/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Aide à mourir et génocide culturel

Coup d'oeil sur cet article

À l’émission Gravel le matin de Radio-Canada, le premier ministre Justin Trudeau a parlé, hier, d’aide médicale à mourir et de génocide culturel.

Répondant aux questions de l’animateur, il a aussi traité de la crise des médias et de la conclusion du rapport final de l’Enquête sur les femmes autochtones. Pendant qu’il en disait bien peu sur ces questions et les autres, je n’ai pu m’empêcher de faire quelques associations d’idées.

Je me suis demandé, par exemple, si l’aide aux médias de 595 millions $ sur cinq ans, annoncée dans le budget fédéral de mars dernier, ne constitue pas pour les médias une forme d’aide à mourir. Le gouvernement d’Ottawa ne risque-t-il pas aussi de devenir complice d’un génocide culturel si, au lieu d’agir, il continue de « regarder les différentes options qui s’offrent à lui » – ce sont les mots mêmes de Trudeau – face à la crise mettant en danger nos médias ?

L’AGONIE DES JOURNAUX

L’énoncé budgétaire du ministre des Finances Bill Morneau a proposé un crédit d’impôt remboursable de 25 % sur les salaires versés aux employés de salles de rédaction des « journaux admissibles ». Depuis l’avènement du numérique, la moitié des journalistes ont perdu leur emploi. Comme le crédit d’impôt proposé ne sera pas suffisant pour permettre l’embauche de nouveau personnel, il s’agit d’une aide qui prolongera l’agonie des salles de presse, si rien d’autre n’est fait.

Les pays de l’Union européenne sont à mettre en place un « droit voisin » qui forcera les agrégateurs de nouvelles comme Google à payer des droits aux diverses publications qu’ils piratent. Notre loi du droit d’auteur doit être révisée. Ira-t-elle jusque là ? On n’en sait rien encore.

Entre-temps, les gouvernements du pays, fédéral comme provinciaux, pourraient au moins s’abstenir d’annoncer sur Google, Facebook et compagnie. La semaine dernière, Nathalie Roy, notre ministre de la Culture, a semblé dire qu’elle donnerait des ordres en conséquence aux responsables de la publicité des ministères. Les bottines suivront-elles les babines ?

UN GÉNOCIDE CULTUREL 2.0

À Gravel le matin, Justin Trudeau a concédé que l’attitude de nos gouvernements à l’égard des peuples autochtones peut être qualifiée de « génocide culturel ». Si l’inaction du gouvernement fédéral perdure à l’égard des services étrangers de distribution par contournement comme Netflix, on pourra aussi parler de complicité d’Ottawa dans un génocide culturel.

Il est en effet plus que probable que plusieurs chaînes de télévision disparaîtront. CBC/Radio-Canada ne suffira pas à elle seule à maintenir une identité canadienne ni à garder vivante une culture qui nous est propre. Pas plus du côté anglophone que du côté francophone. Qu’Ottawa continue de tergiverser et on pourra bientôt parler du génocide culturel 2.0.

Une fois de plus, hier, le premier ministre a éludé la question de soumettre Netflix à la TPS, répétant qu’il ne veut pas « taxer davantage les Canadiens ». Il ne s’agit pas d’une nouvelle taxe, mais de l’application d’une taxe qui existe depuis 28 ans. Ce raisonnement obtus qu’on avait demandé à Mélanie Joly de défendre a failli ruiner sa carrière politique tant il était indéfendable.

Le premier ministre met à mal la réélection de son gouvernement en continuant de déclarer qu’on « étudie diverses options » plutôt qu’en décidant d’agir.