/misc
Navigation

Un parti déboussolé

Gabriel Gascon
Photo d’archives Pierre-Marc Johnson

Coup d'oeil sur cet article

Le Parti québécois se lance encore une fois dans une grande opération de consultation.

TVA révélait hier que le PQ sondera membres et non-membres. Ils devront entre autres choisir trois « qualités » qui définissent la formation politique (Proche des gens ? Intègre ? Compétent ? Rassembleur ? etc.) et trois « faiblesses » (Revanchard ? Chicanier ? Arrogant ? Déconnecté ? etc.).

On me dira que le réflexe est normal, après la défaite d’octobre. Rétrogradé au rang de troisième groupe d’opposition, le PQ met tout sur la table, même son nom. Seule « l’indépendance » est non négociable, peut-on lire dans les documents.

Un parti doit constamment, s’il veut atteindre son but, sonder, tenter de prévoir ce que souhaite l’électorat. Ce qui peut lui attirer des votes.

Pas comme les autres

Mais le PQ n’est pas un parti comme les autres. Il a voulu, depuis un demi-siècle, prendre le pouvoir non seulement pour gouverner, mais pour faire du Québec un pays souverain.

Et il a échoué à deux reprises. La deuxième de justesse, soit. Avec une soirée et des lendemains dramatiques : propos de Jacques Parizeau, sa démission le lendemain.

Le PQ a posé des questions existentielles au peuple québécois et après les défaites électorales qui ont suivi, s’est remis en question « profondément ».

Voilà à la fois une « qualité » et un « défaut »... pour reprendre les catégories un peu puériles du questionnaire du PQ. (Tant qu’à y être, demandons quelle devrait être sa couleur préférée. S’il aime mieux son père René ou sa mère Pauline...)

« Grandes oreilles »

C’est une qualité puisque chaque peuple a besoin de grandes remises en question. Mais c’est aussi un défaut parce qu’à la longue, un parti constamment en train de se repenser profondément apparaît déboussolé.

Surtout qu’avec le temps, les exercices de réflexion du PQ ont versé dans l’autoflagellation et la complaisance à se regarder le nombril.

Jadis, il y a eu la « Conversation nationale » sous Pauline Marois et, avant, la « Saison des idées » de Bernard Landry. Dans cette dernière, on promettait d’« examiner sans complaisance le fonctionnement » du parti, la « pertinence de pans entiers » du programme et de « réactualiser le discours souverainiste ».

Mais en 2017, on est allé encore plus loin. Le « conseiller spécial au renouvellement », Paul St-Pierre Plamondon, après une « consultation sans précédent », accouchait d’un rapport dévastateur s’intitulant « Oser repenser le PQ ». On y concluait que le PQ était « un parti figé, conservateur et vieillissant » où « les jeunes sont comme des Pokémons rares que l’on cherche depuis des années et quand tu en as un, tu le mets dans la photo ». Ça donne envie !

En 1987, le chef péquiste Pierre-Marc Johnson avait lancé l’Opération grandes oreilles pour aller, lui aussi, consulter les Québécois. Robert Bourassa s’en était amusé : ce qui comptait, avait dit le chef libéral, ce n’est pas la taille des oreilles, mais ce qu’on a « entre les deux ».

Bref, c’est beau consulter, s’ausculter, mais il faut surtout travailler à définir ce qu’on propose.