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Une réforme de l’immigration nécessaire

Simon Jolin-Barrette, <i>ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion</i>
Jean-Francois Desgagnés Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion

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Le pragmatisme commande d’être à l’écoute des citoyens et de tenir compte de l’intérêt public.

Vendredi dernier, le ministre Simon Jolin-Barrette a déposé « La planification de l’immigration au Québec pour la période 2020-2022 », un document de consultation où il a précisé que les niveaux seraient haussés « progressivement » de 49 500 à 52 500, à l’horizon de 2022. Le gouvernement se donne ainsi trois ans pour réformer le système de sélection et d’intégration des immigrants qui a connu plusieurs ratés sous le gouvernement libéral de Philippe Couillard.

Un enjeu sensible

La consultation publique débutera, le 12 août prochain, en commission parlementaire. Soumettre un enjeu aussi sensible au débat public n’est pas chose commune dans les pays occidentaux.

Le faire à l’Assemblée nationale est un signe de maturité politique, découlant de l’Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration de la ministre Monique Gagnon-Tremblay, en 1990.

C’est dire qu’au Québec, nous sommes rompus à cet exercice démocratique. Nos élus ne se rendront pas service s’il fallait retomber dans les invectives partisanes.

Osons donc croire que la planification pluriannuelle qui s’en dégagera sera consensuelle.

Emploi Québec prévoit que le nombre de postes à pourvoir entre 2017 et 2026 sera de 1,4 million. Il serait cependant illusoire de penser qu’ils seront tous comblés par le seul apport de l’immigration.

Priorité à l’économie

Sur la cible de 52 500 que le gouvernement veut atteindre en 2022, 65 % seraient des immigrants économiques, pour la plupart des travailleurs qualifiés qui se destineraient au marché du travail. Afin de faciliter leur intégration à l’emploi et à la société québécoise, une priorité est donnée aux résidents temporaires ayant une expérience québécoise.

Il en va de même pour les étudiants étrangers diplômés d’institutions reconnues d’ici et ayant une connaissance préalable du français. Exit l’attente infinie des équivalences de diplômes. Ces travailleurs potentiels ne seraient plus sélectionnés en fonction du critère du « premier arrivé premier servi », mais en fonction de leurs profils professionnels et de leur potentiel d’intégration. Sur simple dépôt de leur déclaration d’intérêt sur la plateforme Arrima, si leur profil correspond aux besoins du marché du travail, ils seraient invités à présenter une demande de sélection permanente.

Autre orientation intéressante : le gouvernement entend appuyer les entreprises dans toutes les régions du Québec pour les aider à recruter des travailleurs étrangers temporaires pour combler leurs besoins immédiats.

Connaître n’est pas adhérer

Au total, le gouvernement propose dix nouvelles orientations. Certaines susciteront des consensus, d’autres pas, et une en particulier fera couler beaucoup d’encre : l’orientation no 7 sur le test des valeurs.

Elle vise à « favoriser la sélection de personnes immigrantes connaissant les valeurs démocratiques et les valeurs québécoises exprimées par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. » De prime abord, qui s’opposerait à ce que les nouveaux arrivants connaissent les valeurs démocratiques ?

Sauf que les valeurs exprimées dans la Charte des droits sont des valeurs universelles et non spécifiquement québécoises. Des valeurs pour lesquelles les peuples des pays sources d’immigration luttent au prix de leur vie.

Certes, il y a des immigrants qui ne s’adapteront jamais, car ils chercheront toujours à adapter la société d’accueil à leur propre vision du monde.

Ceux-là connaissent la Charte des droits par cœur, pour mieux la pervertir... Ce n’est pas un test des valeurs qui va les en dissuader. Car connaître ne signifie pas adhérer.