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Le cauchemar de l’infertilité

Après cinq échecs en fécondation in vitro, un couple de la Montérégie espère que la sixième fois sera la bonne

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Chanel Whaley et Jonathan Delorme de Napierville désespèrent d’avoir un jour un enfant. Le couple, infertile, multiplie les fécondations in vitro, sans succès jusqu’ici.

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Après cinq échecs en fécondation in vitro, un couple infertile de la Montérégie qui a déjà investi plus de 30 000 $ dans son rêve d’avoir un enfant met tous ses espoirs dans son sixième et dernier embryon.

« Ma sœur et mes cousins sont mes meilleurs amis. Quand je pleure, c’est ma mère que j’appelle. On soupe en famille tous les samedis [...] Mais moi je ne vivrai pas ça ? Ça me fait de la peine [d’y penser] », souffle

Chanel Whaley, qui caresse le rêve d’avoir un enfant avec son mari depuis toujours.

Son mari Jonathan Delorme et elle rêvaient d’abord d’avoir un enfant avant de se marier. Mais le couple de Napierville a dû y renoncer voyant ses tentatives n’aboutir à rien.

Leur monde s’est effondré il y a plus de quatre ans, quand une première visite à une clinique de fertilité a confirmé leurs pires doutes. Le sperme de M. Delorme ne contenait pas de spermatozoïdes, rendant impossible la fécondation des ovules de son épouse.

Pas d’adoption

« J’ai eu droit à des “tu devrais me laisser’’ ou “je pourrai jamais te donner ce que tu veux’’ », se souvient avec émotion la jeune femme de 28 ans.

Le couple n’était pas prêt à se tourner vers l’adoption ou à un donneur anonyme, par exemple. « Tu veux que [ton enfant] ait tes gènes, qu’il te ressemble », souffle Jonathan Delorme.

Ils ont ainsi consulté une deuxième clinique de fertilité. Une biopsie sur l’homme de 31 ans leur a donné une lueur d’espoir. Il produisait des spermatozoïdes, ont confirmé les médecins. Ils ne savent cependant pas ce qui bloque les canaux, notamment. Les spermatozoïdes sont aussi trop « paresseux » selon le couple, empêchant l’insémination artificielle.

Leur seule option était donc la fécondation in vitro. Les médecins ont prélevé une vingtaine d’ovules de Chanel Whaley. Une douzaine étaient assez matures pour être fécondés, gardant ensuite seulement les six embryons de meilleure qualité.

Le premier transfert dans l’utérus d’un embryon n’a « pas du tout fonctionné », soutient Mme Whaley. Il était plus naturel, avec moins de médicaments et d’hormones, dit-elle.

32 000 $

Six semaines après le deuxième transfert, les médecins ont vu que l’embryon n’avait pas développé de cœur. « C’était une coquille », souffle Mme Whaley, qui a dû subir une fausse couche.

Leurs essais successifs se sont aussi soldés par des échecs. Leur cinquième était en mars dernier. Ils ont donc choisi de prendre leur sixième et dernier embryon et de tenter l’expérience dans une troisième clinique.

Garder le moral à travers ces épreuves a été dur.

Mais comme si ce n’était pas assez, le couple a aussi englouti environ 32 000 $ dans son rêve jusqu’à maintenant. Coiffeuse, la jeune femme multiplie quant à elle les semaines de 75 heures de travail quand elle peut.

« En plus que le moral est à terre, je ne peux pas être avec elle, car on est obligés de travailler », déplore M. Delorme.

Ce dernier, qui est technicien en informatique au gouvernement, « flippe des burgers » la fin de semaine dans un aréna pour joindre les deux bouts. Un deuxième travail difficile, car il voit défiler les parents accompagnés de leurs enfants au hockey ou au patinage artistique.

Le prélèvement d’ovules avait été si douloureux que Chanel Whaley s’était juré qu’elle ne le referait plus jamais. Qu’arrivera-t-il si le sixième essai se solde lui aussi en échec ? « Je vais le refaire », assure-t-elle, incapable de baisser les bras.

La baisse de la fertilité dans le monde inquiète

La baisse de fertilité chez les couples observée partout dans le monde inquiète de plus en plus le spécialiste Pierre Miron de chez Fertilys, qui implore le gouvernement d’agir pour protéger les couples.

Les épreuves vécues par Chanel Whaley et Jonathan Delorme de Napierville sont loin d’être uniques, selon le gynécologue, dont la charge de travail n’a aucunement baissé depuis que le gouvernement a cessé de rembourser la fécondation in vitro.

De plus en plus d’études tirent la sonnette d’alarme en voyant la quantité de spermatozoïdes dans le sperme des hommes chuter considérablement.

Le Dr Miron souligne qu’à ses débuts, la norme établie par l’Organisation mondiale de la santé était de 60 millions de spermatozoïdes par millilitre prélevé. Aujourd’hui, cette norme est quatre fois moindre, soit 15 millions de spermatozoïdes par millilitre.

Prévention

« Chez l’homme, c’est plus facile à vérifier », dit-il, mais l’infertilité se présente autant chez l’homme que chez la femme dans sa pratique.

Une étude de Statistique Canada a révélé que l’infertilité avait doublé en 20 ans. « En 1984, on estimait que 5,4 % des couples vivaient une infertilité, alors qu’en 2009-2010, on estimait que 12 % à 16 % des couples vivaient une infertilité », peut-on notamment lire dans l’étude.

Pierre Miron plaide pour davantage de prévention de la part des gouvernements. Or, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ne fait aucune étude sur la fertilité des Québécois.

Selon le gynécologue, il relève des responsabilités des gouvernements de s’assurer que la population n’est pas exposée à divers produits toxiques pouvant perturber le corps humain. L’environnement a un impact sur la fertilité humaine, dit-il. La pollution et les perturbateurs endocriniens peuvent être des sources de problèmes de fertilité.

Les mauvaises habitudes de vie ont aussi un rôle dans l’infertilité, ajoute le spécialiste. Le surpoids peut affecter la reproduction, par exemple. Sa clinique de Laval a notamment embauché une nutritionniste dernièrement pour mieux accompagner les couples qui cherchent de l’aide.