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Une vague? Un tsunami de migrants!

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Donald Trump en a assez. Son électorat en a assez. Et pourtant, pas simple de freiner la montée de migrants d’Amérique centrale vers la frontière américaine. La menace, maintenant abandonnée, d’imposer 5 % de droits de douane à tout ce que le Mexique exporte aux États-Unis a peut-être fait bouger les autorités mexicaines, mais ce n’est que partie remise. Des migrants, en voulez-vous ?

En voilà !

Les raisons poussant les gens à fuir leur village, leur ville, leur coin du monde et à s’expatrier sont nombreuses et complexes. Elles vont des gangs au Salvador à la guerre civile en Syrie en passant par la sécheresse au Sahel et l’islamophobie au Myanmar.

Aucun indice, aucun repère ne signale que cette réalité changera prochainement, que la situation se calmera bientôt. Au contraire ! Les bouleversements climatiques affectent toujours plus sévèrement les récoltes, réduisant les espaces cultivables, multipliant les conflits pour les ressources et jetant encore plus de déshérités sur les routes de l’exil.

Ces migrants débordent d’abord dans les pays qui entourent le leur comme on l’a vu avec les Syriens qui ont trouvé refuge en Turquie (3,5 millions), au Liban (un million), en Jordanie (660 000) et en Irak (230 000). Bon nombre d’entre eux – plus d’un million – ont aussi été « accueillis » en Europe, contribuant à un populisme xénophobe dont l’expansion se poursuit ; il s’agit de consulter les résultats des récentes élections européennes.

SURPOPULATION & SÉCHERESSE

L’Institut Hoover de l’Université Stanford a publié le mois dernier une étude préoccupante, pour ne pas dire affolante, sur le défi pour les démocraties occidentales – et bien sûr, la nôtre – que poseront les vagues de migrants qui continueront de monter du sud. Parce qu’il faut se faire à l’idée que la marée reste montante.

Un boum des naissances est attendu en Afrique sub-saharienne, en Asie du Sud et en Amérique centrale. Le Niger (7,2 enfants par femme), la République démocratique du Congo (6) et le Nigeria (5,5) donnent déjà le ton, alors que le Guatemala et ses dix-sept millions d’habitants ne se sont toujours pas remis de la sécheresse des quatre dernières années.

Du coup, pas étonnant que 132 000 Guatémaltèques aient été arrêtés à la frontière mexicano-américaine entre octobre et mars, plus que pour que toute autre nationalité. Ils incarnent à eux seuls ce qui doit être accompli à petite et immense échelle : investir là-bas pour que la population y trouve du travail et une raison de rester, mais aussi réfléchir aux moyens de compenser les effets dévastateurs des changements climatiques sur ces économies vulnérables.

SE PRÉPARER AU PIRE

Les chercheurs de l’Institut Hoover soulignent toutefois à quel point il est inexact de comparer ces vagues migratoires à une invasion, tel que le fait le président américain. Attila et ses Huns, à leur époque, voulaient piller l’Empire romain ; les pseudo-envahisseurs d’aujourd’hui sont plutôt à la recherche d’opportunité pour améliorer leur sort et créer de la richesse dans leur pays d’adoption. Nos économies, insistent les universitaires californiens, ont besoin de jeunes travailleurs pour compenser le vieillissement de notre main-d’œuvre. L’immigration – bien réglementée et en nombre gérable – contribue à la prospérité de tous. On peut discuter de la quantité et des valeurs à partager, mais pas de la possibilité que la vague se brise et que la mer se calme. N’en doutez pas, on va continuer de cogner à notre porte. Et de plus en plus fort.

UN MONDE EN MOUVEMENT

Pourcentage des gens vivant en dehors de leur pays de naissance

  • Bosnie-Herzégovine 32 %
  • Albanie 28 %
  • Jamaïque 28 %
  • Syrie 28 %
  • Arménie 26 %
  • Canada 5 %

(Pew Research Center, Janvier 2019)

Pourcentage de la population née à l’étranger :

  • Émirats arabes unis 88 %
  • Koweït 76 %
  • Qatar 65 %
  • Bahreïn 48 %
  • Singapour 46 %

Chez les pays occidentaux :

  • Suisse 30 %
  • Australie 29 %
  • Nouvelle-Zélande 23 %
  • Canada 21 %
  • Autriche 19 %

(Pew Research Center, Janvier 2019)

(Source : Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) 019)