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L’enfance organisée

L’enfance organisée
Photo Adobe stock

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Si vous vous promenez dans mon voisinage par un beau samedi après-midi, vous n’y verrez pas d’enfants jouer dehors. Pas un. Mon quartier ou le vôtre, pas mal sûre que c’est la même affaire.

J’habite un rond-point rempli de familles, et pourtant, chaque fin de semaine, toute trace de vie humaine disparaît mystérieusement. Est-ce que les gens se sauvent tous au ciné ou sont-ils terrés chez eux à écouter la télé ? Ou peut-être sont-ils exilés dans un village éloigné pour un tournoi de soccer ou de hockey, qui sait ? Moi, ce que je sais, c’est qu’aussitôt le week-end arrivé, le grand parc devant chez nous est déserté.

On travaille de longues heures et la journée ne se termine pas toujours lorsqu’on quitte le bureau ou qu’on ferme l’ordinateur portable. Ajoutez à cela l’aller-retour maison-bureau, bureau-maison, et la journée ­s’allonge encore. On fait le taxi, on fait le souper, on garde la maison « ­Pinterest ready », on amuse les petits, on leur propose des activités instagrammables pour les divertir, et cetera, et cetera.

Mine de rien, ça gruge de l’énergie en ti-pépère tout ça.

Coupable

La vérité, c’est qu’on s’inflige tout ça nous-mêmes, et j’en suis la première coupable.

Je suis coupable d’occuper mes enfants sans arrêt : des soirées ciné aux sorties pour s’épivarder, en passant par l’événement familial de l’heure croisé sur les médias sociaux. On passe des après-midi dans des centres de divertissements pour enfants et on paie pour aller courir dans les champs de lavande l’été et pour aller ­cueillir des pommes l’automne. Photos de famille obligent, t’sais.

Tout ça, c’est super. On adore passer du temps ensemble à se fabriquer des souvenirs. Mais tout ça, c’est aussi épuisant.

Je suis pas mal sûre que ma mère n’organisait pas d’activités bricolage pour développer ma motricité fine ou de play-dates pour me permettre de socialiser. Elle avait clairement autre chose à faire, et moi, je me divertissais moi-même. J’allais jouer avec les enfants du voisinage. Si je n’avais rien à faire, j’allais au parc. D’ailleurs, il était toujours plein ­d’enfants, le parc.

Le parc, c’est le royaume de ­l’enfance. On y apprend tout : bouger, grimper, tomber, se la péter, se relever, partager (ou pas), gérer des conflits, faire des tas de feuilles, sauter dedans, manger du sable (les enfants adorent ça !), et une tonne d’autres choses.

Développement naturel

Étant d’une famille avec deux parents travailleurs autonomes, il n’est pas toujours facile de jongler avec les responsabilités du quotidien et l’organisation de la vie de mes petits. Si je gère sans cesse leurs temps libres, quand est-ce que je trouve le temps de faire le lavage et de faire le souper ? Comment mes enfants apprendront-ils à être bien seuls sans que quoi que ce soit ne soit planifié pour les occuper ? Comment arriveront-ils à développer leur imagination ? Comment apprendront-ils à faire des choses sans moi ?

On fait de la parentalité une responsabilité beaucoup plus ardue qu’elle ne l’est en réalité.

Même si nos enfants bénéficient grandement du temps qu’on passe avec eux, ça ne veut pas dire qu’on doit être avec eux en tout temps. Oui, ils peuvent jouer seuls. Oui, on peut plier le lavage pendant qu’ils s’occupent eux-mêmes. Oui, on peut prendre le temps de lire un roman en les laissant se trouver quelque chose à faire.

Au lieu d’organiser l’enfance, laissons-la donc se développer d’elle-même. Et ça passe entre autres par les après-midi à jouer au parc.