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L’OIF renonce à la résidence de Michaëlle Jean à Paris

La nouvelle secrétaire générale souligne des «erreurs» de gestion

Louise Mushikiwabo
Photo SIMON CLARK Après avoir succédé à Michaëlle Jean en janvier, la nouvelle secrétaire générale Louise Mushikiwabo a fait cette semaine sa première visite au Québec. Elle a rencontré hier le premier ministre François Legault dans ses bureaux de Québec.

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Dans une situation financière floue, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) renonce à acheter l’appartement de fonction à Paris aménagé au coût d’un demi-million de dollars pour Michaëlle Jean, a déclaré hier la nouvelle secrétaire générale Louise Mushikiwabo.

Notre Bureau d’enquête avait pourtant révélé en février que l’OIF avait conclu une entente de principe pour l’acheter au propriétaire, le gouvernement du Canada. Le coût de la transaction était de six millions $.

De passage à Québec, Mme Mushikiwabo a déclaré que ce projet a été abandonné en raison de l’état des finances laissé par l’administration de Mme Jean. « Pour l’achat, le projet n’ira pas de l’avant », a-t-elle dit, dans une rencontre de presse.

Michaëlle Jean.
Ex-secrétaire
générale de l’OIF
Photo Pierre-Paul Poulin
Michaëlle Jean. Ex-secrétaire générale de l’OIF

Commentant la gestion de sa prédécesseure, Mme Mushikiwabo a affirmé qu’elle veut d’abord « comprendre où on va avec les aspects financiers de l’organisation ». « Au-delà des appartements, il y a eu des erreurs, ça a été couvert assez longtemps », a-t-elle dit en référence aux reportages sur le sujet.

À ses côtés, Catherine Cano, l’administratrice de l’OIF, a confirmé qu’il a fallu puiser dans le fonds de réserve pour éponger le déficit du dernier exercice de l’administration Jean. « Ce n’est pas un déficit budgétaire, mais comptable, qui a nécessité d’aller dans les fonds de réserve », a-t-elle dit.

DÉPENSES

Au cours des deux dernières années, l’OIF a été dans la tourmente, en raison de la gestion controversée de sa précédente secrétaire générale, Michaëlle Jean, dont le mandat n’a pas été renouvelé en octobre.

Mme Jean a notamment dû se défendre à la suite d’un reportage de notre Bureau d’enquête, révélant les dépenses de 500 000 $ qui ont servi à aménager l’appartement de fonction loué pour elle, dont le Canada est propriétaire à Paris.

Louise Mushikiwabo
Photo Simon Clark

Selon Mme Jean, ces dépenses devaient être déduites de l’achat prévu de ce bien immobilier. L’ex-secrétaire générale a accusé notre Bureau d’enquête de se livrer à une campagne « extrêmement diffamante et avilissante » en publiant des reportages sur sa gestion.

MODESTE

Hier, Mme Mushikiwabo a expliqué que même en perdant les sommes investies pour Mme Jean sur la rue Bosquet, il sera plus avantageux pour l’OIF d’acheter un appartement plus modeste. « Pour l’instant, on va aller vers la location, a-t-elle dit. On veut un peu moins cher. »

Actuellement, la nouvelle secrétaire générale n’occupe pas l’appartement où Mme Jean a habité pendant quatre ans. Son bail arrive à échéance à la fin du mois et ne sera pas renouvelé.

La saga

♦ Novembre 2014 : Michaëlle Jean est élue secrétaire générale de la Francophonie.

♦ Juin 2017 : Notre Bureau d’enquête révèle que 500 000 $ ont été dépensés en rénovations dans l’appartement de fonction de Mme Jean à Paris.

♦ Mars 2018 : Notre Bureau d’enquête révèle que le mari de Michaëlle Jean utilise les services d’un chauffeur de l’OIF.

♦ Mars 2018 : Notre Bureau d’enquête révèle qu’une croisière controversée appuyée par Mme Jean coûtera 1 million $ et non pas 400 000 $ comme prévu.

♦ Octobre 2018 : Mme Jean perd son poste.

♦ Janvier 2019 : Louise Mushikiwabo entre en fonction à l’OIF

♦ Février 2019 : Le gouvernement canadien confirme qu’une entente de principe a été conclue avec l’OIF pour la vente de l’appartement de Mme Jean.

♦ Juin 2019 : L’OIF annonce qu’elle fait marche arrière.

Des mesures de transparence seront implantées

L’OIF implantera d’ici l’automne une série de mesures pour améliorer sa transparence, a indiqué hier l’administratrice Catherine Cano.

En 2017, notre Bureau d’enquête s’était heurté au refus de l’OIF de divulguer ses états financiers, qui avaient ensuite été obtenus d’une autre source.

Lors du dernier sommet de la Francophonie d’octobre dernier, notre Bureau d’enquête avait appris que les représentants des pays et gouvernements membres avaient adopté de nouvelles règles de transparence.

Hier, Mme Cano a annoncé que ces mesures seraient graduellement mises en place au cours des prochains mois.

SALAIRES

Dans un premier temps, des informations budgétaires seront rendues publiques d’ici à juillet. Des renseignements plus généraux sur les structures de l’organisation, l’évaluation des programmes et les divers rôles seront également divulgués.

Le 1er octobre, un deuxième volet sera rendu public, « plus financier », a précisé Mme Cano.

À Erevan, la proposition adoptée prévoyait que la rémunération et les avantages consentis aux deux principaux dirigeants de l’OIF, la secrétaire générale et l’administrateur, seraient rendus publics.

Les dépenses des plus hauts cadres et celles du cabinet de la secrétaire générale devaient être dévoilées.

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Les résultats des appels d’offres et des appels de candidatures devaient être aussi accessibles, tout comme les états financiers et les rapports de vérification interne et externe.

Questionnée à ce sujet, Mme Cano a été sans équivoque. « Tout va être là », a-t-elle dit.

MORATOIRE

Par ailleurs, la secrétaire générale Louise Mushikiwabo a déclaré hier que les critères d’adhésion à l’OIF doivent être revus. Un comité a été mis en place. Dans l’intervalle, le processus d’adhésion sera suspendu.

« Ce que j’ai proposé au cours de cette réunion du groupe de réflexion, c’est qu’on fasse un moratoire », a-t-elle dit.

Favorable à l’expansion de l’OIF, elle plaide toutefois pour que l’organisation ne se transforme pas en « mini Nations unies ».

Elle souhaite que l’OIF mette de l’avant sa « spécificité » et concentre davantage son action, « autour de la langue française », sans céder « aux effets de mode ».

Elle mentionne notamment les programmes d’éducation, les projets numériques et l’égalité homme-femme comme des actions d’intervention. « On doit trouver quelques aspects de focalisation et se limiter à ça », a-t-elle affirmé.