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Les clowns du G20

Depuis Donald Trump, sous prétexte de sécurité nationale, des sanctions commerciales immédiates peuvent être infligées aux États qui ne suivent pas les politiques de Washington.
Photo AFP Depuis Donald Trump, sous prétexte de sécurité nationale, des sanctions commerciales immédiates peuvent être infligées aux États qui ne suivent pas les politiques de Washington.

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Ils sont marrants les ministres des Finances du G20. Comme ça, dans leurs complets sombres, ils semblent austères, mais ce sont de joyeux drilles. En réunion au Japon ce week-end, ils viennent d’annoncer qu’ils soutenaient des règles commerciales communes pour 2020 et que les échappatoires fiscales dont jouissent des compagnies comme Facebook et Google seraient bouchées.

Comment ? Vous ne voyez pas ce qui est drôle là-dedans ? Simple : ces règles ne correspondent pas du tout à ce que font les grandes puissances commerciales. C’est comme si ces braves ministres nous disaient que désormais les objets vont tomber vers le haut.

Le contre-exemple américain

Par exemple, les États-Unis n’ont jamais hésité à isoler leurs ennemis commercialement. Ils ont franchi avec Donald Trump une nouvelle étape. Désormais, sous prétexte de sécurité nationale, des sanctions commerciales immédiates peuvent être infligées aux États qui ne suivent pas les politiques exigées par Washington. Le Mexique vient de goûter à cette nouvelle arme politique dans le dossier de l’immigration.

Une organisation internationale s’est-elle élevée contre cette pratique belliqueuse américaine ? Non. Les seuls qui ont eu le courage de dénoncer cette pratique sont les adversaires démocrates du président américain.

Le G20 va-t-il y changer quelque chose ? J’ai hâte de voir la réaction de Trump quand ses homologues vont lui demander de se soumettre à des règles communes. La tête qu’ils vont faire.

Le contre-exemple chinois

La Chine, la plus grande puissance commerciale au monde, exerce le même type de pression sur le Canada. Alors que la vice-présidente de Huawei est emprisonnée au Canada à la demande des États-Unis, ne voilà-t-il pas que Pékin cible méthodiquement toutes les exportations canadiennes vers la Chine, sous divers prétextes tous plus fallacieux les uns que les autres.

Entend-on beaucoup d’organisations internationales protester contre cette instrumentalisation des règles commerciales ? Quand au G20 les autres chefs d’État vont expliquer à Xi Jinping que la Chine ne peut pas faire ça au ­Canada, il va sûrement trouver la blague bien bonne.

De quelles règles commerciales communes parle-t-on ? De celles qui sont communes aux très grandes puissances ou de celles qui sont communes aux autres pays ?

Le contre-exemple des multinationales

Mais le plus comique, c’est l’annonce de la fin des échappatoires fiscales dont jouissent les grandes multinationales en technologies de l’information. C’est un peu comme les fameux papiers du Panama. Est-ce qu’ils ont remis en question les paradis fiscaux ? Non. J’ai le sentiment que les dirigeants de ces grandes compagnies doivent bien rigoler à l’annonce d’un plus grand contrôle de leurs échappatoires fiscales.

Le monde est en train de changer radicalement. Les vieilles règles commerciales qui faisaient l’affaire des États-Unis et de leurs alliés sont en train d’être remplacées par de nouvelles règles qui seront à l’avantage de la Chine. En attendant, les ministres des Finances peuvent bien essayer de s’entendre sur toutes les mesures qu’ils veulent, elles ne seront jamais que transitoires.

Il faut dire que le G-20 n’a jamais vraiment décidé rien. Les déclarations qui en sortent sont surtout destinées à rassurer sur l’état de l’économie mondiale. Mais il serait temps que ses membres soient plus réalistes.