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«Dans son ombre» de Chrystine Brouillet: Maud Graham reprend du service

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Photo Jean-François Desgagnés

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La talentueuse Chrystine Brouillet a laissé passer deux années avant d’offrir un nouveau «Maud Graham» à ses lecteurs. Ils sont récompensés pour leur patience : Dans son ombre, son nouveau roman, propose deux enquêtes qui se chevauchent et des personnages aux desseins tordus. Des adolescents se retrouvent également au cœur de l’action, ajoutant une dose d’imprévisibilité à l’histoire.

«Retrouver Maud, c’est être en ­famille : je la connais par cœur, je connais les gens qui sont avec elle», commente Chrystine Brouillet, en entrevue.

«L’avantage d’avoir une série et d’être avec elle depuis plus de 20 ans, c’est un cadeau, parce que je peux me concentrer sur les personnages qui sont nouveaux dans l’intrigue. J’ai les coudées franches et je n’ai pas à me dire : mon Dieu, que va faire Maud, comment va réagir Alain, que devient Maxime... C’est naturel.»

«Maud Graham est tellement installée que je n’ai plus à penser à elle. Alors je peux me concentrer sur des intrigues plus tordues.»

La fugue

Dans ce roman, elle avait vraiment envie de parler de la fugue.

«Je trouve ça extrêmement angoissant, ces histoires d’enfants qui fuguent. On lit ça parfois dans les faits divers. Je me dis que les parents doivent s’arracher les cheveux. Moi, si ma chatte ne rentre pas quand je l’appelle, je panique ! Alors, imaginez quand un enfant ne rentre pas coucher : je deviendrais folle.»

Elle est donc partie de cette idée, mais au moment où elle finissait le plan de son histoire, la série Fugueuse a été diffusée à la télé. Elle a dû réajuster le tir.

«Je me suis dit, si au lieu d’avoir une mère qui s’inquiète pour sa fille, on avait une mère qui est contente que sa fille disparaisse? On n’est plus du tout dans la même dynamique... et on est dans quelque chose d’encore plus tordu. Quand j’ai trouvé ça, je me suis dit, je suis sauvée, je n’ai pas fait cette recherche inutilement», dit-elle.

Les ados imprévisibles

Elle a aussi intégré des adolescents ­rebelles à son histoire... Ces jeunes étant «une mine d’or pour un auteur de polar – pour moi en tout cas», dit-elle.

Leur caractère parfois imprévisible et leur pensée magique lui sont utiles, du point de vue romanesque.

«Ils se mettent dans des situations périlleuses parce qu’ils ne réfléchissent pas à l’après, à ce qui peut arriver.»

Elle donne en exemple les fameux bals de fin d’année, où il y a toujours une histoire d’accident, de jeunes qui ont pris le volant après le party de bal.

«Chaque année, ils boivent, ils font de la vitesse. Ils savent qu’il ne faut pas faire ça, mais ils le font quand même parce qu’eux, ça ne leur arrivera pas. Ils sont invulnérables...», note-t-elle.

Maud vieillit

Par ailleurs, Maud prend de l’âge, voit Maxime qui progresse dans sa jeune carrière de policier, s’inquiète pour lui. «Je ne peux pas garder Maud éternellement à 45 ans. Il faut qu’elle vieillisse. Quand je l’ai créée, je voulais créer une femme ordinaire qui fait un métier extraordinaire. Je l’ai répété souvent, mais c’est vraiment ça qui me guidait. Et une femme ordinaire, malheureusement, vieillit. Ce n’est pas facile pour elle, et elle n’aime pas ça. Elle est flattée que Maxime fasse son métier, mais en même temps, elle est inquiète.»

Chrystine ajoute que Maud sera bien obligée de prendre sa retraite, mais qu’elle n’a pas du tout envie d’arrêter d’écrire des Maud Graham. «Je prépare la retraite de Maud et dans quelques années, ce sont les enquêtes de Maxime qu’on va suivre. Ce sera... Graham et fils!»

► Chrystine Brouillet poursuit ses chroniques littéraires à Salut Bonjour!.

► Elle va bientôt se plonger dans l’écriture de son prochain roman.

EXTRAIT

<b><i>Dans son ombre</i></b><br>
Chrystine Brouillet<br>
Éditions Druide<br>
364 pages
Photo courtoisie, Éditions Druide
Dans son ombre
Chrystine Brouillet
Éditions Druide
364 pages

«La boîte aux lettres ne contenait qu’une invitation à une exposition au Musée des beaux-arts du Québec. Rien d’autre. Aucune nouvelle lettre anonyme. Martin Chevrette poussa un long soupir : il savait que cet instant de soulagement serait vite chassé par l’angoisse, qu’il ne pouvait se réjouir de ne pas avoir reçu une nouvelle missive, car ce silence n’indiquait en rien que le corbeau avait renoncé à l’affoler.»

 – Chrystine Brouillet, Dans son ombre, Éditions Druide