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[PHOTOS] Vous mangez du plastique dans votre assiette

Les déchets qu’on retrouve dans le fleuve affectent aussi la chaîne alimentaire

En pleine saison de la pêche aux homards, Pierrot Aucoin, qui cumule plus de 20 ans d’expérience, raconte qu’il récolte à l’occasion des déchets de plastique dans ses casiers. La veille de notre passage sur son bateau, une bouteille de plastique a été remontée avec les populaires crustacés.
Photo Simon Clark En pleine saison de la pêche aux homards, Pierrot Aucoin, qui cumule plus de 20 ans d’expérience, raconte qu’il récolte à l’occasion des déchets de plastique dans ses casiers. La veille de notre passage sur son bateau, une bouteille de plastique a été remontée avec les populaires crustacés.

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La pollution par le plastique dans le fleuve affecte «sans aucun doute» les poissons, crustacés et mammifères marins, et, par le fait même, la chaîne alimentaire, estiment des spécialistes interrogés par Le Journal.   

«Si un poisson a du plastique dans son système, ça peut se dégrader et aller dans son sang [...] Il y a des composés chimiques que nous mangeons probablement avec le poisson. Des particules de plastique, des chercheurs en ont trouvé dans les moules, il y en a dans le sel, dans la bière, dans l’eau en bouteille. C’est trop petit pour être filtré», explique la chercheuse en écologie marine, Lyne Morissette.  

Lyne Morissette, chercheuse en écologie marine
Photo Simon Clark
Lyne Morissette, chercheuse en écologie marine

Un fléau mondial 

Samedi, Le Journal révélait que les plages des Îles-de-la-Madeleine se retrouvent souillées par des déchets de plastique, le Québec n’étant pas épargné par ce fléau mondial.   

Or, cette pollution affecte aussi la chaîne alimentaire.  

Des biologistes ont d’ailleurs confié au Journal avoir retrouvé du plastique et des microplastiques à l’intérieur de tortues luths présentes dans le golfe, de homards, de cachalots et d’oiseaux marins, au cours des dernières années.  

En pleine saison de la pêche aux homards, Pierrot Aucoin, qui cumule plus de 20 ans d’expérience, raconte qu’il récolte à l’occasion des déchets de plastique dans ses casiers. La veille de notre passage sur son bateau, une bouteille de plastique a été remontée avec les populaires crustacés.
Photo Simon Clark

Les recherches qui permettraient de mesurer la quantité de plastique présent dans les poissons et mammifères marins tardent encore au Québec, ce qui préoccupe des biologistes.  

Selon un récent rapport de la WWF-Canada, la moitié des espèces de vertébrés surveillés au Canada sont en déclin et leurs populations ont diminué en moyenne de 83% entre 1970 et 2014. Les changements climatiques et la pollution par le plastique font partie des principales causes.

«Le jour où on va savoir qu’il y en a [des composés chimiques du plastique] dans notre crabe, nos moules, le monde va allumer et va arrêter de penser que c’est juste ailleurs [...] Moi, je suis certaine qu’il y en a», soutient Mme Morissette. «C’est tellement gros, ça fait tellement peur et c’est tellement dégueulasse que les gens se disent que ce n’est pas chez eux», déplore-t-elle.  

 Intoxication, étouffement et mort 

La pollution par le plastique affecte durement la faune marine, expliquent des chercheurs consultés par Le Journal. 

L’ingestion de gros morceaux de plastique peut causer la mort de poissons et mammifères marins, soit par étouffement ou en les privant de nourriture, lorsque ces débris prennent toute la place dans leur estomac.  

Les sacs de plastique sont par ailleurs le plus grand ennemi des mammifères marins, qui ingèrent tout sur leur passage. Mais, selon les experts, la tortue luth et le poisson-lune, qui se nourrissent de méduses, sont les plus vulnérables.  

En pleine saison de la pêche aux homards, Pierrot Aucoin, qui cumule plus de 20 ans d’expérience, raconte qu’il récolte à l’occasion des déchets de plastique dans ses casiers. La veille de notre passage sur son bateau, une bouteille de plastique a été remontée avec les populaires crustacés.
Photo Simon Clark

«Nous sommes en train de les détruire [les tortues luths]. Elles sont le plus grand prédateur de méduses au monde et il n’y a rien qui ressemble plus à une méduse dans l’eau qu’un sac de plastique», explique le plongeur d’expérience, Mario Cyr.   

Au Canada, une étude réalisée par des chercheurs universitaires de Toronto, de Guelph et de la Nouvelle-Écosse a démontré que 34% des tortues luths ont déjà ingéré du plastique au cours de leur vie.  

 Les oiseaux, victimes collatérales 

Pour leur part, les chercheurs en biologie Jennifer Provencher et Mark Mallory ont par ailleurs prouvé que les oiseaux marins sont aussi des victimes collatérales de la pollution par le plastique.  

Jennifer Provencher, chercheuse en biologie
Photo courtoisie
Jennifer Provencher, chercheuse en biologie

Sur 98 espèces étudiées au pays, 39 avaient un ou plusieurs morceaux de plastique dans leur organisme. De ce nombre, 16 vivent aux abords du fleuve Saint-Laurent et ont de «très hauts risques» d’avoir aussi ingéré du plastique, estime M. Mallory.  

 Particules 

«Ces oiseaux, dans la famille de l’albatros, se nourrissent sur l’eau en attrapant des morceaux à la surface. Quand ils ingèrent du plastique, ils peuvent faire des ulcères par exemple, mais ça peut aussi mener à une augmentation des contaminants dans leurs corps», explique Mme Provencher, biologiste et chercheuse pour Environnement et Changement climatique Canada.  

 Que sont les microplastiques?    

  •  Le plastique met plusieurs centaines d’années à se détériorer dans la nature. Avec le temps, il se désagrège en milliers de particules de tailles inférieures à 5 millimètres, appelés microplastiques. Ceux-ci, qui renferment des contaminants chimiques, peuvent être ingérés par les poissons et les mammifères marins, puis infiltrer la chaîne alimentaire.    
Les biologistes Sarah Wong, du Service canadien de la Faune (ci-dessus) et Mark Mallory, professeur et chercheur à l’Université Acadia ont tous deux découvert bon nombre de microplastiques d’à peine quelques millimètres de diamètres dans l’estomac de fulmars, des oiseaux marins.
Photo courtoisie
Les biologistes Sarah Wong, du Service canadien de la Faune (ci-dessus) et Mark Mallory, professeur et chercheur à l’Université Acadia ont tous deux découvert bon nombre de microplastiques d’à peine quelques millimètres de diamètres dans l’estomac de fulmars, des oiseaux marins.
  •  On estime que les océans du monde contiennent au-delà de 51 milliards de microplastiques, ce qui est 500 fois plus que le nombre d’étoiles dans notre galaxie. Et, le fleuve Saint-Laurent ne fait pas exception, selon ce que rapporte une étude réalisée en 2014 par l’Université McGill, qui a démontré la présence de microplastiques chez nous, en concentrations aussi élevées que dans les milieux marins les plus contaminés du monde.    
En pleine saison de la pêche aux homards, Pierrot Aucoin, qui cumule plus de 20 ans d’expérience, raconte qu’il récolte à l’occasion des déchets de plastique dans ses casiers. La veille de notre passage sur son bateau, une bouteille de plastique a été remontée avec les populaires crustacés.
Photo courtoisie
  •  Les microplastiques peuvent aussi provenir de différents produits cosmétiques et de produits de nettoyage. Ces produits seront toutefois interdits au Canada dès le 1er juillet prochain.    

 Des chiffres troublants    

  •  1 camion poubelle rempli de plastiques est déversé dans l’océan chaque minute. 
  •  1 million de bouteilles en plastique achetées chaque minute dans le monde. 
  •  2 millions de sacs à usage unique distribués chaque minute dans le monde. 
  •  70 000 particules de microplastiques ingérées chaque année par un Américain moyen. 
  •  37% des plastiques recyclables se retrouvent à la poubelle au Québec. 
  •  40% augmentation de la production du plastique dans le monde, si l’on continue à ce rythme. 
  •  396 millions de tonnes de plastique produit en 2016 dans le monde, soit 53 kg par personne. 
  •  3,25 millions de tonnes de déchets de plastique générés chaque année au pays. 
  •  18% des déchets plastiques provenant des résidences sont envoyés aux fins de recyclage. 
  •  57 millions de pailles utilisées quotidiennement au Canada.   

 Source: Greenpeace, Recyq-Québec, Équiterre, WWF et Environmental Science & Technology