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Cancer incurable au cerveau: un père abandonné par le système

L’homme de 29 ans souffre d’un cancer, est inapte au travail et ne reçoit plus d’argent du gouvernement

Le gouvernement coupe l'aide sociale d'un père atteint du cancer
Photo Amélie St-Yves Diane Monette et son fils Marc-Alexandre Gaudreau derrière des piles de demandes faites pour le sortir de cette situation.

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 FARNHAM | Un père de 29 ans se demande comment il est censé affronter un cancer incurable au cerveau, tandis qu’il meurt d’angoisse depuis que le gouvernement ne lui donne plus un sou. 

 Marc-Alexandre Gaudreau à l’impression d’être un boulet accroché au pied de sa conjointe depuis que le gouvernement lui a coupé toute aide financière il y a trois ans. 

 Son cancer incurable au cerveau l’empêche de travailler. La tumeur, du côté gauche, a encore grossi récemment et est maintenant de la taille d’une balle de golf. 

 Et par-dessus la maladie, il se sent comme un itinérant qui passe son temps à quêter. 

 « Admettons que je veux acheter des fleurs à ma blonde pour la fête des Mères, je fais quoi ? » demande-t-il, triste. 

 Zéro 

 Il recevait près de 1000 $ par mois pour contraintes sévères à l’emploi jusqu’à ce qu’il rencontre sa conjointe qui est tombée enceinte de lui en 2015. Le gouvernement lui a tout coupé quand il a emménagé avec elle, une éducatrice spécialisée qui gagne autour de 40 000 $ par année. 

 Le gouvernement considère que les revenus sont suffisants pour le ménage, mais c’est beaucoup de pression financière sur la petite famille qui doit affronter la maladie et les dépenses qui s’y rattachent. 

 « C’est sûr qu’on essaye de faire beaucoup d’économies de bouts de chandelles. On magasine beaucoup dans les friperies. Il y a des choix qu’on est obligés de faire parce qu’on est un peu au pied du mur », explique sa conjointe Marilyne Samson. 

 Difficile 

 Marc-Alexandre Gaudreau a réagi fortement la semaine dernière quand il a appris qu’une femme déficiente intellectuelle du Saguenay–Lac-Saint-Jean perdait toute son aide sociale parce qu’elle déménageait avec son amoureux. 

 Il demande au nouveau ministre de la Solidarité sociale, Jean Boulet, d’ajuster la loi pour éviter d’autres cas semblables. 

 « Tu as le choix de tomber en amour et de ne pas avoir d’argent, ou de rester chez vous à ne rien faire et attendre de mourir, mais avoir de l’argent », déplore-t-il. 

 M. Gaudreau voudrait travailler, mais il a perdu plus de 50 % de son bras droit à la suite d’une biopsie qui a mal tourné en 2011 et a du mal à se concentrer à cause des médicaments. Il ne peut d’ailleurs pas s’occuper de son fils de quatre ans pendant une journée complète. 

 Ne pas vivre dans la même maison que sa conjointe et son fils est par ailleurs hors de question, car ils sont sa raison de vivre. Il n’a pas envie de déjouer le système non plus, un piètre exemple qu’il ne veut pas donner à son fils. 

 Il implore le ministre de faire quelque chose 

 Marc-Alexandre Gaudreau demande au ministre de la Solidarité sociale, Jean Boulet, d’utiliser son pouvoir discrétionnaire dans les cas où des personnes inaptes à l’emploi ne sont admissibles à aucun programme gouvernemental. 

 « Qu’il change les choses. Ça n’a pas d’allure, c’est inhumain de faire vivre quelqu’un comme cela. Qu’il se mette à ma place », dit-il. 

 Le père de 29 ans n’est même pas admissible au régime des rentes du Québec (RRQ), car il n’a travaillé que six mois comme carrossier avant qu’on ne lui diagnostique un cancer, à l’âge de 19 ans. 

 Avec sa femme 

 Il ne sait pas combien de temps il lui reste à vivre, mais il ne peut pas le faire avec sa femme et son fils sans se sentir coupable, se désole sa mère, Diane Monette. 

 « Il a le droit de vivre avec les 8,4 millions de Québécois qu’on est, sans être coupé. Il y a une personne dans ces 8 millions-là avec laquelle il n’a pas le droit, et c’est son amoureuse, celle qui l’aide à vivre », déplore-t-elle. 

 Cette dernière aide comme elle le peut, mais l’éducatrice en service de garde ne peut pas soulager complètement son fils. 

 Projet de loi 

 Un projet de loi qui visait à implanter un programme de revenu de base pour les personnes avec contraintes sévères à l’emploi a été adopté à l’Assemblée nationale en mai 2018. 

 Toutefois, Marc-Alexandre Gaudreau ne s’y qualifie pas, car il faut avoir été prestataire du programme de solidarité sociale pendant au moins 66 mois et il a été coupé avant ce délai.