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Trudeau et l’avenir des médias

Justin Trudeau
Photo AFP Justin Trudeau

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Les coupures de postes à TVA ont douloureusement rappelé à tous les misères des médias traditionnels. Malgré que le diffuseur ait annoncé il y a quelques mois des parts de marché en augmentation, les revenus font défaut. Tous les experts s’entendent pour dire que ceci n’est pas anecdotique. Comme le disait hier Guy Fournier dans ces pages, « ce n’est qu’un début ».

Les causes sont annoncées depuis longtemps. Les géants du Web ne payent rien. Ils ne sont pas seulement dégagés du paiement des taxes. Ils ont aussi congé de toutes les autres contributions exigées, comme le Fonds des médias. Les joueurs locaux sont traités comme des riches qui versent une péréquation. Les vrais riches, les géants du Web, payent zéro.

Comble de l’ironie, les revenus publicitaires versés par les ministères et organismes sont de plus en plus dirigés vers ces géants du Web. Ils diront ne pas avoir le choix d’aller annoncer sur Google, Facebook ou autre pour rejoindre leur public. Je comprends. Mais avez-vous pensé au ridicule de gouvernements qui donnent des fortunes à des multinationales qui ne leur versent rien en retour ?

On se renvoie la balle

Depuis deux jours, tout le monde a blâmé tout le monde dans la sphère politique. Les libéraux de Justin Trudeau ont blâmé les conservateurs de n’avoir rien fait. Ce n’est pas faux : ils n’ont rien fait, sinon de garantir à Netflix qu’ils ne seront jamais taxés.

Mais après quatre années au pouvoir, c’est quand même pitoyable de référer encore à l’ancien gouvernement. Les oppositions ont raison de blâmer le gouvernement Trudeau pour n’avoir que créé un groupe de travail en quatre ans. Au rythme où vont les choses sous les libéraux, l’industrie des médias va être à l’agonie lorsque les actions arriveront.

À l’Assemblée nationale, tout le monde s’entendait pour blâmer le fédéral. Ils n’ont pas tort. Mais ils n’ont pas fait mieux, libéraux hier comme caquistes aujourd’hui. La députée libérale Isabelle Melançon présentait hier à l’Assemblée nationale les chiffres sur les investissements publicitaires des organismes gouvernementaux québécois.

Le gouvernement du Québec aussi engraisse allègrement les géants du Web pendant que ses médias locaux crèvent de faim. Près des deux tiers des dépenses publicitaires d’un organisme comme l’Office de la langue française, depuis l’automne, ont été octroyés aux géants du Web. Gênant pour un organisme qui intervient dans le grand champ de la culture et des communications.

L’intention libérale

Hier, François Legault a osé parler du risque de n’avoir un jour qu’un seul média, de perdre toute diversité. Personne n’ose évoquer cette hypothèse de la mort de tous les médias privés qui ne laisserait qu’un média traditionnel : Radio-Canada.

Pensez à l’extrême lenteur lorsque le gouvernement Trudeau aborde les problèmes de l’industrie. Comparez avec l’urgence démontrée pour refiler 675 millions à Radio-Canada dès son arrivée au pouvoir. On peut se demander si ce n’est pas le rêve caché de Justin Trudeau. Un monopole d’État à Radio-Canada !