parce qu'il fallait nommer quelqu'un, ça ne m'intéresse pas,» 

En d’autres termes, il cherche une planque prestigieuse et peut-être pas nécessairement trop exigeante. Un grand classique. 

Plus précisément – attachez bien votre parasol -, on y apprend ceci : il aimerait «offrir des conseils stratégiques. Il s’intéresse particulièrement à l’activité gouvernementale, à la gestion des finances publiques, à la transition énergétique, au climat et à l’élaboration des nouvelles politiques publiques.»

Non, non, non. Ne riez pas tout de suite. 

Des «conseils stratégiques» venant tout droit de l’artisan en chef de la pire défaite électorale du PLQ, c’est aussi absurde que si Donald Trump voulait donner des conseils sur la courtoisie.

Mais ne vous inquiétez pas trop vite pour l’ex-neurochirurgien qui, après tout, a pratiqué la médecine jusqu’en Arabie Saoudite – une grande démocratie, n’est-ce pas ???

Ne vous inquiétez pas parce que M. Couillard nous confie aussi ne pas être nécessairement pressé de retourner travailler. Sa maison, voyez-vous, est en vente, mais rien ne presse, dit-il : «on va au moins garder un point d'ancrage. On a un petit chalet à Mashteuiatsh, sur le bord du lac. C'est un paradis. Si c'est possible de combiner ma vie professionnelle avec une résidence permanente ici, tant mieux.»

Son «paradis». C’est touchant, non ? Pas un mot, par contre, sur l’enfer qu’il a fait vivre à de nombreux Québécois, tout particulièrement encore chez les plus vulnérables, à coups de son austérité obsessive. 

Heureusement pour les Québécois, l’entrevue contient au moins une très bonne nouvelle pour eux : Philippe Couillard « met une croix sur la politique». Ouf...

Pauvre p’tit pitou

Le meilleur passage de l’entrevue est cependant celui-ci :

«Avec le recul, il soutient que la politique est néfaste pour la santé physique et mentale. On développe des mauvaises habitudes de vie. On ne fait pas d'exercice du tout. L'alimentation est désorganisée complètement. Et on vit un stress continu, déplore-t-il.»

Comme nos grands-mères disaient : pauvre p’tit pitou ! Au Québec, le poste de premier ministre, qu’on soit compétent ou pas, est bien évidemment très prenant. Les hommes et la seule femme à avoir occupé ce poste se sont néanmoins battus bec et ongles pour y arriver. Personne ne les a forcés à trôner au sommet du pouvoir au Québec.

Leur vie quotidienne est également tout de même dorlotée : chauffeur, gardes du corps, appartement de fonction, un major d’homme pour ses repas et tout ce dont il a besoin, un jet challenger à sa disposition pour les voyages officiels, les meilleurs repas, les meilleurs vins, etc. Bref, la bulle est très stressante, mais néanmoins très confortable. 

Pendant qu’il était premier ministre et sabrait dans les services publics en jurant que c’était pour notre bien – le tout, en gavant ses ex-collègues médecins spécialistes -, on aurait bien aimé qu’il se préoccupe aussi de la «santé physique et mentale» des nombreuses victimes de ses politiques d’austérité. Meilleure chance la prochaine fois.

Le legs Couillard

Avertissement : la suite ne se lit pas sans une bonne tisane calmante, ou deux.

Philippe Couillard, y lit-on aussi, «refuse de se voir comme celui qui a mené le Parti libéral du Québec à sa pire défaite». «J'ai mené le Québec à son plus grand redressement financier économique depuis très, très longtemps», lance-t-il dans son déni habituel.

Pis encore, il s’en dit «excessivement fier. On a mis sur pied des politiques bien structurées qui ne sont pas remises en question du tout.»

Pardon ? 

Dans les faits, le gouvernement Legault hérite de plusieurs pots cassés par les gouvernements Charest et Couillard. 

On n’a qu’à penser, entre autres, à :

La commission spéciale sur la protection de la jeunesse tout juste mise sur pieds après des années catastrophiques dans ce «système» complètement dysfonctionnel.

Après des années d’indifférence sous les libéraux, la nomination d’une ministre responsable des proches aidants.

Des écoles publiques en piteux état et un réseau scolaire, selon le Conseil supérieur de l’éducation, devenu le plus «inégalitaire» au Canada.

Un nationalisme complètement abandonné par le PLQ.

Le refus obstiné d’appliquer les conclusions minimalistes du rapport Bouchard-Taylor.

Un fouillis total à l’UPAC.

Des «réformes» Barrette en santé et services sociaux qui ont enfanté des monstres bureaucratiques inefficaces et où plus personne, par définition, n’est imputable de quoi que ce soit.

Etc.

Dans l’entrevue, Philippe Couillard dit plutôt attribuer la défaite cinglante des libéraux à une «forte volonté de changer le parti au pouvoir» :

«Je pense que les gens avaient besoin de changement. C'est la principale raison, parce que sur le plan des accomplissements, honnêtement, le bilan du gouvernement, il est très, très enviable. Alors je pense que les gens voulaient simplement changer de vis-à-vis politique, et le moment était venu. Il n’y avait plus beaucoup d'écoute sur ce qu'on avait à dire.»

Misère. Plus autruche que cela, tu te fais pousser des plumes.

C’est de SON gouvernement dont l’électorat a voulu changer. Et ce, pour l’ensemble de son œuvre.

Sur la laïcité, il répète son opposition connue. Sur cela, il a droit à son point de vue. Le vrai problème avec sa position était qu’au lieu de l’expliquer, il se servait du sujet pour traiter ses adversaires politiques de xénophobes. Une vraie honte pour un premier ministre.

«Je suis persuadé, dit-il aussi, qu'une société se juge à la façon dont elle traite ses minorités». Certes. Mais un gouvernement est également jugé à la manière dont il traite ses citoyens les plus vulnérables. 

Dans le cas de Philippe Couillard, l’échec en cette matière est indéniable.

Bonne route quand même M. Couillard. Mais comme disent les Anglais : don’t call us, we’ll call you.