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Éducation, santé, choix de société

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Plusieurs ont sursauté en apprenant que la mesure choisie pour inciter les médecins omnipraticiens à prendre plus de patients en charge serait une nouvelle prime. Encore. 

La ministre de la Santé Danielle McCann s’est trouvée bien en peine pour justifier cette décision, du même ordre que celles dénoncées vigoureusement par la CAQ de François Legault dans l’opposition. Les 46 millions qui seront versés proviendraient de sommes prévues par l’ancien gouvernement libéral, et leur attribution aurait été déterminée par la Fédération des ­médecins omnipraticiens. 

Encore cet étrange privilège des membres de cette profession qui déterminent entre eux comment ils se partageront les 8 milliards d’impôts que nous leur consacrons annuellement. 

Du fric 

Sous les libéraux, on avait une manière simple, mais simpliste, de comprendre le zèle avec lequel le gouvernement graissait les médecins pour les remercier de continuer de seulement exister. On se disait que Philippe Couillard et Gaétan Barrette récompensaient leurs anciens collègues, ces « gros travaillants » comme Yves Bolduc, qu’ils s’empresseraient peut-être de rejoindre une fois sortis de la politique. 

Maintenant, avec la CAQ, on a l’impression que ça relève d’un réflexe quasi atavique. On veut que les Québécois soient plus et mieux soignés ? Vite, un chèque aux médecins ! 

Bref, ça n’a rien à voir avec la couleur partisane. Quand un médecin se pointe, on lui offre du fric, au cas où il lui en manquerait et même si lui-même se demande s’il en a ­vraiment besoin. 

Priorité éducation 

Rendu à ce niveau, ça relève d’un choix de société. Notre collectivité vieillissante et angoissée gâte ses toubibs plutôt que de se demander de quoi elle aura besoin demain. 

La réponse, pourtant, c’est la priorité affichée de notre actuel gouvernement, et il s’agit de l’éducation. 

On parle beaucoup des maternelles 4 ans, ces temps-ci, que certains défendent simplement en disant que nos enfants méritent quelques investissements. C’est une idée qui, certes, ne leur nuira pas, même si elle coûtera beaucoup plus cher que ce qui avait été promis en campagne électorale. 

Surtout, est-ce vraiment la meilleure manière d’utiliser toutes ces ressources ? Marc St-Pierre, enseignant, orthopédagogue et directeur d’école, fut parmi les premiers défenseurs de l’élargissement de la maternelle. Sur une plateforme du Journal en mars dernier, il disait toutefois que de généraliser cette approche, qui vise notamment à dépister plus tôt les difficultés d’apprentissage, ne servirait à rien si on n’ajoutait pas en aval plus de soutien aux élèves. 

Bref, les maternelles 4 ans, en prendre moins, mais en prendre soin, disait-il, reprenant un slogan caquiste. 

Penser à l’avenir 

Ils sont déjà là, les profs et les orthopédagogues susceptibles de faire la différence dans la vie de nos enfants. Ils sont là, mais ils sont à bout de souffle. Ils ont besoin d’être plus nombreux, mieux formés et plus soutenus. 

Si on pensait à l’avenir du Québec plutôt que de s’inquiéter des conséquences de notre passé, on arrêterait d’augmenter les médecins. Dans un contexte où les ressources financières sont limitées, on n’investirait pas simplement dans le béton pour construire de nouvelles classes. 

Dans un Québec qui regarderait loin, on donnerait de l’air aux professionnels qui jouent le rôle le plus important pour notre avenir, c’est-à-dire tous les éducateurs et les enseignants qui travaillent avec nos jeunes. 

C’est une question de choix de société.