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Theresa May part, le Brexit demeure

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La pire des choses qui puissent arriver à une démocratie est que ces dirigeants cessent d’avoir confiance au jugement de sa population. C’est ce qui se produit avec le Brexit.

Bon nombre des élus du parlement britannique refusent la décision des urnes. Les partisans du Brexit ont pourtant remporté le référendum à 52 %. Mais certains élus voudraient tenir un nouveau référendum sur le Brexit. D’autres, insatisfaits de clauses de divorce avec l’Europe, voudraient encore tenter d’ultimes négociations avec Bruxelles. En réalité, toutes les réticences contre le Brexit proviennent de gens qui rejettent les résultats du référendum. Leur comportement est antidémocratique.

1. Un nouveau premier ministre conservateur ferait-il adopter l’entente conclue avec l’Europe ?

C’est douteux. Devant l’impossibilité de faire accepter par une majorité d’élus l’entente de Brexit qu’elle avait conclue avec l’Europe, la première ministre Theresa May aurait dû déclencher des élections. C’est précisément ce à quoi servent des élections, quand les parlementaires ne parviennent plus à s’entendre. Au lieu de cela, elle s’est obstinée à tenter de les convaincre, puis elle a fini par démissionner. Il est improbable qu’un nouveau premier ministre conservateur parvienne à rallier assez de députés pour faire adopter l’entente de Brexit. Le blocage ne tient pas vraiment à la personnalité de Mme May, mais à la composition du parlement, même si on peut spéculer qu’une autre personne aurait peut-être été plus habile à rallier une majorité de députés.

2. La Grande-Bretagne est-elle condamnée à un Brexit dur ?

Il y a de très fortes probabilités que la Grande-Bretagne subisse un Brexit dur, c’est-à-dire qu’elle quitte l’Union européenne sans bénéficier de l’entente qu’elle a négociée avec elle. Mais il est également possible que les adversaires du Brexit parviennent à tenir un second référendum sur le Brexit. Ce second référendum, en cas de victoire des opposants au Brexit, plongerait la Grande-Bretagne dans une crise de légitimité comme elle en a rarement vécu.

3. Pourquoi un nouveau référendum sur le Brexit serait-il un problème démocratique ?

Les partisans du Brexit se sentiraient trahis par leurs représentants, avec raison. Le processus démocratique en entier s’en trouverait discrédité à leurs yeux. Quand on accepte de jouer le jeu de la démocratie, il faut le jouer jusqu’au bout. Le gouvernement britannique aurait pu ne pas tenir de référendum sur le Brexit. Mais alors des partis pro-Brexit seraient tôt ou tard parvenus au pouvoir.

Par ailleurs, si la Grande-Bretagne tient un nouveau référendum sur le Brexit, alors les indépendantistes écossais voudront en tenir eux aussi un nouveau sur l’indépendance de l’Écosse.

4. Le Brexit nuit-il à l’économie ?

Les grands malheurs annoncés en raison du Brexit ne se sont toujours pas matérialisés. Les grands bonheurs non plus. L’inflation, à 3,1 % est plus forte que la cible de 2 %, mais le chômage a chuté à 3, 8 %, un record depuis 1975.

5. Pourquoi l’Union européenne ne satisfait-elle pas certains Anglais ?

Une partie des Britanniques rêve toujours de la grandeur de l’empire perdu, en même temps qu’elle est déçue des promesses de l’Union européenne. C’est que l’Union européenne ne peut pas être au service des anciennes grandes puissances de l’Europe.

L’Union européenne a longtemps été une alliance politique, économique, culturelle et militaire. Elle veut maintenant dépasser ce stade de simple alliance et transcender les nations qui la composent, au nom d’un idéal européen. Le problème est que personne ne sait plus très bien en quoi consiste cet idéal.